Tous les chemins mènent à Rome – 3 – Le voyage

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Lundi 9 septembre 2013 : Roquebrune-Cap Martin (plage du Golfe bleu) – Arma di Taggia (à côté de Piccolo Lido)

Dans la nuit, le clapotis des vagues est devenu un peu plus “agressif” et la tente en était éclaboussée.

Je n’ai pas attendu longtemps avant de la monter (en fait la “tirer/glisser” avec tout son contenant) en haut de la plage, la qualité de mon sommeil en dépendait.

La première chose que j’ai regardée en “ouvrant les volets” fut donc l’allure du mini shore-break sur lequel j’avais royalement “surfé” la veille. En théorie, je savais que ce que je surmonte facilement dans un sens ne me pose pas de problème dans l’autre : “chez nous” par exemple, si je peux franchir la barre pour partir, c’est que je suis capable de revenir. Evidemment si les conditions changent en cours de route, l’affaire se complique…

Visuellement, il n’y avait guère de différence. Pourtant, l’eau montait notablement plus haut… Il y avait un promontoire en béton à gauche de la crique, je n’ai pas manqué d’aller observer afin d’envisager les possibilités de mise à l’eau, mais je n’ai rien trouvé de mieux de que de sortir à l’endroit précis où j’étais entrée.

Essai n°1 : raté Je re-positionne ce qui avait été bousculé par les attaques brutales et successives de l’apparente “mini-vague” Essai n°2 version “je garde le sac arrière sur l’épaule pour l’attacher sur la planche une fois de l’autre côté de la vague” : raaaaa….téééééé Je suis têtue… mais pas entêtée…

Je remonte mon bazar au calme et je re-vois calmement la situation. Il existe obligatoirement une solution pour me “décoincer” et prendre le large, une solution simple… Bravement et dégoulinante, je file vers le promontoire pour observer à nouveau. Ne voyant que les escaliers et la possibilité de portage, donc “remonter sur la route tout là-haut” ; la flemme avait, en premier, barré le chemin de la curiosité.

Mais, Les deux échecs de “départ facile” m’obligeaient à explorer mieux et tatatadammmmmmm, il suffisait de monter trois marches pour accéder à un sentier qui menait directement à la plage calme d’à côté : 300 m de marche (et de portage) plus loin, hop, hop, hop, je pouvais me libérer! Pour l’anecdote : Tandis que, soudain plus légère et plus heureuse, je commençais le transbordement, deux mecs et leur smala (les femmes, les sacs et les fauteuils pliants) arrivaient (visiblement équipés en vue d’une chasse-sous marine).

“Vous allez porter “tout ça” interrogent-ils”

“ben… oui”

“Vous inquiétez pas, “on” surveille le reste”

“Ok, Merci beaucoup” m’entendis-je répondre en pensant que d’autres m’auraient proposé une “aide plus active”

Un kayakiste au long cours rencontré le lendemain me confia une anecdote du même type avec une nette tendance des “hommes forts” à regarder plutôt que de donner un coup de main… Bon c’est vrai : on est baroudeur/euse ou on ne l’est pas, non? Et puis, je me demande si l’omniprésence de la télé-réalité dans la vie des gens n’influence pas certains : j’en ai rencontré plus d’un qui cherchait les caméras à ma suite, comme s’il y avait un jeu (donc des règles qui imposent de ne pas aider les concurrents) et comme s’ils avaient une chance de passer à la télé!

Bon… Au total, ce ne fut qu’une heure de passée de manière originale et imprévue. Menton… Vintimille, que dis-je? Vintimiglia! Et hop, je suis officiellement passée du côté italien.

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Et c’est dans un port de pêche très artisanal que j’ai fait une revigorante pause déjeuner.

Partout, la montagne plonge dans la mer, les villages s’agrippent aux pentes vertigineuses, les viaducs acrobatiques dessinent l’autoroute, les nombreux trains sont autant de sur-lignages éphémères, les paysages sont grandioses. J’aime ça.

Le soleil déclinant, en souvenir de mon expérience matinale, j’ai cherché un lieu de bivouac bien abrité ce qui me poussa à tutoyer la fatigue. En arrivant dans la baie de Arma di Tagglia, j’ai directement visé la plage la mieux abritée. Et quand j’ai vu des mini-vagues au milieu de mon “chemin d’arrivée”, je n’ai pensé qu’à les surfer sans me poser un instant la question de leur existence à cet endroit. Un tantinet fatiguée, je vous dis… En un éclair j’ai vu arriver le sommet d’un caillou et hop, au bain!

Devant la plage déserte, mon amour propre ne voyait que la foule qui rigolait pendant que je remettais la planche côté face, récupérais ma casquette avant de reprendre l’attitude d’une “Stand Up Paddleuse” tout à fait digne… et bien trempée!

Morale du jour : journée commencée en pataugeant se termine en pataugeant.

Dans l’histoire, j’avais oublié mes lunettes qui flottaient certainement encore dans la baie… Objectif du prochain matin : en trouver d’autres…

……

  Mardi 10 septembre 2013 : Arma di Taggia (à côté Piccolo Lido) – Alassio (Club Nautique)

Après un rapide petit déjeuner, je plie, je range et je sécurise tout mon matos et je prends à pieds la direction de la citée balnéaire en espérant que les boutiques n’ouvrent pas trop tard.

Je suis en tenue “marine”, nus pieds, un p’tit sac étanche sur l’épaule (en guise de sac à main contenant toute ma fortune) et APN à la main, je suis une touriste en marche ce matin là. Premier arrêt pour un cappuccino, deuxième arrêt pour des pizzas, troisième pour des fruits bio, quatrième pour des fromages de chez le fromager, cinquième chez l’opticien qui ouvre tout juste… En fait, c’était la matinée pour faire chauffer la carte bancaire.

A dix heures, j’étais à nouveau sur l’eau.

Pendant ce trip j’ai vécu plusieurs fois des moments de plénitude absolue et il faut bien reconnaitre qu’ils naissaient souvent des conséquences de cette “autonomie-sans assistance” qui m’est tellement indispensable.

Etre sur ma planche au milieu d’une baie (loin du monde), sans obligations, sans pression de timing, avec l’impression d’avoir absolument tout ce dont j’ai besoin, c’est à dire : eau, nourriture, vêtements secs, hôtel du soir avec vue sur la mer… et carte bancaire okazou (fondamentale la carte bancaire, c’est elle qui me différencie du “SDF à la rue”) est un “truc” immense dont la prise de conscience, libère dans mon dos de délicieux frissons de bonheur.

Le jeu du jour consistait à “faire une pointe par heure”. Le jeu s’est poursuivit toute la journée avec succès! En trois heures, j’étais donc au pied d’Impéria (pointe de San Stefano – Pointe de San Lorenzo – Imperia)

J’avançais en douceur, le paysage était magnifique. Je m’émerveillais sans compter à chaque découverte et chaque découverte me rendais impatiente d’aller voir derrière la prochaine pointe… Certaines pointes étaient elles-mêmes des oeuvres d’art. De pointe en pointe, c’est juste en face de “la tortue” (Isola Gallinara) que j’ai trouvé un parfait endroit bien au calme, pour poser mon bivouac du soir après cette journée tranquille.

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……

 

Mercredi 11 septembre 2013 : Alassio (Club Nautique) – Vado Ligure

Je n’avais pas encore plié la tente quand Marco arriva en appelant doucement “Joelle, Joelle”…

Marco, il avait terminé son entrainement de natation la veille au soir, peu après mon installation et nous avions bavardé.

Marco est un ancien véliplanchiste de l’équipe Italienne, il aime tout ce qui parle de la mer. Il vennait m’inviter à visiter la ville et à aller prendre un petit déjeuner “normal”. Ni une, ni deux, j’ai plié à toute vitesse, nous avons embarqué sacs et pagaies dans son véhicule et c’était parti pour une virée dans Alassio avec un guide passionné.

Bien nourrie par cette surprise du matin, je ne regrettai pas la “mise à l’eau” un peu retardée jusqu’à l’heure où se leva le vent et l’horrible clapot qui allait de paire. C’était à hauteur de Pietra Ligure…

Au loin se dessinait une pointe à tourner et ne sachant pas ce qui m’attendait derrière, je décidais de me poser sur une plage et d’attendre que tout s’apaise pour avancer sans outrepasser mes forces. C’est donc à Borgio Verezzi que je tentais (et réussissais) un splendide atterrissage surfé. Fière de moi j’étais.

Je sautais allègrement de la planche pour la rattraper au vol et avant même d’avoir pu arriver à en attraper le nose, les deux “sauveteurs” du “banio” m’entouraient et tentaient de tirer en vain la planche sur le sable (chargée, elle pèse un peu lourd et l’un des “sauveteurs” était une fille tandis que l’autre sortait à peine de l’adolescence)

“Tout va bien, pas de problème” me demanda la fille en anglais (tout au long du parcours italien, je fus souvent prise pour une “américaine”… tant que je n’ouvrais pas la bouche, of course!) “Pas de problème du tout, je viens juste pour manger un peu et me reposer parce qu’il y a trop de vent…”

“Il FAUT vous pousser, ici c’est une plage privée, vous devez aller là, là, c’est public”

Ahurie, je comprenais enfin ce comité d’accueil. J’avais visé le meilleur endroit pour surfer, mais il s’avérait que j’arrivais 150 cm trop à gauche et que c’était intolérable et qu’il fallait que je déplace tout et illico 150 cm à droite! Je détachais mes bagages et la fille s’en empara pour les poser à 150cm EXACTEMENT tandis que le grand ado essayait de trainer la planche sur le sable par le leash, ce dont je le décourageais instantanément en portant moi-même la planche du genre “tire toi, je m’en occupe” L’incident était clôt, chacun était à sa place et tout était parfait…

J’ai déballé ma nourriture, étalé mon pique-nique et mis mon linge à sécher sur LA PLAGE PUBLIQUE, oufffff.

Je tiens à souligner que c’est l’unique fois où ce genre d’accueil m’a été réservé.

En fait, après avoir discuté à droite à gauche, il est un fait que certains propriétaires de plages privées exercent sur leurs employés (donc les sauveteurs) une autorité quasi despotique qui entraine parfois les employés à faire du zèle. J’ajoute et c’est important, que j’ai toujours reçu un accueil très bienveillant de la part des sociétaires de ces plages privées.

Le vent montait et j’étais super contente d’être sur la plage, d’autant plus qu’un orage menaçait et rajoutait une couche de fortes rafales. Une fois l’orage passé, le clapot s’est aplati et le vent est devenu carrément portant pour mon trajet, il ne fallait pas en perdre une miette.

Je suis repartie, non sans faire attention à l’endroit où je posais les pieds sur la plage… mais je n’avais pas le choix, pour éviter les vagues trop brutales, il fallait que je me mette à l’eau dans la zone “privée”. Comme je partais, tout le monde s’en moquais…

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En finissant de passer le cap qui suit Finale Ligure, je me suis félicitée de ne pas avoir pris le risque de le passer sous un grain.

Et finalement c’est en vue des installations portuaires de Vado Ligure que j’ai cherché un endroit où planter ma tente. Mine de rien, j’avais encore parcouru une belle distance ce jour là!

……

  Jeudi 12 septembre 2013 : Vado Ligure – Genova

Une très très longue étape.

Avant même de partir de Marseille, j’avais focalisé mon appréhension sur deux passages : celui du golfe de Saint-Tropez à cause du trafic de YTGV (Yacht à très grande vitesse) et celui du port de Gènes à cause de sa longueur infinie.

Rien ne m’inquiétais trop sur le suite du trajet.

Depuis quelques jours, je voyais Gènes-Genova approcher et j’avais vraiment envie de passer de l’autre côté histoire de m’en “débarrasser” l’esprit. J’avais l’impression d’être immensément loin de mon but : Rome.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que si je me sens tout à fait capable d’accomplir les projets que je fomente, je n’ai jamais la certitude de parvenir à mes fins… Disons que je reconnais volontiers la puissance de l’imprévisible.

La veille au soir, après avoir posé mon campement en vue du port de Vado Ligure, pas très loin de Savona, confortablement installée dans mon duvet, j’avais fait le point, éclairée par ma frontale. Gènes ne paraissait plus trop loin. Dans cette zone et ces jours-ci, la lueur du jour persistait jusqu’à 20h30 précisément. En partant à 8h de Vado Ligure, je disposais donc de plus de 12h pour dépasser le port de Gènes, c’était envisageable. Le SMS de Michel me faisait part d’une météo qui pouvait convenir. Ce jeudi matin 12 septembre, la journée s’annonçait aussi chargée que le ciel : le jeu du jour consistait à passer le port de Genova avant la nuit…

L’avantage avec les départs matinaux, c’est que je pouvais tranquillement “m’échauffer” sur le flat! Néanmoins, le long de la digue du port de Vado Ligure, le ressac était notable. Juste avant de passer l’extrémité de la digue, j’ai vu sortir un bateau pilote, je me suis retournée : un porte-containers arrivait, je ne l’avais pas vu venir… Ni entendu… J’ai immédiatement ralenti (c’est drôle de parler de ralentissement, vu ma vitesse habituelle!) pour rassurer le pilote.

Je souligne que les pilotes ont TOUJOURS été très aimables et qu’ils ont TOUJOURS cherché à me sécuriser sans jamais mépriser mon frêle navire. L’énoooooooooorme navire est rentré dans le port et j’ai filé vers le port suivant : Savona. Nouveau ressac notable le long de la digue que je ne longeais pourtant pas de très près… A l’embouchure du port, c’est un bateau de la police qui a surgi, m’a contournée à grande vitesse, avec force vagues sans que je comprenne pourquoi.

Je suis incapable de me souvenir de l’endroit où je me suis arrêtée pour me sustenter, c’est dire à quel point mon esprit était accaparé par la participation au challenge que j’avais inventé. Ce dont je me souviens, c’est qu’en passant Savona, je constatais que le vent était exactement celui que Michel avait indiqué dans le point météo, de vent de travers, il passait vent portant si je tirais au large pour piquer à l’extrémité du port de la ville au loin, très au loin…Genova…

Ni une, ni deux, j’ai visé le large, très au large… Et quand j’ai senti le vent bien orienté, j’ai visé la terre.

J’ai alors vécu le plus magnifique et le plus formidable parcours au vent portant que je n’avais jamais vécu.

Il y avait une belle houle qui me poussait, il y avait un bon vent qui me poussait… C’était juste magique, l’adrénaline dégoulinait, j’étais juste heureuse ; en flashes, je pensais à ce que pouvaient vivre ceux qui se lancent le défi de la M20 qui devait être un endroit dix fois plus infini… Impossible de dire combien de kilomètres furent parcourus dans cet état de grâce.

J’ai soudain “trébuché” et je me suis retrouvée projetée vers l’avant, je ne suis pas tombée, j’ai rattrapé mon équilibre d’une main sur le sac accroché devant… “Toi, ma fille, tu es fatiguée” ai-je pensé… Et j’ai déballé le lait concentré… Et je suis repartie gaillardement.

Pas très loin, bis repetita Ce n’était donc ni la fatigue, ni une hypoglycémie… “le ressac de la digue du port (et de l’aéroport) de Gènes se fait parfois sentir à plus d’un mile de la côte” était-il écrit dans le guide de navigation…

Arghhhhhh… Je n’avais aucune idée de la distance qui me séparait de cette foutue digue, mais il était évident que le ressac était responsable… A partir de ce moment, ralentie je fus. Et une Joelle qui ne va pas vite en chevauchant sa planche chargée n’avance VRAIMENT pas vite. Du coup, le vent me poussait vers la digue sans que je n’arrive plus à me diriger vers la sortie du port. Devant autant de “vent contraire”, je m’inclinais… A genoux je pagayais.

Plus j’approchais de la digue, plus le ressac devenait spectaculaire. Je peux affirmer que je me suis fouetté le mental plus d’une fois et avec grande force “ALLEZ cocotte, ALLEZ, ALLEZ, c’est possible, il fait encore jour, tu vas y arriver” etc… etc… Je me sentais minuscule et grande en même temps.

Je ne voyais plus du tout le paysage quand j’étais dans le creux de ce gigantesque clapot. Parfois je voyais une montagne (il en faut peu pour que je vois une montagne ) arriver d’un côté et la même arriver exactement de l’autre côté.

Parfois à l’instant précis où les deux montagnes se rencontraient, j’étais perchée sur un volcan pointu qui crachait son écume.

J’essayais de noter mon avancement en prenant des alignements. J’avais parfois l’impression de ne pas avancer du tout et puis soudain, l’apparition d’un bâtiment nouveau me prouvait que j’avais bien changé de place. J’avais enfin dépassé la digue en béton brute de l’aéroport, et sur quelques centaines de mètres, il y avait des enrochements qui amortissaient un peu le ressac… Pfiouuu, presque de quoi souffler : une goulée de lait concentré et hop : béton brut à nouveau. Je restait autant que possible à distance, je ne me suis jamais approchée à plus de 300m du mur… Et finalement, j’avançai plus facilement.

Comme une délivrance, je voyais enfin la fin du mur.

Soulagée j’étais.

Debout, je reprenais de la hauteur.

Du coup ma pagaie devenait plus forte, mon corps devenait plus tonique et le mental s’emballait et je retrouvais tout mon entrain habituel et j’avançais vraiment à vue d’oeil. Il faisait encore jour… J’ai regardé derrière sans voir le moindre navire. J’ai regardé devant sans voir le moindre navire. J’ai regardé DANS l’embouchure du port sans voir le moindre navire. J’ai traversé.

J’ai visé, en face, les plages… Le jour faiblissait.

Un voilier se hâtait pour entrer au port, il avait déjà allumé son feu de mât. Ses passagers saluèrent mon passage, amicalement 20h sonnait aux clochers, je touchais terre. J’avais gagné. Je regardais le ciel. L’instant était délicieux, infiniment bon, incroyablement fort. C’est alors seulement que je me retournais pour regarder d’où j’arrivais. Un bateau de passagers sortait, illuminé, puis un autre, puis un troisième…

Morale du jour : Quand un bateau passe avant toi le matin, des bateaux passent derrière toi le soir venu.

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……

  Vendredi 13 septembre 2013 : Genova – Sestri Levante

Journée touristique.

Après avoir tardé à trouver le sommeil (certainement sous l’effet d’un certain nombre de drogues physiologiquement distillées en très grande quantité la veille ) je me suis hâtée doucement dès le réveil.

D’après les pages du guide, j’étais officiellement entrée dans la “Riviera du Levant” et je n’avais guère plus d’indications touristiques. Je découvre en écrivant ce billet que j’allais entrer sous peu dans le “golfe du Paradis”.

De manière générale, je ne suis pas du genre qui apprend par coeur et à l’avance “les trucs à voir et leur histoire”. J’aime garder un regard libre, c’est une main tendue pour l’émerveillement, les surprises, les lumineuses découvertes de “petits riens” et de fait j’évite les déceptions… Dépourvue d’internet et de toute source d’information historique, j’étais donc dans les conditions idéales pour “faire comme d’habitude”.

D’emblée, le paysage était TRES différent de ce qu’il avait pu être avant Gènes.

J’avançais tranquillement, je voyais des cartes postales et j’essayais de prendre des photos qui ne leur ressemblent pas, je n’étais pas du tout pressée. Le fait d’avoir dépassé le port qui m’inquiétait avait largement ouvert la porte vers Rome et j’étais certainement encore sous l’effet de drogues euphorisantes auto-produites. Le ciel bleu et le soleil étaient au rendez-vous.

La mi-septembre ayant éliminé la masse des estivants, la Riviera n’était que luxe, calme et volupté. (in “L’invitation au voyage” de Baudelaire “Là, tout n’est qu’ordre et beauté Luxe, calme et volupté”)

J’ai fait la pause déjeuner au pied de l’Abbaye de San Frutuoso dans un décor de rêve. J’ai rempli mon garde-manger dans la belle cité de Chiavari. Quand il m’a me semblé que cette petite journée touristique était suffisante après l’épopée de la veille j’ai visé la côte, juste derrière une pointe.

Emerveillée, enchantée, je me suis laissée subjuguer par ce que je voyais : au creux de la baie il y avait un village comme un bijou dans un écrin.

La lumière du soir ajoutait sa touche de magie. Comme j’avançais délicatement, sur la pointe de la pagaie, afin de ne troubler ni le calme, ni la surface de l’eau devenue d’huile, j’ai vu deux filles qui mettaient leur bateau (aviron) à l’eau. C’est vers elles que je me suis dirigée, c’est sur leur plage que j’allais dormir. J’ai été super bien accueillie!

Après une douche chaude, j’ai organisé mon nid sous les bateaux.

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……

 

Samedi 14 septembre 2013 : Sestri Levante – Porto Venere (île de Palmaria)

Dès le réveil, une pensée me traversa : il faudra bientôt que je demande à Michel de me préciser où est situé le milieu du parcours.

Il me semblait en être encore loin. Après moins de deux semaines d’aventures, j’avais encore du temps devant moi. D’après ce que m’avaient dit les « rameuses » de Sestri Levante, la journée à venir me promettait une nouvelle balade touristique.

Après un peu plus de deux heures d’avancée, la faim se fit sentir. Sous le regard d’une mouette j’ai pausé à Punta Rospo (Moneglia) et je me suis royalement offert un cappuccino en dessert.

J’ai contourné des caps, j’ai pagayé au loin de falaises abruptes. Partout, des villages sont sertis. Sur le velours émeraude, ils sont parfois rubis, parfois topazes… Arrivant en vue de Monterosso, il était temps de s’arrêter à nouveau. Je voyais au loin les “bateaux-navettes à touristes” longer la côte, je n’avais pas envie de m’approcher davantage, j’ai donc trouvé un coin « juste pour moi », heureuse une fois de plus de voyager avec ce drôle de navire qui se gare partout !

Loin du monde, tout à loisir, j’ai profité du paysage…

Malgré tout… Quelque chose me disais qu’il ne fallait pas mollir.

Quelque chose me disais qu’il fallait avancer sous le soleil.

De pointe en creux, de creux en pointe je traçais ma route, levant le nez souvent, ce sont surtout les falaises que je regardais.

Passer par ici ce samedi était une chance, c’était presque tout à fait calme. Le crépuscule se dessinait, les rochers commençaient à flamboyer. Je voyais les derniers bateaux me doubler, filer à la hâte vers leur abri. Ne sachant absolument rien de la configuration de la zone, je n’avais aucune idée de l’heure à laquelle j’allais arriver, je me faisais à l’idée de circuler de nuit.

Quelque chose me disais qu’il ne fallait pas bivouaquer dans une crique.

Quelque chose me disais qu’il fallait aller jusque dans un port… Et tout d’un coup, j’ai vu le château. On m’avait dit que c’était beau.

C’était magnifique.

Plus j’approchais et plus la magie opérait. Un dernier petit canot à moteur me doubla et je vis qu’il « rentrait » dans un “canal”, à cet instant j’ai compris, qu’il serait inutile de contourner la pointe, il y avait un passage, juste avant, au pied des remparts. Le passage fait 150 m de large à l’entrée, on a vraiment l’impression de rentrer dans un canal et à l’instant où on y est, après deux coups de pagaie, la baie s’ouvre et s’offre et c’est presque incroyable.

J’y suis arrivée au coucher du soleil exactement.

Fascinée, je suis entrée dans Porto Venere. Les lumières s’éclairaient et illuminaient le plan d’eau. Au loin, les villes côtières formaient un diadème scintillant autour des berges devenues invisibles. A gauche, l’île que je n’avais pas eu besoin de contourner (Je comprenais à ce moment que c’était une île) Il y avait de la musique dans toutes les guinguettes, sur tous les bateaux… Samedi soir oblige.

J’ai choisi de m’orienter vers l’île, vers une zone sombre d’où ne sortait aucun bruit. J’ai débarqué quasiment sous le panneau qui indiquait la zone de réserve naturelle. La nuit commençait à prendre le pas sur les derniers éclats solaires. J’ai pensé que le lendemain, je serai enfin orientée « comme chez nous », c’est à dire que le soleil se coucherait sur la mer… Je me suis endormie après avoir lu le SMS de Michel, faisant le point météo avec les prévisions pour le lendemain. Le calme avait envahi l’espace, le clapotis de l’eau sur la berge était presque imperceptible.

Dans le ciel clair, les étoiles s’allumaient une à une.

……

 

Dimanche 15 septembre 2013 : Porto Venere (Isola Palmaria) – Lerici (Club de voile)

Avant l’aube, dans l’instant qui précède le véritable réveil, j’ai perçu très nettement que la chanson des vaguelettes dans les galets n’était plus celle de la veille au soir.

Malgré l’abri de la végétation, de temps en temps la toile de tente s’ébrouait bruyamment, parfois, elle claquait sèchement.

Je pensais me laisser bercer encore un peu. Mais, je sentais bien que tout « ça » n’augurait rien de bon du côté de la météo. Michel avait écrit dans son SMS du soir : « Italie zone côtière 4, vent SW puis WSW 5 Bft localement 7 au sud de la zone, activité orageuse, mer assez agitée, houle de WSW 1,6 m. » (http://www.forumdesup.com/t8042p30-tous-les-chemins-menent-a-rome#87032) Donc…, sans attendre davantage, je passais de la somnolence à la vigilance totale. Attrapant la frontale d’une main, je l’allumais tandis que je tâtonnais de l’autre pour trouver la carte.

Dans le même élan, une évidence s’imposait : il fallait que je sorte de l’île au plus vite, pendant que c’était encore navigable. Je ne voulais pas prendre le risque de rester coincée toute la journée à cette endroit là.

Il y a un « truc » en Méditerranée que nous n’avons pas en Atlantique (en raison des marées), ce sont les digues protectrices. En Italie, il y a des digues pour protéger les plages afin qu’elles ne soient bordées que par des plans d’eau parfaitement lisses. Je découvrais que le guide de navigation signalait une digue en travers de la baie de La Spezia ; une digue longue de plus de 2km qui protège parfaitement la baie des vents de Sud et de la houle.

Pour « m’échapper » j’avais donc une solution : aller chercher la digue (vent portant), la longer à l’abri de la houle (et probablement bien coupée du vent) et une fois la baie traversée, profiter de l’abri de la côte pour avancer le plus loin possible. J’ai plié la tente bien humide. Je suis partie, au jour tout juste levant. Je ne me suis pas retournée. Le temps pressait. Le ciel était menaçant. Les lumières s’éteignaient une à une.

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Comme prévu, en longeant la digue de très près, j’étais parfaitement à l’abri. Parfois, les embruns éclaboussaient par dessus, mais la mer n’était pas encore très forte, le vent était environ 4bft, pas plus. Au fond, la ville dormait encore.

Comme prévu, l’échancrure de la côte « en face » m’apporta une bonne protection, la navigation était facile.

Une heure après mon départ, je passais San Terenzo.

En longeant les plages de Lerici, des plages comme toutes celles qui m’avaient accueillie jusqu’ici, je n’était pas convaincue, je ne m’y voyais pas « coincée » pour toute une journée. J’ai donc tenté le port, j’ai essayé entre les travées de bateaux, j’ai regardé partout dans l’espoir de viser un point où atterrir, histoire de passer la journée en ville. A ce moment, j’avais dans l’idée de retourner sur une plage, le soir, pour dormir. Je ne voyais rien de satisfaisant. Je me dirigeais donc vers la capitainerie, il semblait y avoir un recoin accueillant juste à côté.

J’ai amarré la planche à un bout qui pendouillait au ponton et j’ai débarqué.

Un homme s’affairait au milieu des « Optimist » et autres dériveurs rangés, empilés en bon ordre devant un atelier. L’heure était matinale et le quai, déjà balayé par les bourrasques, était quasi désert.

Ayant toujours reçu un bon accueil dans les clubs de voile, je m’approchais hardiment.

« Bonjour, parlez-vous anglais ?

– Oui, un peu.

– Je viens de Marseille avec la planche là-bas (je lui montrai du doigt ). Cette nuit j’ai dormi sur l’île Palmaria, à Porto Venere, j’arrive ici et je pense que la météo n’est pas très favorable pour aller plus loin…

– Vous êtes partie de Marseille, avec “ça” ?… ?…(un grand sourire) Soyez la bienvenue, je parle français aussi (…) »

Son français était excellent, nous avons bavardé, parlé bateau et navigation… J’ai su en fin de journée que c’était le président du club de voile. Il se préparait en vue d’une régate d’habitables. Les Sociétaires de ce club très huppé sont de véritables marins, ils ont participé à la régate, dans les conditions bien mauvaises de ce dimanche, entre les averses “comme vache qui pisse” et les rafales qui parfois montaient à 30 noeuds (donc le 7 bft annoncé…)

Et voilà comment, après un cappuccino d’accueil au club house, après une douche chaude, habillée en tenue de ville et correctement chaussée, je suis partie à la découverte de la citée avant que le ciel ne nous tombe sur la tête pour de bon.

Bienveillants, les “marins” et leur président décidèrent qu’il ne fallait pas que je parte dormir sur la plage, que je pouvais très bien dormir dans le Club-House… L’idée était plaisante, il fallait seulement trouver une solution pour que je puisse partir le lendemain (je déteste me sentir enfermée et le Club semblait pouvoir se fermer comme un coffre-fort ) Finalement l’affaire fut conclue, il y avait une sortie de secours… Il fallait seulement que je sois prudente pour que la porte ne claqua point avant que tout mon matos ne soit dehors!

Top là!

Sur la verrière, les toiles claquaient, dans le port le cliquetis des haubans restait constant. Des flaques sur le carrelage témoignaient de la puissance des grains du jour. Je vidais mes sacs. J’étalais tout ce qui pouvait l’être. Je vérifiais. N’étais-je pas environ à mi-parcours ? (et oui… J’avais acheté une carte un peu plus lisible… )

La nuit était là. J’espérais fort ne pas moisir ici…

……