Tous les chemins mènent à Rome – 2 – Le voyage

Written by jade paddle surf 44 on. Posted in Récits

……

Avant le départ, aucune étape n’avait programmée, je me suis arrêtée quand j’en avais envie ou quand le vent me forçait à le faire.

……

Lundi 2 septembre 2013 : prologue Marseille-Marseille

Le soleil était au rendez-vous, aucun vent mauvais n’était annoncé, il était l’heure de goûter l’ambiance de la Méditerranée en visitant Marseille côté mer.

J’ai découvert ce lundi matin une promenade inhabituelle : rentrer dans Marseille par la mer offre un point de vue absolument différent et magique. Il restait les sacs à préparer.

Il restait à prendre une décision quant à la pagaie qui ferait les kilomètres en ma compagnie…

Mais auparavant, il fallait que je monte sur la colline comme le faisaient certainement ceux qui prenaient la mer à l’époque où il n’y avait ni GPS, ni météo marine officielle, il fallait bien s’en remettre au ciel, n’est-ce pas? Donc, j’ai suivi leurs pas et je peux vous assurer que la lecture de quelques uns des milliers de “ex-voto” placardés sur les murs de “La bonne mère” mérite le détours.

Puis vint l’heure du repas, puis vint l’heure d’aller dormir. Mardi serait le jour du départ : une calanque à Marseille, au lever du soleil, nous ne savions pas encore laquelle Demain était à vivre…

……

Mardi 3 septembre 2013 : Marseille (calanque Morgiou) – La Seyne-sur-mer (plage du Jonquet)

Le vrai départ était enfin au bout de ma pagaie. Un signe de la main, quelques coup de pagaie plus appuyés… je vois le “compagnon de départ – photographe” courir sur le chemin comme un gamin,  profitant encore de l’abri de la calanque, je me réjouis de ce moment partagé. Puis, je rentre dans le soleil, je tourne vers l’est, vers l’inconnu… C’est parti. Le massif des calanques m’impressionne beaucoup moins vu d’en bas que parcouru à la marche. Je n’ai pas la tête à m’y attarder et puis, j’ai le soleil de face : plus j’avance, plus il s’élève Cassis est déjà passé, la couleur des roches tourne au rouge.

IMG_0490   Un sandwich vers 11 h à La Ciotat, Mini-sieste vers 13h dans la crique de Port D’Alon (Saint-Cyr-sur-mer) Ayant tourné le cap Sicié j’ai aperçu pirogues, SUP et kayaks. Visiblement il y avait un “club de pagaie” dans le coin. Mon “soucis” du moment était entièrement contenu dans le plein de ma réserve d’eau et je cherchais non seulement un endroit pour dormir, mais surtout un endroit où je pourrai avoir de l’eau. C’est un kayakiste qui m’a donné l’information : il y a une source sur une plage. Il fallait que je retourne un peu en arrière, mais ça valait le coup, l’idée d’une plage “juste pour moi” était absolument plaisante et réjouissante. IMG_0496

Premier bivouac : après avoir grignoté, après un rinçage à la source, je me suis glissée dans le duvet. Demain, le beau temps serait au rendez-vous.

……

Mercredi 4 septembre 2013 : La Seyne-sur-Mer (plage du jonquet) – Bormes les Mimosas (Ilot de Léoube)

Comme d’habitude lorsque je dors dehors, c’est la caresse de la nuit blanchissante qui me réveilla.

Le premier réflexe fut de tester chacun des muscles utilisés la veille, et émerveillée je ne trouvais qu’une machine bien huilée, sans la moindre douleur, déjà impatiente de recommencer!

Seule, une petite cloque sur la lèvre me rappelait que j’étais dans le sud, que le soleil était encore brûlant et qu’il était indispensable de s’en protéger.

Le rituel du matin pouvait commencer. L’année dernière, je comptais une heure entre le réveil et mon départ sur l’eau, il en fut de même cette année. Un seul matin j’ai souhaité “faire vite” et je n’ai pas “gagné” plus de 10mn sur cette heure d’avant départ. Il s’agit de manger, bien au chaud dans le duvet.

Allongée, comme une princesse, je pioche dans le sac à provisions ce qui me fait plaisir, au choix et avec ou sans mélange selon le jour : pain, amandes, noisettes, pomme, miel, fromage. En même temps (un peu comme à la maison où je petit-déjeune devant l’ordi  ), je feuillette le programme du jour dans le guide, imaginant les trajectoires possibles et l’objectif envisageable en fonction du point météo que Michel m’a envoyé dans la nuit par SMS. Puis, vient le moment “fille” où je prends soin de “moi”, tartinage de la peau avec la crème qui va bien, lavage des dents, démêlage des cheveux. Ensuite et TOUJOURS dans cet ordre (oui, des fois je suis psycho-rigide  ) : ouverture du bouchon de dégonflage du tapis de sol, habillage, bourrage du duvet dans son sac, pliage de l’oreiller dans son sac, roulage du tapis de sol, enfournage des sacs dans les sacs étanches que je balance alors dehors, etc… Quand il ne reste que “moi-je” sous la tente, il y a une petite chanson qui chante “comme on fait son lit on se couche” et alors, je “balaie” consciencieusement l’intérieur de la tente, histoire de la re-trouver impeccable (en tout cas sans miettes et sans sable) le soir prochain Bon… Ca c’est dit!

La visite de Toulon ne me paraissant pas nécessaire, j’avais décidé de tirer “tout droit” en direction de la Pointe des Oursinières, ce que je fis sans me soucier de la distance.

Après avoir dépassé Saint-Mandrier, un étrange paysage s’offrit à mes yeux avec d’énormes plots flottants parsemés dans la baie, je n’avais jamais vu pareille installation. Un kayakiste étant à la pêche (donc à l’arrêt), j’en ai profité pour le questionner et découvrir que c’était un balisage pour les bateaux militaires et autres gros navires. Je lui ai aussi demandé si la navigation de nos frêles engins était parfois sanctionnée dans le coin, ce à quoi il répondit que jamais personne ne lui avait fait la moindre réflexion… So… go, go, go et avec bonne conscience, en plus!

Je me suis arrêtée au Port des Oursinières pour acheter un sandwich. Il était tôt et rien n’était prêt… Dans un bristot, je me suis offert un café, j’ai acheté de l’eau et devant mon air dépité de ne rien trouver à manger, le gars m’a vendu le pain-bagnat qu’il avait acheté pour son propre casse-croute… et “à prix coutant” m’a t-il précisé.

De la pointe des Oursinières, j’ai tiré “tout droit” en direction de la pointe de la presqu’ile de Giens… C’est beau ce coin là, mais ça circule un max une fois sur la pointe et le ressac est vraiment pénible, et ensuite il faut aller vers la côte, donc vers le nord… Et moi, je n’avais de cesse que d’aller vers l’est, vers l’Italie… Les sentiments se mélangeaient, la fatigue montait quand j’atteignis enfin de l’eau plus calme.

IMG_0503

C’est en arrivant à L’ilot de Léoube que j’ai trouvé le mini-espace parfait pour un bivouac tranquille et lumineux. Après cette longue deuxième journée, je ne me lassais ni du calme, ni de la beauté de la nuit qui prenait possession du temps.

IMG_0516

……

Jeudi 5 septembre 2013 : Bormes-les-Mimosas (Ilot de Léoube) – La Croix Valmer (Cap Lardier)

Après une nuit “moyenne”, le troisième jour se profile.

Le “troisième jour”, dans mes expériences de trip, c’est comme le cinquième kilomètre en marathon, le dixième kilomètre sur les ultra-longues distances, le 500m sur le 5000m ou la première bouée sur une course technique en SUP  , c’est un passage difficile. C’est “le” moment où je me demande ce que je suis allée faire dans la galère. Je sais qu’il faut passer de l’autre côté pour que tout rentre dans l’ordre Il est évident que le changement des habitudes se fait sentir seulement à partir du troisième jour… La nuit avait donc été moyenne avec des fourmillements dans les mains et des épaules un peu meurtries par le passage dans le ressac de la veille. Il fallait trouver “la” bonne position et avant de sombrer dans un profond sommeil récupérateur, j’ai passé pas mal de temps à me tourner et me re-tourner.

Le matin fut lumineux.

La matinée était tranquille. De crique en crique, je passais devant certains “hauts-lieux” de l’estivage huppé. Au fur et à mesure que le soleil s’élevait, la brise s’affirmait. Elle s’affirmait d’Est, donc de face, levant un clapot qui ne pouvait glisser sur ma planche puisque le sac de devant le stoppait, rendant ma progression un peu plus heurtée à chaque coup de pagaie…

Un véritable “troisième jour”, donc… Celui-là même qui contribue à perpétuer mon ressenti négatif de ce foutu “troisième jour”. Sur une des plages du Canadel, j’ai fait la pause déjeuner.

Tranquillement, en ronchonnant souvent, en suivant comme autant de points de suspension les villages connus accrochés aux collines, je suis arrivée à Cavalaire, je me suis reposée à La Croix-Valmer.

Là, j’ai appris que la commune faisait partie des communes “du golfe de Saint-Tropez”… J’avais donc atteint mon objectif du jour et ce n’était pas si mal. Après un copieux sandwich, après une belle conversation avec un passant, j’ai repris la pagaie à la recherche d’un bivouac.

C’est dans les plis du Cap Lardier que j’ai découvert un abri paisible, loin du sentier de randonnée et du passage des promeneurs J’ai installé la tente sur un épais matelas de posidonies et j’ai posé la planche côté montagne, sur les éboulis…

IMG_0525

… M’endormant rapidement et profondément…

… C’est alors qu’un grognement caractéristique me réveilla.

Sans avoir besoin de regarder, je voyais l’image d’une hure s’approchant. Avant d’avoir pu l’illuminer, j’ai entendu le demi-tour et le frottement (tout aussi caractéristique) de l’animal qui déguerpit à toute hâte dans les broussailles. Comme il ronchonnait, le pauvre! Poussant à fond l’anthropomorphisme, je dessinais rapidement et mentalement un mini-court métrage : tandis qu’il venait comme tout les soirs sur “sa” plage, voilà qu’il y trouvait un touriste, plus moyen d’être tranquille!

Je pense que la planche a dû le surprendre, à moins que mon odeur de fauve douchée à la lingette bio ne l’ait repoussé … Et j’ai replongé dans le sommeil.

……

Vendredi 6 septembre 2013 : La Croix-Valmer (Cap Lardier) – Saint Aygulf (plage de Saint Aygulf)

Cette étape là était par avance particulière : elle me permettait de regarder “côté mer” un espace souvent parcouru “côté sentier”, c’est dans ce coin que se court la SUP Race Cup, c’est dans ce coin qu’il FAUT rester dans les 300m, c’est dans ce coin que j’ai découvert le plaisir de monter sur une planche, etc, etc…

Ce matin là, j’ai bien regardé l’aspect des broussailles qui dévalaient la pente et en regardant TRES attentivement, j’ai bien vu qu’un passage se dessinait, de ces passages animaliers presque imperceptibles…

Joyeusement, j’ai pensé que je ne laissais pas de trace derrière moi, une odeur certainement (mais pas un parfum entêtant de molécules chimiques de grande marque, non, une odeur “animale” seulement détectable par les animaux) un matelas de posidonies à peine tassé, aucune empreinte, aucun déchet. Chaque jour je suis arrivée sur un bivouac, chaque jour j’en repartais, en silence et presque sans traces, ce fut chaque jour une délicieuse expérience.

L’eau était parfaitement lisse dans le coin abrité qui m’avait accueilli, elle dansait sous le soleil levant une fois la pointe tournée, elle clapotait sous le vent d’est et se désorganisait sous l’effet du ressac à chaque passage de cap, mais sans heurt pour mes petits bras. Une seule question accaparait mon esprit “Comment allais-je traverser ce foutu golfe de Saint-Tropez, cette voie à grande circulation de yacht rapides et énormes ?” De fait, en suivant des yeux les trajectoires des bateaux, j’ai trouvé l’emplacement du chenal et de leur passage. Je savais qu’il me faudrait être prudente en le traversant mais qu’il n’y avait pas de risque ailleurs… sinon celui de me faire remonter les bretelles à cause des “300m”…. Mais d’expérience, je savais déjà que les patrouilles patrouillent plus volontiers près de la foule qu’au milieu de nulle part. Force est de constater, qu’il n’y a jamais personne “au milieu”. “Finger in the nose”, je suis arrivée “en face” pile poil en vue du trajet de la longue distance de la dernière SUP race Cup.

Intrépide, je n’ai pas cherché à m’approcher du bord et j’ai piqué en direction des Issambres. Là-bas, j’ai fait quelques emplettes au supermarché du coin avant de commencer à chercher une plage pour dormir.

……

Samedi 7 septembre 2013 : Plage de Saint-Aygulf – Antibes (Club Nautique)

Pour pouvoir dormir à proximité d’une piste de danse, il a bien fallu que j’arrive à fermer mes oreilles avant de réussir à fermer l’oeil, et puis, le silence a fini par envahir la plage. C’est parfaitement reposée que j’émergeai de ma « chambre »  après l’aube de ce 5ème jour. Il faut bien avouer que mon avancée n’était jamais très notable le matin. En fait je ne devenais réellement efficace qu’une fois le soleil au zénith, étant régulièrement en manque de carburant dans les premières heures de la journée. Je me suis adaptée : en premier, j’ai mis un tube de lait concentré dans le sac à dos (En passant aux Issambres, j’ai fait un stock!) ce qui permit, à partir de ce moment de combler « les coups de mou ». Dès que je sentais mon coup de pagaie devenir un « automatisme inutile qui n’avançait à rien » c’est qu’il fallait remettre du « pétrole ». Ensuite, j’ai trouvé un rituel pour marquer le temps d’une pause : coincer la pagaie le long des sacs, m’agenouiller, détacher le sac à dos, sortir le tube de nectar, l’ouvrir, m’en délecter, le refermer, le ranger, remettre le sac à dos, prendre une photo, décoincer la pagaie, me redresser et hop… repartir avec un tonus tout neuf. A la réflexion, j’ai toujours fonctionné ainsi, avec des rituels qui donnent la cadence et des jeux qui provoquent l’improvisation.

Ce samedi, le jeu consistait à solliciter des gens sur l’eau afin qu’ils me photographient. (je vous fait grâce des subjonctifs imposés par la concor-danse des temps). Sur la Riviera, en ce samedi de fin de l’été, l’ambiance est encore à la parade. Il y a des bateaux qui vont et viennent, tout droit, surtout en restant proche de la côte, dans un ballet incessant. Je n’ai pas compris s’il s’agissait de participer au concours de la plus grosse vague ou à tout autre chose. Un sentiment m’effleura : circuler avec ma planche et son chargement au milieu de cet étalage ne relevait-il point de la gageure? Non… J’étais super tranquille, j’avais ma place au soleil! D’ailleurs, pour le goûter, je n’hésitai pas à m’installer dans la piscine d’une résidence (qui me semblait fermée et où les caméras de surveillance ne surplombaient pas la plage… Pas complètement folle, noméo!)

IMG_0546

Cependant, quand vint l’heure de chercher une jolie place pour planter ma tente, force était de constater que les places étaient chères et escarpées. Rançon du luxe… En contournant le Cap D’Antibes, j’ai vu apparaître une dame en SUP gonflable. C’est elle qui se précipita à ma rencontre au point que j’ai un instant imaginé la connaitre, mais non… Le ressac l’agitait et hop, arrivée à ma hauteur, c’est avec un “plouf” qu’elle me salua d’un grand sourire, tout juste ébrouée, accrochée au travers de son support… J’avais faim de gourmandise, donc je lui demandais où “trouver ça” et où “trouver la place pour dormir” dans cette zone un peu particulière. Immédiatement, elle me donna les deux réponses : il y avait “là-bas”, “à environ une heure pour moi” une pâtisserie exceptionnelle et juste à côté un club de voile “où les gens sont super sympa”… Direction là-bas! Fin d’été et week-end sur la Riviera, nuit sonore bis repetita…

……

Dimanche 8 septembre 2013 : Antibes (Club Nautique) – Roquebrune-Cap Martin (crique juste avant la plage du Golfe bleu)

Le 8 septembre, quand je pose ma planche sur l’eau, Antibes semble encore profondément endormie.

La vie qui s’était poursuivie très activement pendant la nuit semble figée et un ciel lourd ajoute son couvercle à l’ambiance. La veille, un des adhérent du club avait tendu le bras en direction des lumières de l’aéroport de Nice en me disant que je devais viser là-bas, que le seul truc auquel je devais faire attention était le courant de la rivière qui débouche juste avant, ajoutant que nous n’étions cependant pas en période de fonte des neiges…

Tout était beaucoup moins clair une fois passée l’illumination nocturne. Il faut dire que depuis Cannes, j’évoluais en terre inconnue, absolument inconnue.

Bien évidemment, l’autoroute nous avait déjà plus d’une fois conduits d’un point à l’autre, mais circuler sur l’autoroute ne permet pas de “connaitre une région”, pas plus que traverser Paris en métro ne permet de connaître Paris. Des noms s’impriment dans ma mémoire sans se relier sur mon GPS interne, je suis incapable de les placer dans un ordre géographique (c’est à dire sur une carte, c’est à dire de les orienter les uns par rapport aux autres). Je ne “connais” une région qu’après l’avoir parcourue à pied ou à vitesse réduite (amusant d’écrire “vitesse réduite” pour signifier “vitesse humaine”, c’est à dire vitesse physiologiquement humaine/animale… Bref… )

Donc, ici commençait vraiment mon “voyage en terre inconnue”, sans guide. Je devenais “exploratrice” et l’expédition grimpait d’un cran au niveau des sensations, lesquelles se trouvent exacerbées par l’excitation de la découverte, l’absence de repères, l’inconnu au bout du regard.

Je vise ce que je pense être l’aéroport de Nice. Je ne cesse de lever le nez pour regarder monter le grain. J’avance en zig et en zag. Le vent monte d’un cran, le grain se précise. Je m’étonne de la présence d’un voilier qui sort du port, au loin… Pendant ces quelques jours de navigation en Méditerranée, n’ai-je pas constaté que le meilleur indice météorologique de “mauvais temps” est l’absence de bateaux sur l’eau? Le voilier envoie son spi…

Voilà, je suis rapidement rassurée quant à “ma” prévision : le grain arrivant sous son propre vent, le spi se met impeccablement en tire-bouchon, sans faire un pli, pour ainsi dire! Je vois bien que “ça” s’agite à bord, mais sans effet sinon une dérive impressionnante.

Je vise la plage la plus proche, la plus logique par rapport à la direction du vent et à ma direction prévue… Je n’ai pas vraiment l’intention de retourner au Club Nautique… Je mets pied à terre sur la plage de “Marina baie des anges”.

Sous des gouttes aussi grosses que des flaques, je trimballe planche, pagaies et sacs le plus haut possible, je monte la tente en un clin d’oeil, j’y balance les sacs (non sans avoir désespérément tenté de les rendre moins humides) et je me coule à l’abri. J’enlève mon linge trempé, j’enfile mon pyjama bien sec et je me glisse dans le duvet : grasse matinée du dimanche…

Inutile de vous expliquer le bonheur de l’autonomie : à ce moment précis, je suis la femme la plus heureuse de la terre. La pluie tambourine sur la toile, l’orage gronde et je suis bien à l’abri, j’ai de quoi boire, j’ai des vivres, “tout” est simplement “bien”.

Je me suis endormie.

Au tintamarre de la pluie battante ayant succédé une chanson douce, j’ai émergé et j’ai “ouvert ma fenêtre” sur ce paysage. Il est déjà plus de midi… Tranquillement je me prépare à repartir, je sens que “c”est fini”, ne me demandez pas ni pourquoi ni comment, je ne suis pas du coin, mais je vois bien l’arc-en ciel au bout de la digue!

13h30… Départ n°2, au milieu d’une régate d’habitables, lesquels avancent de millimètre en millimètre dans la pétole qui suit le grain.

Je longe l’aéroport de Nice, pensant en filigrane à ce que me promet celui de Genova (dont je ne connais rien d’autre que l’infinie longueur annoncée de digue bétonnée), je saute la baie de Nice, puis celle de Villefranche. J’accoste les rochers de Saint-Jean Cap Ferrat, utilisant l’anneau d’une propriété privée pour amarrer mon navire et faire une pause goûter.

Monaco n’est plus très loin, un paquebot en sort. J’ai bien aimé l’ambiance monégasque, les grands voiliers et les canots brillants en bois vernis, une ambiance de cinéma, mais tranquille, presque sans vagues. Je ne compte pas les saluts de la main et les sourires lumineux qui ponctuèrent mon passage… C’était étonnant par rapport à ce que j’avais croisé dans les autres “zones à grande circulation”… Enfin

… Back in France… Une jolie crique sous la ligne de train m’accueille avec douche et tout le confort dont j’ai besoin (sèche-linge, etc…)

Demain… L’Italie sera au bout de la journée.

……