Un archipel pour une odyssée

Auteur : jade paddle surf 44. Posté dans Récits

En septembre 2014, pour la troisième année consécutive, joelle est partie naviguer, debout sur sa planche de SUP.

Après la Loire, après Marseille-Rome, c’est l’archipel constitué par Lanzarote, Fuerteventura, et leurs îles satellites qu’elle est partie explorer.

Après la Loire, après la mer Mediterrannée, c’est l’Océan Atlantique quelle allait affronter, seule, en autonomie.

Il fallait impérativement du matériel neuf pour écarter totalement les risques de “panne ” consécutifs à l’usure naturelle. C’est donc équipée avec la toute nouvelle 12’6 Earth. et avec une pagaie Sélect Ocean Pro qu’elle a pris le départ de son Odyssée.

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Voici son récit,

Lundi 8 septembre

C’est l’impatience qui m’a réveillée.

Après avoir préparé les sacs, je suis sortie de l’appartement pour boire un café au coin de la rue et me connecter à la wi-fi, histoire d’envoyer un dernier message sur facebook : « Je vais faire les courses pour avoir quelques vivres (gofio, fromage de chèvre, amandes et raisins secs), je fais le plein d’eau et hop, hop, hop… Vu la météo, je vais finalement tourner Lanzarote dans le sens des aiguilles d’une montre afin d’être à l’abri quand les vagues arriveront en fin de semaine! Let’s go ».

Puis, j’ai acheté les provisions, je suis rentrée, j’ai complété les sacs et c’était le moment d’y aller. Je suis partie de l’appartement à pieds, avec un sac sur l’épaule, le leash autour du cou et le sac à dos dans le dos.

Cinq minutes plus tard, j’étais sur le quai du port, récupérant ma planche restée au Club Nautique local.. J’ai l’ai équipée pour le voyage. (bouts noués sur les inserts, élastiques installés, boucle antivol mise en place)

A Gwen, le photographe partant pour vivre l’imprévisible, j’avais fixé l’unique rendez-vous que j’étais certaine d’honorer. Je pensais être prête en fin de matinée, je l’étais.

Gwen était là, Eric aussi. Eric a tendu le bras vers le large « Tu vois le phare, là-bas ? En plus c’est clair aujourd’hui…Alors, tu te diriges là-bas » J’ai tout emporté sur la cale, j’ai mis la planche à l’eau et je suis partie.

Eric avait compté trois heures de traversée, j’ai mis un peu moins.

Sans connaissance de l’île, je n’avais pas pensé qu’il serait impossible de mettre pied à terre une fois « de l’autre côté » et je n’avais pas, à portée de main, la moindre miette à grignoter. Il fallait faire avec.

J’ai ramé en me contentant de boire à petites goulées. J’étais nourrie par le plaisir d’être enfin partie. Néanmoins, tout en ramant, j’ai posé un sticker virtuel dans ma mémoire : penser à mettre le tube de lait concentré à portée de main! Quand j’ai enfin aperçu une baie où il me semblait possible d’atterrir, je suis revenue à la réalité : l’après-midi était bien entamé et j’avais faim.

J’ai atterri sur une plage de sable noir.

Quelques humains, nus comme des vers, déambulaient à l’endroit où les vagues lissent la plage.

Pour la première fois de ce premier jour, après ces premiers kilomètres de trip, j’ai sorti la planche de l’eau, j’ai détaché un sac, puis l’autre, les déposant hors d’atteinte des éclaboussures. Alors, je pouvais porter la planche, la déposer sur le sable sec et explorer l’espace afin de déterminer où poser le bivouac.

Le simple fait de reprendre pieds sur la terre ferme avait fait disparaître toute sensation d’appétit, ma curiosité prenait le dessus et c’est naturellement que je suis allée à la rencontre d’un « tout-nu » pour découvrir ce qu’il ramassait dans le sable. « C’est de l’olivine » me dit-il en ouvrant la main sur son trésor.

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Plus tard, cet homme là est venu me proposer de l’eau pour remplir ma réserve : « Moi je suis un homme de la montagne, je vois que tu viens de la mer. Je connais les longues randonnées solitaires. »

Le soleil déclinait. La plage s’est vidée. J’ai installé mon campement.

Mardi 9 septembre

La pleine lune avait éclairé la nuit, mais la couleur de l’aube étant particulière elle « donne l’heure » avec précision, même sous une tente.

A travers un sommeil en pointillé, j’avais entendu la marée haute. Quand j’ai ouvert ma « fenêtre »sur l’extérieur, j’ai retrouvé le paysage de la veille avec un océan tranquille, donc avec la certitude de pouvoir “décoller” sans soucis.

N’étant pas encore dans le rythme, il a fallu que je me force pour avaler un petit déjeuner consistant.

J’ai pris mon temps. L’environnement était magnifique. La lumière de la veille était merveilleuse, celle du matin tenait du prodige. Je l’ai captée par tous mes sens, essayant de l’immobiliser en quelques clichés qui, néanmoins, seront autant de trahisons.

Au lever du soleil, j’étais à nouveau sur l’eau, envahie par un doux sentiment de liberté.

Sans laisser de traces, je repartais par où j’étais arrivée!

En longeant la côte, en observant chaque montagne et toutes leurs couleurs, j’entendais à nouveau la voix de l’homme d’hier tandis qu’il m’exposait la géologie de l’île et la chronologie de sa formation.

Ainsi le temps s’égraina jusqu’à ce que la faim me torde l’estomac… sans que le moindre « parking » n’apparaisse à l’horizon. Je n’avait pas d’autre solution que de ramer, ramer sur le mode « pilotage automatique », ramer en guettant sur la côte le moindre interstice susceptible de m’accueillir.

C’est alors qu’un bateau de pêche qui venait de me « doubler », disparut littéralement du paysage, comme avalé par les rochers. Les miracles ont toujours une explication et là, je n’en voyais qu’une : la possibilité d’un port dans le coin.

Faire son entrée dans un mini-port de village de pêcheur, silencieusement, à la rame et debout sur une planche chargée de bagages, c’est comme entrer par effraction sur une carte postale.

J’ai senti tous les yeux braqués sur le drôle d’équipage.

Lorsque l’aileron toucha le sable, je suis descendue de mon navire et le manège commença : détacher les sacs, les déposer, porter la planche, remonter les sacs, remonter la planche…

Alors, les femmes qui profitaient du soleil sont venues m’accueillir à coup de questions, joyeusement, chaleureusement. En un rien de temps, tous les « spectateurs » étaient informés de la raison de ma présence incongrue.

Après être allée chercher quelques provisions au « supermercardo » local, j’ai déjeuné à l’ombre d’un bateau de pêche.

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Et, c’est parfaitement revigorée que je suis sortie du port un peu plus tard.

Très vite les dunes et les falaises de Famara sont entrées dans mon champ de vision. Le paysage était très beau. Je ramais, tranquille. J’ai ramé ainsi un long temps, perdue très loin dans mes pensées. J’ai ramé ainsi jusqu’au moment où il était évident que je restais sur place, juste en face du même alignement, précisément en face. Je ramais et je n’avançais pas !

Cette constatation m’a réveillée, ça va sans dire !

J’ai balancé un maximum d’énergie pour avancer, j’ai cherché le “bon” courant sans savoir si je le trouvais réellement, mais le fait est que j’ai finalement réussi à trouver une crique avant la tombée du jour.

En débarquant sur “la plage” j’ai décidé de grimper d’un cran pour planter la tente, le lieu était hostile, les détritus amoncelés sous la falaise montraient que l’océan est ici capable de furie… Peu importait à ce moment là.

Demain serait un nouveau jour.

Dans ce cadre absolument grandiose, tout était parfaitement paisible.

Mercredi 10 septembre

Une espèce de conscience très spécifique se met en place lorsque je voyage seule dans la nature.

J’ai remarqué que dans la phase qui précède le sommeil, j’apprivoise tous les bruits « normaux », chaque geignement de la toile contre le sable, chaque frémissement de l’air, le rythme des vagues, la chanson de l’eau qui éclabousse et lisse la plage, etc… Au cours de la nuit, les micro-réveils servent à faire des « mises à jour » instantanées. De fait, au petit matin, je sais à quoi m’attendre en matière de météo. C’est encore plus fiable que les statistiques moulinées par Ventgourou.com

Ce mercredi, je savais avant d’ouvrir la porte, que la houle était arrivée. Pas énorme, mais puissante, régulière…

La plage ne ressemblait plus du tout à celle qui m’avait accueillie la veille. Tout en démontant la tente et en rangeant, j’observais les séries de vagues. En l’absence de vent, c’étaient de très jolies vagues qu’il était bon de contempler mais elles n’étaient pas précisément prévues pour prendre le large avec une planche chargée de bagages.

Je décidais néanmoins qu’il était possible de tenter un départ.

Il fallait que je sois au taquet pour que la planche soit mise à l’eau dès la fin d’une série.

Il fallait que je vise un point précis afin de profiter du courant et d’éviter la zone de déferlement, il fallait, il fallait…

Hop, hop, hop… Je suis restée à genoux et j’ai ramé le plus vite et le plus fort possible.

Incroyablement, tout se passait parfaitement, j’étais presque sortie d’affaire quand la première vague de la série suivante se leva, barrant très vite et entièrement la petite baie dont je n’étais pas encore sortie. Elle se levait et je ramais, elle se levait et s’étirait plus haut, elle s’étirait encore et commençait à s’écrouler. Elle déferlait et j’étais sous la planche. Sous la planche qui s’était retournée. J’ai rattrapé mes lunettes d’une main. Rien n’était encore perdu. Mais… Impossible de remettre la planche à l’endroit dans ce bazar, avec ce bazar… Par chance le sac arrière s’était détaché. (Par chance, je ne l’avais pas sécurisé ce matin là. OUI par chance, la suite le confirmera.) Je l’ai rattrapé. J’ai rattrapé la pagaie de secours. J’ai décidé de lâcher les lunettes (oui, je n’avais que deux mains!) Evidemment les vagues continuaient leur danse et évidemment j’avais dérivé pile à l’endroit où elles déferlaient TOUTES. Il fallait lâcher le sac. Il fallait lâcher le sac qui contenait le plus précieux, en ayant confiance dans la nature du courant qui le porterait sur les rochers. Pas un instant l’idée d’arrêter l’aventure ce matin là ne m’a traversée. Je “gérais” la situation dans l’unique but de poursuivre.

Alors, il me restait à contrôler la planche (par chance elle était allégée d’une partie de sa charge, le leash résistait vaillamment) pour éviter qu’elle n’aille s’écraser sur les rochers.

Après quatre ou cinq bousculades mousseuses, nous avons fini par échouer tous entiers dans une zone plus calme, puis sur la plage ! Comme prévu, mon sac était arrivé au bord lui aussi. Je le localisais dans les rochers, flottant un peu plus loin.

Bon.

Inutile d’essayer à nouveau. J’avais raté un départ en étant certaine de le réussir, il était vain de tenter le réussir après que le doute ait été semé. Il fallait trouver une autre solution. Trempée et tranquille, j’ai pris un peu de hauteur en escaladant. La solution se situait un peu plus loin dans les rochers.

J’ai tout transbahuté sans vraiment trouver de sentier. C’est dans ce cheminement que la planche a récupéré ses deux premières étoiles.

Finalement, je suis partie avec “seulement” trois heures de retard sur le lever du soleil. Le bonheur de prendre le large fut décuplé ce matin là. C’était juste encore plus géant que d’habitude.

Le courant était contre mais j’avançais et petit à petit je passai à l’abri de La Graciosa, gagnant un plan d’eau absolument flat. Puis, le courant fut favorable et j’ai tourné la pointe à toute vitesse.

Des souvenirs sont remontés en doublant le spot d’Orzola… 18 ans plus tôt, j’y étais passée. La journée fut magnifique. J’ai traversé des paysages extraordinaires, j’ai dégusté une limonade glacée à Punta de Mujeres. Elle s’est achevée au milieu des coulées de lave, au milieu d’un arc en ciel de couleurs incroyables.

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Dans ce véritable chaos géologique, le seul lieu de bivouac possible fut un des recoins de Charco del Palo. En guise d’arrivée sur la “plage”, j’ai hissé tout le matos sur “le plat” grâce à une échelle de piscine.

Inutile de préciser que mon arrivée fut très remarquée par les touristes qui lézardaient!

jeudi 11 septembre

Pour ne pas déroger à la règle, je suis repartie par où j’étais arrivée : en bas de l’échelle.

Vue de l’océan, la côte changeait, elle perdait son côté désertique. Avec l’apparition des zones les plus peuplées de l’île, la palette des ocres se ponctuait de blanc jusqu’à ce que le blanc devienne la couleur dominante à partir de Costa Teguise.

C’est dans ce coin là que le vent s’est affirmé. Pendant que j’étais dans le port de plaisance de Arrecife il est monté d’un cran, idéalement portant.

Je n’ai pas pu m’empêcher de comparer le SUP au « running » : ramer sur le flat permet aux pensées de fleurir, ramer contre le vent est aussi éprouvant que courir en montée, ramer vent de travers aussi « tordant » que courir sur un sentier en dévers, et ramer au portant, tout comme courir en descente, demande technique, attention et tonus.

Arrivée à ce point de ma comparaison, je n’étais pas étonnée de ressentir l’envie d’une fin à ce « downwind » : plus de dix kilomètres de course en descente n’a jamais été de tout repos, encore moins avec un sac à dos de « raideuse autonome » !

Par chance, une fois passée la Punta el Barranquillo, le vent faiblit, presque instantanément. Les moutons avaient disparu, comme par enchantement. Une simple brise me portait, tranquillement. Au loin, la Punta Gorda marquait le cap à tenir.

L’idée folle de rentrer directement à Lobos m’avait effleurée lorsque le vent me poussait fort. Dans mes pensées, la sagesse avait affronté la tentation, arguant les avantages de « prendre le temps », de ne pas sombrer dans une compétition d’autant plus vaine qu’aucun adversaire ne la disputait. La sagesse l’avait emporté, sans user de la moindre force.

Eric m’avait dit que Papagayo était un endroit magnifique, je me disais que ces plages idylliques seraient mon berceau pour la nuit.

Une fois passée ce dilemme, j’ai ramé tranquillement.

Le site de Papagayo est définitivement un endroit très beau.

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J’ai choisi « ma plage » en pensant au départ du lendemain, mais aussi en fonction de l’affluence touristique. Il était encore tôt et je n’avais pas la moindre envie de foule.

Débarquant une fois de plus au milieu de ceux qui n’ont pas le moindre bout de chiffon sur le corps, je n’ai pas attendu le soir pour “prendre mon bain”, souriant intérieurement aux marques de bronzage qui me distinguaient nettement du troupeau. En sortant de l’eau, une femme m’attendait, visiblement elle avait des questions en tête.

C’était au sujet du SUP. Cette femme avait environ mon âge, elle se demandait si elle serait capable de s’y mettre. Elle enchaina très vite : «Et tu n’as pas l’air fatiguée, ce n’est pas fatigant ? »

A ce moment de la journée, la seule réponse qui est sortie fut la suivante : « Est-il possible d’être fatigué du bonheur ? » Elle acquiesça de la tête devant l’évidence et, avec surprise, j’ai vu ses yeux se remplir de buée. Plus tard, elle est venue s’asseoir et nous avons refait le monde.

Bien plus tard, le soleil couchant enflamma la baie.

Une fois la nuit arrivée, la plage s’est vidée comme se vide un théâtre. Alors… J’ai longtemps regardé, au loin, le phare qui m’avait guidée quelques jours plus tôt, doucement envahie par une indescriptible émotion que je dégustais paisiblement.  

Vendredi 12 septembre

Il ne restait que quelque heures de rame pour arriver à mon point de départ.

Rien ne pressait. Laissant là tout le bivouac, l’urgence du matin consistait à grimper sur la colline.

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Le site de Papagayo, au delà de sa beauté est un lieu remarquable dans l’histoire des îles Fortunées. Au début du 15ème siècle, dans ce coin, se trouvait probablement le château de Rubicon.

C’est une habitude, je me balade toujours avec des images du passé en filigrane. Ayant un bon nombre de personnages en stock, je me fais des films… à moins que ce ne soient des dessins animés. Tout est question de circonstance! Dans un livre tiré d’un manuscrit d’époque, il est fait allusion au passage entre Lanzarote et Lobos : « C’est le plus orrible passage que nul sache tenir de tous ceulx qui en la mer là en droit conuerssent, et ne dure que quatre lieues » C’est pourtant sans la moindre inquiétude que je m’apprêtai à traverser ce bras d’océan, à longer Lobos puis à rejoindre le port de Corralejo. J’ai bénéficié d’un aimable vent portant. En arrivant sur la cale, j’étais déjà en train de décharger la planche quand Nayra, sortie à la hâte de son bureau de chef de base, m’interpella avec de grands signes de bienvenue.

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Nous sommes remontées ensemble au club nautique.

« Est-ce que quelqu’un a déjà fait ce tour en SUP, tu es la première ? » me demanda t-elle. « Je ne sais pas, ça n’a pas d’importance » ai-je répondu.

Une fois la planche rangée dans les locaux de la base nautique, je suis rentrée à l’appartement, à pied, un sac sur le dos, un sac à la main et le leash autour du cou.

L’après-midi, c’est en “ridant” le vieux vélo d’Eric que je suis allée longer la côte. J’étais posée « à bon port ». J’étais comme dans une parenthèse, comme dans une bulle que je souhaitais protéger. Dans chacune de mes cellules, un prochain départ bouillonnait.

Samedi 13 septembre 2014

Au petit matin, l’archipel flottait dans une épaisse brume.

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Sans aucun doute, les vagues déferlaient de toute part, vaporisant des embruns que le soleil encore bas ne pouvait percer.

Pas un souffle de vent. Dans le port, l’océan était plat, lisse. Sur le quai, les surfeurs arrivaient en nombre, impatients de trouver un bateau en direction de Lobos. J’étais heureuse d’être en bonne place, dans le village.

Nul doute que si j’avais poursuivi ma route en considérant le calme apparent de la veille, je serai restée coincée par les vagues sur une plage inconnue, isolée, loin de toute source d’eau et de restauration.

Eric avait prévu une sortie de surf en OC4,  et ce fut un grand moment de plaisir partagé. A Punta Elena, les vagues arrivaient par série, parfaites, épaisses et fortes. En cette fin d’été canarien, l’eau était tiède, les éclaboussures étaient douces et rafraichissantes. Du sommet des vagues nous dévalions en souriant, éparpillant loin devant les surfeurs débutants qui ne risquaient pourtant rien.

De retour au club, j’ai étalé ma carte des îles sur le comptoir. Avec l’aide éclairée de Nayra (elle a assuré la sécurité des kayaks pendant leur tour de l’île), nous avons pointé les risques et les avantages de la côte ouest.

Dans l’après midi, c’est avec un kayakiste expérimenté que j’avais rendez-vous afin de prendre note de son expérience. La météo semblait devenir plus favorable dans les jours qui suivaient.

La certitude de reprendre la mer très vite ne me quittait pas.

Dimanche 14 septembre

Tout avantage offre des inconvénients.

Ainsi, tandis que mon matériel était bien à l’abri dans les locaux de la base nautique, je devais accepter que la base soit fermée le dimanche. Impossible d’aller sur l’eau ce jour là ! Avec une journée entière à ma disposition mais dépourvue de la possibilité de naviguer, j’étais ce matin là, aussi désemparée qu’en septembre 2013, lorsque je suis restée bloquée à Viareggio par la tempête. J’ai loué une voiture pour voir l’état des vagues sur la côte ouest. J’ai filé à El Cotillo : entrée et sortie du port OK J’ai foncé à Los Molinos : l’entrée OK, sortie « bof » Je suis descendue vers la playa de Valle : impossible de s’arrêter dans ce coin. J’ai fait l’impasse sur Ajuy et son Puerto de la Peňa pour découvrir Playa Negra : accès inimaginable L’ensemble de la côte ouest restait, apparemment et dans l’ensemble, inabordable.

Sur la route du retour, commença une tempête interne, une tempête soulevée par une bataille contre l’ego. Intérieurement, c’était la bousculade, les hormones pulsaient à haute intensité, à chaque injection correspondait un point de vue possible.

La transcription simplifiée pourrait être la suivante :

Moi :Franchement, cette côte ouest, je ne la sens pas avec ces conditions.

Ego : Tu te dégonfles, t’es même pas cap, t’es franchement nulle.

Moi : Là n’est pas la question. Ce que j’aime, c’est naviguer, aller vers l’inconnu, découvrir…

Ego : L’inconnu, tu me fais rire, ça fait deux jours que tu cherches à savoir, que tu cherches comment faire pour réussir « ton tour ». Tu as toutes les cartes en main, il suffit d’attendre un peu et hop, les vagues vont baisser et tu pourras « descendre » la côte ouest et faire le tour en SUP.

Moi : Oui, je peux attendre. Et en même temps, j’ai vraiment envie d’aller sur l’eau. En plus il n’y aucune certitude au sujet d’une éventuelle météo favorable avant la fin de mes vacances. Et puis, faire la côte ouest, c’est me donner des « étapes obligées », ce n’est pas ma façon de voir la liberté, en fait.

Ego : Oui, la liberté, la liberté… C’est un grand mot ! Mais imagine que tu fasses le tour en SUP, en autonomie, ce serait quand même vraiment fort comme truc. Tu peux même partir d’El Cotillo si tu veux, tu feras le North shore après. Tu peux même faire le tour par petit bouts, il y a plein de possibilités pour dire que tu as fait le tour, même si ce n’est pas d’un seul coup...

Moi : Oui… Et alors ? Lanzarote dans les conditions idéales, c’était presque facile. Je suis certaine que le tour de Fuerte est aussi facile quand les conditions sont idéales, finalement « faire le tour » ça ne veut rien dire, tout dépend des conditions.

Ego : En tout cas, tu te dégonfle, c’est clair !

Pendant plus d’une heure, les vagues allaient et venaient, de manière anarchique, parfois énormes, parfois douces. J’avais mal au crâne à force de les considérer.

En passant entre les deux cônes volcaniques de Villaverde, à cet endroit précis où il devient possible d’embrasser Lanzarote, Lobos et Fuerteventura d’un même regard, les nuages se sont dissipés et j’ai trouvé MA solution. Les conditions météorologiques étant ce qu’elles étaient, il fallait que je prenne ce qui était donné et que je fasse avec.

Quelques mois plus tôt, à l’annonce de mon projet, Eric avait souri en disant : il y a 95% de conditions défavorables et seulement 5% de favorables. En mon for intérieur j’avais tiré la conclusion suivante : “il faudra que j’invente une solution avec les 5%  qui sont favorables”.

J’en étais exactement là. C’est tout à fait sereine que je suis allée rendre la voiture.

Le départ était fixé au lendemain matin.

Les sacs étaient déjà prêts.

Lundi 15 septembre 2014

Ce qui était donné, à ce moment là, c’était l’absence d’alizé.

Si cette absence laissait les vagues s’exprimer, il fallait bien convenir qu’il ne faudrait pas compter sur un vent portant pour aller dans le sud. Par contre, il était imaginable de rentrer dans le nord sans avoir à lutter démesurément. Dès 10h tapantes, après avoir fait un ultime point météo (pour mémoire je n’embarque jamais aucune technologie sophistiquée, donc ni électricité, ni wi-fi, donc pas de ventgourou dans mes bagages), après avoir chargé les sacs sur la planche, je prenais le large. Sans bruit, dans la brume, ce départ avait un parfum d’évasion.

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Descendre dans le sud par la côte est, c’était partir à la découverte.

J’avais très peu de points de repères. Mes randonnées pédestres à travers l’île s’étaient toujours focalisées du coté le plus abrupt, le plus désert, le plus sauvage. Je n’ai pas eu besoin de ramer très loin pour tomber sous le charme de « ce côté là ». Fuerteventura est décidément une île qui m’enchante. A peine avais-je dépassé le montagne rouge qu’une nuée de poissons volants décolla sous mon nez. Et pour éviter que je n’aie besoin de me pincer devant ce délicieux spectacle, c’est ensuite un par un qu’ils s’envolaient. Ils frôlaient parfois la planche avec ce bruissement caractéristique des ailes-nageoires en action, ajoutant la subtilité du son à la splendeur de la lumière. Il faisait une chaleur torride lorsque j’ai fait la pause déjeuner sans que le moindre point d’ombre ne soit disponible. La« capitale » n’était plus très loin, il fallait que je la dépasse avant de chercher un coin pour passer la nuit et sitôt que je l’eu passée, je n’ai eu de cesse que de dépasser la zone de l’aéroport.

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Sans la moindre idée de ce que j’allais explorer les jours suivants, je me suis endormie après avoir regardé décoller les avions dans la nuit.

Sur la plage déserte, un léger clapotis berçait le silence, comme un éloge à la simplicité.

Mardi 16 septembre 2014

Irrésistiblement attirée par « plus loin » l’idée de regarder en arrière lorsque j’ai passé la Punta del Bajo ne m’a pas effleurée.

Sachant que ce chemin serait aussi le chemin du retour, il était inutile d’attraper tous les points de vue à s’en tordre le cou. J’étais exploratrice de l’inconnu, ce jour là.

Je longeais des cathédrales de lave et je visitais des grottes. Je traversais des étendues d’eau plates et tellement limpides que, perchée sur ma planche, le vertige m’effleurait parfois délicieusement.

Heureuse d’avoir les mains occupées sur la pagaie, évitant ainsi de photographier à profusion, je profitais intensément de l’environnement.

J’allais d’émerveillement en étonnement.

L’extraordinaire côtoyait la somptuosité.

En arrivant sur la plage de Pozo Negro, je commençais à déballer mon pique-nique quand le bistrot du coin montra un signe d’ouverture. C’est donc un festin avec « queso de cabra » et « papas arrugadas » qui fit office de déjeuner.

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Sans faire de sieste, j’ai repris le large.

Le programme de l’après-midi fut aussi prestigieux que celui de la matinée. Parmi tout ce qui faisait sens en préparant cette aventure, il y avait l’alliance du désert et de l’océan. J’étais en parfait équilibre sur ce fil. Je touchais mon rêve, j’étais en plein dedans.

Quand apparu le puertito de Las Playitas, il était déjà tard et il était temps de songer à la nuit.

C’est sur la plage des touristes, calée à côté des dériveurs que j’ai posé mes appartements. Ce soir là, le cliquetis des drisses accompagna le chant des vagues pour me bercer et m’emporter dans le sommeil.

Mercredi 17 septembre 2014

Depuis la veille au soir, je savais que Gwen (Fuerte Luz) allait faire le déplacement pour essayer d’attraper quelques images au vol.

En souvenir d’un rendez-vous photographique lors de mon périple ligérien en 2012 je savais que, pour éviter tout stress, la seule solution consistait à se “connecter” en début d’étape et à laisser ensuite le jeu se jouer, sans aucune garantie. Gwen devait arriver vers 7h, il fallait que je sois prête ! Réveillée à l’aube, quelle ne fut pas ma surprise de voir une personne attendre le lever du soleil, un appareil photo à la main. “Il est plus fréquent de voir des gens photographier les couchers de soleil” me suis-je dit! Une serviette sur l’épaule, j’ai traversé la plage pour faire mes ablutions au bord de l’eau. Plus que d’habitude, il fallait que j’offre une tête présentable. En revenant vers la tente, j’ai soudain pris conscience que le promeneur solitaire n’était autre que « mon photographe » ! Et voilà comment je suis passée de « en avance » à « en retard »… Tout est toujours très relatif, n’est-ce pas ?

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J’étais dans mon trip et il le savait.

Nous avons seulement convenu de nous retrouver « Dans le deuxième barranco après Gran Tarajal, là où il y a des maisons », lui prenant la route en voiture pour partir à pied à l’assaut des falaises pendant que je traçais tranquillement par la mer. Comme j’avais besoin de passer au « supermercado », nous avons gardé le contact jusqu’à Tarajalero où j’ai “stationné” mon navire le temps de faire des emplettes. Puis je suis partie plein sud tandis qu’il rentrait dans le nord. Il m’avait alors fait remarquer que les bateaux à l’ancre s’étaient « tournés », le vent de terre se levait et j’allais devoir louvoyer au plus près de la côte afin de ne pas trop le subir. Néanmoins, il était bien là ce vent et je fus contente de pauser un peu le temps de déjeuner. Le sable était brûlant et je n’ai pas dédaigné l’ombre sommaire offerte par le creux d’un rocher.

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En passant la Playa de Matas Blancas, j’ai côtoyé des windsurfeurs qui naviguaient à toute allure, tirant une multitude de bords, toujours les mêmes, pendant que j’avançais comme une tortue, obstinément.  Je les regardais s’amuser, sans les envier d’aucune manière. J’étais simplement heureuse d’être à ma place.

Je faisais du rase-cailloux pour me protéger au maximum du courant d’air. Le kayakiste que j’avais questionné avant de partir m’avait bien dit de naviguer au plus près du bord dans ce coin réputé pour le vent, « du moment que tu peux mettre ta pagaie » avait-il précisé… C’est ce que je faisais, à tel point que mon aileron a heurté un rocher, me faisant trébucher juste à l’instant où je passais devant un nid de touristes, sur la pointe qui protège Costa Calma. Le ridicule m’effleura sans me toucher.

A Sotavento, le nuage des kites me découragea. Je me suis posée à nouveau. Imaginant que tous ces gens habitaient à l’hôtel et qu’il leur fallait prendre une douche avant d’aller profiter de l’apéro, je calculais que le terrain serait libre vers 18h.

Assise à l’ombre, dans le seul endroit où personne ne songeait à se faire bronzer, j’ai attendu sereinement. D’un côté la foule s’agitait, de l’autre côté le chemin déjà parcouru s’étirait.

Sereinement, dis-je… mais cependant impatiente de repartir. S’il restait des planches et des kites, vers 18 h le vent tournait à mon avantage. Le courant aussi semblait favorable.

J’ai “tiré des bords” pour éviter de m’emmêler avec les débutants. Les gars qui surveillaient en jet-ski furent amusés et compréhensifs.

Dédaignant la multitude de plages qui s’offrait, je n’avais de cesse que de doubler la pointe, curieuse de découvrir ce qu’il y avait derrière. Je fus un tantinet déçue. La nuit n’était plus loin, je n’avais pas de marge pour explorer plus avant. Pour le deuxième soir consécutif, j’ai planté ma tente entre les dériveurs…

PS : Gwen a réussi à capter des instants grandioses que je n’avais même pas imaginés. C’est incroyable de “se voir” dans le paysage. Lorsque je suis sur ma planche, je suis la reine du monde, je me sens en sécurité et lorsque je regarde les photos, j’apparais souvent plus petite qu’un grain de sénevé, un point… C’est tout… C’est vertigineux!

Jeudi 18 septembre 2014

Le matin était couleur de braises.

En atteignant le grand phare blanc de la pointe Del Matoral, je franchissais le point situé le plus au sud de l’île. Pour atteindre la pointe de Jandia, c’est plein ouest que j’allais ensuite naviguer. Le paysage est très différent sur cette partie de l’île, géologiquement plus ancienne. J’ai profité de la marée basse pour toucher terre sur un espace auquel les terriens n’accèdent pas. La palette colorée était remarquable. Ce fut un instant suspendu entre rêve et réalité.

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Au coeur de la nature, résonnait une ballade toute en harmonie.

Plus j’avançais, plus le ciel se chargeait. Au loin, il était tout à fait noir. Un léger vent de face soulevait un gentil clapot. Le grain est arrivé. Avec sa bonne brise qui le poussait vers le large. Et le clapot s’est haché. J’ai commencé par résister, puis je me suis inclinée et c’est à genoux que j’ai gardé le cap, sous une remarquable douche éclaboussant de ses énormes gouttes l’océan devenu vert. Dès que la lumière est revenue, je me suis relevée, le vent avait repris ses bases.

Je suis arrivée à la pointe de Jandia sans avoir envie de la franchir, des vagues déferlaient sur une bonne distance et je n’avais plus aucun but “logique” au delà de cette extrémité.

J’ai trouvé une plage un peu abritée pour la pause casse-croute. Une famille canarienne était à la pêche à cet endroit. L’exiguïté des lieux nous forçait  à « cohabiter » aimablement. Il a même été possible de faire une photo-souvenir!

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Ce que j’aime en mer, c’est l’absence de sentier.

Il est impossible de « revenir sur ses pas ». J’ai simplement tracé ma route vers l’est, savourant la présence de ces volcans tellement usés qu’ils ressemblent à de simples montagnes. N’ayant nullement envie de passer une troisième nuit à proximité de la civilisation, j’avais pour objectif de tourner la pointe Del Matoral, et de remonter un peu vers le nord, faisant ainsi d’une pierre deux coups : en dormant à quelques encablures de Sotavento, j’étais assurée d’y passer avant que le vent et les kites ne soient levés. C’est ainsi que le hasard m’a déposée devant un merveilleux appartement avec terrasse.

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Vendredi 19 septembre 2014

Eviter au maximum le vent fort, était une motivation suffisante pour m’activer dès l’aube.

Néanmoins, l’endroit était véritablement idyllique et profiter du lever du soleil sans faire la course était un bonheur à ne pas dédaigner. Je suis partie à la même heure que les autres jours. La marée était haute et rien n’était semblable.
Les immensités sableuses étaient devenues le terrain de repos des oiseaux. Je suis passée en me pressant lentement.

L’eau absolument limpide sur fond de sable blond donnait l’impression d’évoluer sur une infinie piscine.

Je suis facilement arrivée à l’abri des falaises en fin de matinée. Ayant une grande faim de fruits frais, j’ai débarqué à Lajita, un authentique village dont la grande majorité des touristes massés à Costa Calma ignore certainement l’existence.

Un serveur est sorti à la hâte du restaurant de la plage, me voyant encombrée et jugeant probablement mon matériel bousculée dans le mini shore-break.

Il a insisté pour m’aider à porter les sacs en haut de la plage « Ici, il ne se passe jamais rien » a t-il dit pour me convaincre d’accepter. Bien plus tard, quand la brise fut devenue plus douce, après un « cortado » sur le zinc, c’est sous les “adieux” de tous les rares passants que je prenais le large.

L’appel de la nature était intense, j’avais eu largement le temps d’étudier la carte afin de repérer les lieux de bivouac possibles, entre les montagnes.

Ce n’était pas si simple en réalité. Si, sur le papier ou de loin, des accès semblaient envisageables, il s’avérait à l’approche que le « gris du sable » était constitué par de très gros galets. Instable, glissante, roulant sous les vagues ce n’était pas la composition granulométrique la plus propice à l’établissement d’un campement C’est seulement après plusieurs essais infructueux que j’ai fini par trouver l’endroit idéal. Juste parfait.

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Il y avait même de quoi escalader pour « voir de haut ».

Le ciel était traversé de nuages qui évoquaient autant de gourmandises. J’étais comblée. Mais consciente…

C’était l’endroit idéal pour rester coincée si les vagues montaient.

Et si des trombes d’eau venaient à s’abattre, j’étais en plein milieu du barranco ! C’était peu probable et je me suis endormie sans la moindre inquiétude. Pendant la nuit, j’avais bien entendu la marée haute réaménager les galets et aussi le cri d’un petit animal nocturne non identifié, mais pas le moindre souffle de vent mauvais ni de houle agressive.

Samedi 20 septembre 2014

Sans aucune contrainte de temps, sans objectif précis pour ce jour, il était urgent de savourer chaque instant.

Cette falaise là, je l’avais bien repérée et largement photographié lors du premier passage. Voilà que l’éclairage matinal illuminait le « névé » de sable plus remarquablement encore.

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Existe t-il un courant d’air particulier dans cette baie ? Ce sable vient-il directement du sahara ? Est-il simplement déplacé à partir de l’île elle-même ?

Je ne sais pas.

Je sais que mon imagination vagabondait au pied de ce spectacle. Je sentais le passage possible entre le continent et l’île, je pensais à ceux qui le tentent en désespérance, j’entendais le sable crisser sur le “rio del Oro” des anciens, je revoyais très précisément le paragraphe de “Méharées” où T.Monod écrivit : “Je travaille face à l’Océan, auquel je suis promis et, déjà, livré. Mais adossé à une autre mer, sur laquelle je n’ai pas le droit de m’embarquer encore, mais que cependant je regarde parfois, à la dérobée, par dessus l’épaule. L’ourlet d’écume qui frange la baie du Lévrier est la ligne ténue séparant deux océans, celui de l’eau et celui des sables, l’Atlantique et le Sahara. L’équilibre, sur cette mince cloison, est instable : de quel côté vais-je tomber ?”

Ramer en randonnée, debout sur une planche, s’apparente à la marche.  Quand le terrain est sans encombre, il est possible de penser et d’avancer en même temps.

A Pozo Negro, il n’y avait qu’un mur de galet à l’heure de midi. Le restaurant commençait à s’activer, les clients du samedi descendaient de leur voiture de location. 
Mon menu ne changea pas ! Et je suis repartie.

Tranquillement j’avançais.

Sans hâte je savourais.

L’océan était profond dans ces zones, il en devenait bleu marine. Les rayons du soleil y dansaient en fil dorés et s’y perdaient et s’y fondaient.

J’ai exploré les recoins, cherché une aire pour la nuit et c’est finalement sur la plage qui “précède” l’aéroport que j’ai abordé. Au loin se dessinait Lanzarote, j’en avais déjà fait le tour… Quelques jours auparavant, j’avais dormi sur la plage qui était “juste après” l’aéroport…

Le voyage semblait s’achever.

Subsistait la notion de point qui m’entrainait vers un ensemble de chapitres. L’histoire n’a pas encore de ponctuation finale.

Par chance il était inutile de rentrer à Corralejo un dimanche, jour de fermeture du club nautique, je n’aurais pas su où ranger ma belle planche… Et puis, ce n’était pas l’endroit où je rêvais de bivouaquer…

Il me restait donc à faire deux étapes dans une seule. Enfin, soyons sérieux en parlant d’étape « longue ». Si tout s’était passé en si peu de jours, c’était un coup de chance.

Il n’y avait pas eu un seul matin où je m’étais réveillée sans le moindre doute quant à la réalisation de mes objectifs, aussi petits fussent-ils.

J’avance ainsi, d’un point à l’autre, pas trop loin pour être certaine de pouvoir l’atteindre. De fait, à la fin d’une journée les « petits points » finissent par dessiner des tracés qui m’étonnent toujours.

Dimanche 21 Septembre 2014

Ce dimanche, je visais en premier le petit port El Jablito qui me paraissait facilement accessible dans la journée, même en cas de vent fort.
Ensuite, j’avais une idée de derrière les fagots, mais il fallait en premier atteindre le puertito. La « capitale » passée, avant de rentrer dans le paysage du nord, j’ai vraiment aimé longer la zone industrielle. La géométrie des alignements mettait l’histoire en perspective, il y avait des voitures, des vélos, des pêcheurs. Vu de la mer, c’était un paysage digne d’une exposition “paymobil” et je pouvais le colorier à ma guise.

Plus loin, un moulin montrait la direction du vent,

Puis, je suis entrée dans le petit port.

Il était envahi et chacun s’y baignait, y pêchaient, y paressait.

L’ambiance était étonnante.

J’ai avalé un petit en-cas en ayant l’impression d’être posée sur la plage comme une tache, tout en étant absolument transparente…

Etrange impression dans cet espace en forme d’écrin.

J’ai fait le point comme prévu.

L’eau était quasi lisse. L’air était paisible. Il était hors de question de moisir ici.

Je rêvais d’aller dormir sur l’île de Lobos.

J’en rêvais tellement fort que je ne m’en faisais pas une joie. Le vent pouvait débarquer avec toute sa vaillance thermique. Qui vivra verra, me suis-je dit.

Puis, « mes îles » accaparèrent mes pensées, elles étaient « devant », réunit comme une seule.

C’était immense. Lobos me faisait de l’oeil. Le calme se faisait complice. Laissant tomber mes plans sages, je suis partie “en diagonale”.

Direction le puertito de Lobos.

Dans le Rio (le bras d’océan qui passe entre Fuerteventura et Lobos) il y a du jus, je gardais donc un cap précis pour être certaine de ne pas me faire “éjecter”, d’autant plus que je redoutais l’arrivée d’une brise annoncée.

Les derniers hectomètres ne furent pas les plus faciles et c’est avec un certain soulagement que je suis entrée à l’abri des rochers.

Le vent commençait à souffler “trop fort”, comme pour équilibrer au plus vite les pressions, à la fin de cette journée particulièrement calme et chaude.

Il faisait si chaud, que mon premier soucis fut de trouver un coin à l’ombre pour la planche et moi.

La terrasse d’une maison avec vue sur le sud fit mon affaire. C’était dimanche soir, les passants du week-end commençaient à plier bagage, les locataires de la maison d’à côté ne voyaient pas d’inconvénient à mon “installation provisoire”. Après coup, j’avais vraiment bien fait de leur poser la question, à eux précisément. Ils avaient immédiatement “alerté” les habitants du village qui ne s’étonnèrent plus de ma présence.

J’avais une vue magnifique.

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Quand le dernier bateau fut parti, l’île changea de respiration.

J’ai exploré alentours pour décider de l’emplacement de mon campement.

En écartant la possibilité de me planter sur le chemin, en dédaignant la possibilité de tout recharger pour aller sur la plage de sable blanc, je ne voyais que des champs de cailloux.

J’ai donc “planté” ma tente sur la terrasse qui m’avait accueillie. Et j’ai pris la dimension de Lobos. L’histoire de son passé chuchotait à mon oreille. Lobos me capturait.

Lundi 22 septembre 2014

Après une nuit sur les planches, il ne restait que quelques kilomètres à parcourir avant d’atteindre mon point de départ.

Autant dire que je n’avais pas besoin de courir. La nourriture qui me restait fut utilisée en guise de petit déjeuner. L’eau douce que j’avais consciencieusement gardée fut équitablement partagée : 1/2 litre pour un dessalage de cheveux et 1/2 litre pour la soif qui pourrait survenir.

Mes sacs n’avaient jamais été aussi légers.

La voie directe étant vraiment trop courte, j’avais décidé de faire le tour de l’île.

C’est une balade que j’avais déjà faite en janvier 2014, mais dans un autre contexte. De fait, je ne me souvenais absolument pas du paysage. C’est une autre particularité du voyage en mer : rien n’est jamais pareil, non seulement en raison de la différence de hauteur d’eau en fonction des marées, mais aussi en fonction du vent, des vagues et des courants qui nous entrainent.

Au niveau de la pointe du phare, j’ai été contrainte à passer très au large, les vagues déferlaient loin et je n’avais pas d’autre choix que de les contourner en “affrontant” le fort clapot généré par “l’effet de pointe”.

Puis, après la Punta Saldero, Corralejo était à portée de pagaie.

Il ne restait plus qu’à traverser le Rio.

Peu avant midi, le club était désert, tout le monde était sur l’eau. J’étais de retour sans que personne ne le voit. Comme je n’étais pas pressée, pour la première fois de sa vie, la planche goûta au luxe d’une douche.

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Puis, mes sacs sur l’épaule, je suis rentrée à l’appartement, à pied, comme si rien ne s’était passé.

J’avais bien besoin d’une douche à l’eau douce moi aussi ! Dans ma tête, ce n’était pas tout à fait terminé. Et puis… Il me restait encore du temps et de l’énergie à dépenser.

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Randonnée Redon-Arzal

Auteur : jade paddle surf 44. Posté dans Récits

4 mars 2014   Après cinq semaines d’hiver gris, plusieurs tempêtes sombres et des pluies incessantes, le soleil est revenu. Même les oiseaux semblent plus légers.

Pierre envoie un message : « Le week-end s’annonce ensoleillée, et franchement, je ne pense qu’à ça depuis avant hier quand la météo s’est précisée, faire une belle journée SUP à la découverte d’un nouveau spot. Mayenne, Vilaine, Sèvres… je ne sais pas encore… est ce que cela te dirait? Par exemple une rando avec pique nique? Départ à la fraiche le samedi matin, dépose d’une voiture en aval, et une autre caisse en amont…on pourrait proposer le trip à d’autres… voila voila. »

 Ni une ni deux, l’idée d’une journée complète en SUP me tente vraiment, nous tombons d’accord pour faire le trajet Redon-Arzal sur la Vilaine, le dimanche. 

Je propose l’aventure aux adhérents les plus entraînés sur longue distance. Le lendemain, nous sommes cinq partants, c’est parfait pour partager une belle journée au long cours.

Deux jours après, Pierre envoie un message dépité : il a le dos bloqué, impossible de pagayer !

Je suis triste à l’idée de faire la randonnée sans lui, c’était son idée. Mais, Le soleil est si doux, si tentant. Et, il me semble impossible de décevoir ceux qui ont organisé leur week-end en fonction de la balade, rendez-vous est donné : dimanche 9h15 au niveau du Barrage d’Arzal

Nous chargeons une voiture et hop, c’est parti en direction de Redon. Malgré les bonnes rafales annoncées, personne n’a envie de raccourcir le trajet : nous sommes motivés pour faire les 40 kilomètres prévus.

 En passant sur le vieux pont, nous jubilons, il y a du jus ! 

En arrivant sur le parking du club d’aviron, nous sommes fraichement accueillis sans le moindre salut « Le ponton est privé, j’ai votre numéro de voiture, s’il y a le moindre problème, je vous retrouverai »

Oups…

Etant naturellement tranquilles et peu enclins à polémiquer, nous obtenons un peu de bonne grâce et comme je remercie le gentil homme de bien vouloir nous prêter « son » ponton afin que nous gardions les pieds secs, il tourne les talons avec un haussement d’épaule « De toutes les manières avec vos « paddle » (sic) vous aurez les pieds mouillés » Inutile de commenter.

Sylvie gonfle déjà sa planche, nous nous préparons.

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Nous sommes à proximité du vieux pont, la Vilaine dessine de grosses marmites, c’est certain, nous allons décoller à toute vitesse et cette idée me réjouis. 10H45, c’est le départ.

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 Les premiers kilomètres défilent très vite : 8 km en 45 minutes jusqu’à Rieux et son « château », un tas de ruines surmonté d’un tas de bois. 30 minutes et 5 km plus loin, c’est le pont tournant de Cran et l’envol des pigeons.

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Vient alors une longue portion plate et méandreuse. Le vent de sud se charge de faire varier notre tempo au gré des virages : tantôt de face, tantôt de côté, parfois dans le dos.

Pour certains, la faim commence à se faire sentir. L’idéal selon Jean-Baptiste serait de trouver un ponton pour accoster et un banc pour s’asseoir. Après trois kilomètres, je vois que devant “ça” accélère franchement : un port est à l’horizon… A taaaaaable !

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Après une heure de pause nous repartons pour la plus jolie partie de la promenade. Seul problème, le vent a forci et quand la falaise ne le coupe pas, il balaie la rivière de violentes rafales, soulevant un clapot de face qui ralenti notre avancée.

Heureusement, le paysage est magnifique et il y a toujours un virage au loin. Nous organisant nos efforts, alternant un pagayage très sportif dans les rafales avec des temps de progression bucolique à l’abri d’Éole.

Nous passons sous le pont de la quatre voies, à l’endroit même que je regarde chaque fois que ma route me conduis en voiture vers la Bretagne.

IMG_0852 Puis, c’est le pont métallique de La Roche-Bernard, le port, la ville…

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Nous sommes alors parfaitement à l’abri du vent. L’environnement est majestueux. Nous profitons de la douceur de l’air, de la lumière paisible, le courant nous porte un peu, nous ne sommes plus très loin de l’arrivée.

Quelques voiliers sont en goguette sur le plan d’eau qui s’est élargi, nous imaginons le trafic estival et nous apprécions le calme incroyable de la journée. Nous sommes le 9 mars et encore officiellement en hiver…

Un dernier effort s’impose en vue du part d’Arzal, quand le vent nous assaille à nouveau. Mais le port est en vue et la fatigue qui guettait s’efface.

 Nous posons pieds sur la cale, sous la capitainerie. 

Il est 17h30. Une belle journée de SUP s’achève.

Tous les chemins mènent à Rome – 5 – Le voyage

Auteur : jade paddle surf 44. Posté dans Récits

Lundi 23 septembre 2013 : Ansedonia – Tarquinia Lido

Là-bas, au sud, mon arrivée se précisait.

Tous les obstacles semblaient passés. Je ne doutais quasiment plus de pouvoir y arriver. Dans certains scenarii pessimistes, je m’étais même convaincue qu’arriver à Civitavecchia (le port des paquebots à destination de Rome) serait satisfaisant … et Civitavecchia était à portée de pagaie, donc Fregene était un objectif raisonnable pour la semaine qui s’ouvrait.

Pour commencer, il fallait viser la cheminée rouge et blanche d’une centrale électrique. Peu ou prou, je m’avançais inexorablement vers un retour à la civilisation Une plage était située au pied de la centrale dans une dernière crique juste avant une mini pointe, puis des barbelés signalaient la zone industrielle. Au pied de l’immense cheminée, les bâtiments clignotaient, sifflaient, ronchonnaient… Enfin, s’ouvrait une plage de sable noire, couverte de cadavres aux troncs blanchis.

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En ne regardant que le côté plage, en coupant bâtiments, cheminée et barbelés, la vue avait un certain charme Il faisait une chaleur torride sur ce sable noir, je n’ai pas traîné plus que le temps d’une photo. S’ensuivit “Un long cheminement le long d’une interminable plage quasi déserte”. Une brise thermique ne tarda pas à se lever.

Afin de l’éviter, autant que pour allonger le temps, autant que pour couper la monotonie de la progression, je m’arrêtai sur une des plages de Montalto Marina. L’accueil sur “Antonio Spiaggia” fut des plus chaleureux. J’ai bien senti que le propriétaire (un surfeur romain) aurait vraiment aimé que je reste pour la nuit sur “sa” plage, il m’offrait un bel espace, une douche et un énorme paquet de sandwiches avec tout ce dont je pouvais rêver comme soda à boire…

J’ai commencé par faire une balade, dans une marina vidée de ses touristes, il n’y avait RIEN à voir! Il n’y avait pas grand chose à faire non plus J’ai longé le front de mer, et pour exciter ma gourmandise, j’ai regardé du côté des quelques glaciers qui restaient ouverts. Pour passer le temps, j’ai finalement choisi l’association citron/framboise Après une sieste à l’ombre, la brise commençait à faiblir, j’ai repris la mer.

La journée s’achevait. J’envoyai les news à Michel  en précisant : “Si les pressions restent hautes, il me reste deux étapes; ça sent la grande ville, on entend les avions aller et venir.” Et je regardais une fois de plus vers l’arrière, comme pour mesurer le chemin parcouru. Au loin Monte Argentario et Isola del Giglio (là où gît encore le Costa Concordia )

……

Mardi 24 septembre 2013 : Tarquinia Lido – Marina di San Nicola

5h15 : L’air est immobile, il fait nuit.

Je n’arrive plus du tout à dormir et je suis tout à fait reposée. L’idée de partir avant l’aube pour traverser le port de Civitavecchia avant que la brise ne se lève se fait de plus en plus forte. Je valide et je plie. J’ai adoré ce départ dans la pénombre, puis le lever du soleil pas à pas, coup de pagaie après coup de pagaie!

Je visais la grande cheminée de la centrale électrique (once more), le port est juste à côté. Passer “à travers” ces grands ports aura toujours été à la fois stressant et réjouissant. La mer était d’huile à cette heure et je n’avais donc aucun soucis de “manoeuvre”, je pouvais tranquillement guetter les mouvements des bateaux et adapter ma trajectoire.

A l’instant où j’arrivais le long de la digue, donc à l’instant où j’étais sortie de la zone de passage, j’ai senti un “truc” dans mon dos, c’était un de ces gigantesque hôtel flottant.

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Et voilà, une première “chose” était accomplie : dans cette journée, j’avais passé le port.

Peu après, je découvrais une zone de riches villas, des résidences secondaires visiblement… Décidément “ça” sentait la ville A mes pieds, l’eau était absolument limpide, contrastant avec l’eau sale de la traversée du port et j’ai pris le temps de profiter de ce passage.

En fin de matinée, j’avais besoin de me restaurer et je me suis arrêtée sur une plage au hasard. Je n’ai pas trouvé de boulangerie, les passants ne pouvaient rien m’indiquer d’autre que la grande surface la plus proche, à 5mn en voiture! Je me suis contenté du café de la plage et des pains pré-emballés que la gentille dame m’a soldé à deux pour le prix d’un : “c’est parce que la saison est finie, on ferme demain”. Ouf… Il était temps!

La direction de la brise, puis du vent était parfaite 3/4 arrière et j’attendais que le 3 bft passe au 4 annoncé, c’était juste délicieux d’avancer aussi facilement. Cependant je m’inquiétais de savoir où viser exactement, c’était tellement agréable que je n’avais pas envie d’en finir mais pas envie non plus de me laisser porter vers un cap qui me forcerait à ramer contre le vent.

C’est alors que j’ai vu un yacht à l’ancre un peu plus au large. Ni une, ni deux, je me dirigeai vers lui bien décidée à vérifier mon chemin. C’était un petit yacht certes, mais déjà un très beau bateau. Deux hommes m’accueillirent et m’indiquèrent approximativement le cap à suivre, dans l’axe du vent.

Mais avant que je reparte …

“Vous venez d’où comme ça?”

Je leur expliquai en deux mots et alors :

“Voulez vous prendre un café?”

Comment refuser?

Quelques secondes plus tard, je tendais mon bout d’amarrage, je montais sur “la terrasse” en teck, puis un peu plus haut j’accédais au salon de plein air aux belles et profondes banquettes blanches…

Incroyable! Comment aurais-je pu rêver ou même simplement imaginer qu’il était possible de boire un café dans un yacht au milieu d’un downwind?

C’était, une fois encore, juste magique.

Pendant ce temps le vent s’affirmai à 4bft et c’était simplement génial .

Il était temps de repartir! Sur la pointe derrière laquelle se dissimulait Ladispoli, j’ai eu envie d’une photo souvenir. Puis, j’ai décidé de simplement laisser glisser, prendre encore plus de plaisir. Il était inutile de viser directement Fregene. Arriver le soir et bivouaquer là-bas en attendant le matin n’avait aucun sens. De vent 3/4 arrière, je suis passée à vent arrière! Et j’ai atterri sur une plage de la Marina San Nicola!

Il était encore tôt. Comme d’habitude, dès ma “descente de planche”, j’ai cherché à qui demander l’autorisation de “rester pour la nuit”, sans imaginer un seul instant l’accueil qui allait m’être réservé. Les gars étaient tout simplement extraordinaires, hyper chaleureux et aux petits soins. Après le pot d’accueil, j’ai vu arriver une assiette de fruits (juste le truc dont je rêvais) avec ces mots d’excuse “C’est tout ce qui nous reste, nous sommes en train de fermer le club”… Mais c’était ce dont j’avais besoin, rien de plus…

Nous avons parlé, refait le monde, pris des photos 🙂

La nuit tombait. Je commençais à préparer mon emplacement de bivouac quand l’un des gars vint me chercher

“Vient par là”…

Il me fit entrer dans le bar du club, les autres étaient là…

Il me tendirent une flûte de boisson gazeuse et nous avons trinqué!

Champagne… Ca c’était fait, avec le coeur, chaleureusement, sincèrement, je n’aurais jamais pu rêver plus simple et plus grand à la fois.

Je touchais le but. Le lendemain ne serait que “formalités” et retour aux contraintes et soumission à la “météo des gens”, je le savais.

Je savourais infiniment cette soirée là.

Dernier bivouac.

……

Mercredi 25 septembre 2013 : Marina di San Nicola – Fregene – Rome

Un regard vers l’horizon, en direction du but, désormais bien visible.

Dernière mise à l’eau avec tout ce “bazar”, le minimum à la fois indispensable et largement suffisant pour affronter toutes les situations qui s’offraient. A chaque départ je regardais derrière “de peur” d’oublier quelque chose, à chaque départ, juste après ce coup d’oeil en arrière, j’étais heureuse en me disant que TOUT tenait à si peu de chose, prenant à la fois tant d’importance et si peu de place…

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Je longeais la plage et la ville était en filigrane, en fond sonore et visuel. Tout au long du trajet, des hommes s’affairaient à enlever les corps-morts qui maintenaient en place les bouées de l’été. J’avais l’impression “qu’on” pliait derrière moi, j’arrivais vers mon but et le spectacle était terminé. Fregene est une petite ville de banlieue, une petite station balnéaire sans immeubles en front de mer.

Il fallait trouver la plage “Miraggio” sur laquelle j’avais prévu d’arriver, j’ai donc longé très lentement la succession de plages privées encore endormies, cependant visiblement plus luxueuses les unes que les autres. Pourquoi “Miraggio” et pas une autre? Certainement parce que s’y tient un club de SUP. Quand j’avais croisé celui qui l’anime, lors d’une compétition à la fin juin, je lui avais fait part de mon projet italien/romain. Il l’avait accueilli avec un enthousiasme tout méditerranéen. Au fil des semaines et des messages sans réponse, mon inquiétude était tombée, l’accueil serait tel que je le souhaitais “sans tambour ni trompette”.

Cette plage restait cependant “la” plage que je devais viser parce qu’il fallait bien décider d’un point d’atterrissage Il ne fait aucun doute que j’avais fait le bon choix. Bien qu’arrivant “comme tombée de la lune”, j’ai trouvé sur cette plage un “salvataggio” incroyablement cordial et compréhensif, maîtrisant parfaitement la langue de Molière. Le “hasard” fait décidément parfaitement son boulot!

Les “champions” locaux étant en partance, c’est un associé qui se retrouva, au saut du lit et après un appel téléphonique surprise, avec mon encombrante arrivée à gérer. Il choisit finalement de ne pas déléguer l’affaire… bien qu’il eut visiblement bien d’autres chats à fouetter!

J’ai donc eu tout à loisir le temps de ranger mon matos, de prendre une douche froide, de m’habiller en citadine et de manger le pain qui me restait avant d’aller remercier celui qui m’avait vu débarquer et m’avait bien aidée à expliquer ce dont j’avais besoin : trouver une solution pour rentrer à la maison.

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Peu après, l’associé me posait en haut d’un passage souterrain qu’il fallait franchir pour atteindre la billetterie de la gare de banlieue et retournait à ses affaires.

La planche était restée au club. Je n’avais plus que mes deux sacs et mes deux pagaies pour terminer le voyage, j’étais à nouveau en autonomie et sans assistance.

Il me restait une pomme, des amandes, une canette et tout le temps qu’il fallait : à la mi-journée, les trains ne passaient que chaque 45 mn et j’en avais raté un!

A peine 5mn après le départ du train, c’était l’entrée et la traversée de Rome. En passant au dessus du Tibre, j’ai pensé que j’avais été bien inspirée de ne pas tenter d’y naviguer, la couleur de l’eau n’était pas vraiment attirante.

La gare centrale Roma Termini est gigantesque. Dans la rue, j’ai posé une photo souvenir. Puis, j’ai traîné mes sacs bien lourds vers le guichet où l’employé tenait absolument à me vendre le billet le moins cher, j’ai déposé les bagages à la consigne et j’ai traîné mes guêtres (enfin mes tongs) en ville Guère motivée par le tourisme monumental, j’ai cédé à la gourmandise avec délice

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La journée s’achevait.

Après un passage sur internet, je suis retournée à la gare. Il n’était plus question d’attendre que le vent se calme, il fallait attendre l’arrivée du train de nuit… C’était déjà presque une autre histoire.

……

Jeudi 26 septembre 2013 : Rome – Genova – Vintimille – Nice – Marseille

Quelques lignes au sujet de ce retour. J’ai besoin de boucler la boucle.

D’abord, je ne comprends toujours pas ce qui a motivé le guichetier pour me vendre une place assise “pas chère” dans le train de nuit Naples-Rome-Turin.

Ce qui est certain, c’est qu’il ne voulait pas me faire d’autres propositions et me vantait cette possibilité comme étant la meilleure Finalement, je n’ai pas regretté. C’était inconfortable, mais je me suis emballée dans mon duvet et j’ai pu me reposer “chez moi” au milieu du va et vient, entre les hommes du compartiment, entre le passage des policiers en arme, les bavardages incessants, les migrants paumés et les dizaines d’arrêts jamais annoncés.

J’ai d’autant moins regretté que le fait de guetter chaque station m’a permis de remonter le temps en remontant mon parcours. Car le train longe très précisément la côte et je voyais de nuit les villes que je n’avais fait qu’effleurer de jour. Dans mon imagination, malgré la fatigue, la magie opérait encore La veille, vers 23h, après avoir longé le quai déserté par les travailleurs en direction du train de banlieue…

1° Rome-Rome … l’attente a commencé sur le quai romain.

Le quai se remplissait d’une foule grise avec quelques touristes allemands, quelques familles et beaucoup d’hommes seuls, sans bagages, pleins d’espoir. Ceux-ci formaient des grappes, parlant un langage exotique s’échangeant cigarettes et boissons étranges. Le train devait arriver à 0h15, il arriva avec un retard de 30mn… C’était sans problème, sauf que… les gares n’étant pas annoncées, il fallait réussir à descendre dans la bonne sans connaitre l’horaire d’arrivée.

Viser Gènes Principal alors qu’il y avait au moins 5 arrêts à Gènes et que l’affichage en gare est minimaliste comportait un certain risque, j’ai ainsi “repêché” les touristes allemands (ils allaient eux aussi à Marseille) qui descendaient à “la bonne heure” sans regarder le nom de leur station

2° Gènes-Vintimiglia TER… Changement d’ambiance, c’est l’heure de partir au boulot et c’est l’heure des écoliers. Il faisait assez gris et je mesurais la chance qui m’avait accompagnée avec une météo plutôt clémente sur l’ensemble du parcours

3° Vintimiglia-Nice TER français… Une population chic et un contrôle de flic ciblé “montrez vos papiers, cartes de séjours, etc…” Visiblement, la correspondance avec le train venant de Naples est attendue! 4° Nice-Marseilles Collée à la fenêtre, je m’accroche aux derniers kilomètres de côte visible.

C’est fini. Au fond du ventre, j’ai une folle envie de chevaucher encore plus loin la grande bleue… Mais c’est fini pour cette fois.

A Marseille, mon hôte attendait.

Tandis qu’il m’accueille, je lui déverse mes premières impressions en vrac. C’était vraiment magnifique de rencontrer cette personne là et sa famille. Merci à lui.

Alors que je n’avais pas vraiment dormi, une bonne douche chaude au bon savon de Marseille fut suffisante pour me tenir jusqu’au soir. Après une nuit de princesse dans un immense lit sous une douce couette, j’ai embarqué dans ma voiture et attrapé l’autoroute.

Le vendredi 27 au soir, j’étais de retour à la maison après exactement quatre semaines de partance, une carte bancaire à peine utilisée et des souvenirs plein la tête!

La boucle Nantes-Annecy-Marseille-Rome-Marseille-Nantes était refermée!

J’ajoute que je reste fascinée par ce sport et tout ce qu’il m’offre, particulièrement en terme de contrastes. J’aime tout, je prends tout. Hier, j’ai pagayé sur une rivière bucolique, entraînant quelques amis dans des jeux de course (en suédois, on traduit “jeu de course” par “fartlek”, et c’est le nom d’une méthode d’entraînement qui consiste à utiliser le terrain, la nature pour varier ces allures de courses ) Au passage, nous avons cueilli des fruits mûrs sur un figuier qui nous tendait ses branches. Le ciel était parfaitement bleu. Aujourd’hui : ciel gris, changement d’heure et météo entraînante Avec la même planche, la même pagaie et la même bonne femme, ce fut dégoulinade d’adrénaline, surf et “vitesse” grâce à un bon vent 6bft sur le terrain de jeu de la côte de Jade.

PS Juillet 2014 : les billets sont déjà pris pour un prochain trip de septembre !

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Tous les chemins mènent à Rome – 4 – Le voyage

Auteur : jade paddle surf 44. Posté dans Récits

Lundi 16 septembre 2013 : Lerici (Club de Voile) – Viarregio (gazon municipal)

Le lundi 16 septembre, l’épopée avait débuté depuis deux semaines.

J’en étais approximativement à mi-parcours. J’avais théoriquement le temps d’arriver à Rome dans le mois que je m’étais offert, mais il ne fallait pas trainer et la météo ne jouait plus vraiment le jeu.

Néanmoins, ce lundi à l’aube, j’entendais un silence relatif. Le vent était tombé, il était temps de reprendre la mer.

Je suis sortie par la porte de secours avec mes sacs et pagaies, j’ai consciencieusement refermé derrière moi le portail en inox de la terrasse, j’ai vérifié le verrouillage, noté la mise en service de l’alarme, j’ai récupéré ma planche (elle avait dormi au milieu des dériveurs) et hop, j’étais à nouveau sur l’eau.

Il est impossible de décrire le sentiment de liberté que je ressentais !

Le ciel était relativement clair, le vent juste caressant. Dès la sortie du port, une belle houle ronde m’accueillait, elle était parfaitement orientée. La mer était verte, comme en souvenir des accès de colère de la veille. J’ai parcouru les premiers kilomètres “à toute vitesse” et sans le moindre effort. Au niveau de Carrare, j’ai noté que même les falaises étaient en marbre.

J’ai noté aussi que la côte rocheuse s’arrêtait et que l’embouchure de la rivière marquait une « frontière ». De l’autre côté, la côte était basse, visiblement sablonneuse. Je me suis réjouie. « C’est la fin du ressac le long des falaises » ai-je pensé. J’avais si souvent été ballotée par le ressac ! J’avais si souvent eu l’impression de naviguer pendant qu’un grand géant invisible s’amusait à « touiller » la mer de manière absolument anarchique. La pensée d’en avoir terminé était euphorisante.

D’ailleurs, je filais bon train.

La grosse houle ronde m’offrait une succession de toboggans. Je n’en finissais pas de glisser et c’était délicieux. Le vent s’affirmait cependant, de plus en plus de travers et la houle suivait. En restant suffisamment au large, j’étais à l’abri du déferlement des vagues. Au bord, il y avait des surfeurs. En petit groupes, comme autant de points de suspension, ils ponctuaient le paysage monotone.

Il devenait évident que s’il était possible d’envisager un atterrissage en catastrophe, il était vain d’envisager un décollage à suivre. Je n’avais pas d’autre choix que d’avancer. La lecture des zones de déferlement m’indiquait précisément les hauts-fonds et c’est en zigzag que je longeais la plage…

De loin. Quand j’ai aperçu un phare, posé sur l’horizon brumeux, j’ai concentré toute mon attention vers lui. De vert, la mer était passée à vert de gris, remuant inlassablement le fond sablonneux, le long de l’interminable plage, infiniment plate et grise. Il restait plusieurs kilomètres à tirer. J’avais plusieurs fois sorti le tube de lait concentré, m’abreuvant de nutriments à dose presque homéopathique dans l’attente de pouvoir me restaurer plus efficacement. Il n’y avait pas d’autre solution que d’aller droit devant, vers le phare.

Quand j’ai vu un très joli yacht sortir du port, quand je l’ai vu mettre les gaz et filer à toute vitesse vers le nord, je me suis dit que c’était quand même une drôle d’idée d’aller se promener par ce temps…

Enfin l’entrée du port était là.

Sur la digue, il y avait du monde.

Sur ma gauche, les vagues déferlaient.

Sur ma droite, la digue faisait lever une belle vague, déferlant elle aussi, dans un jaillissement d’écume.

Au milieu, il y avait un passage, il me restait plus qu’à bien viser, avec le bon tempo et hop, hop, j’étais certaine de réussir une arrivée digne sous l’oeil forcement admiratif de la foule en délire (oui, oui, moi aussi j’ai parfois parfois un égo surdimensionné!)

Las… Une coup de trompe interrompit mon rêve. Je me retournais et horreur, le yacht que j’avais vu sortir était à mon cul, à toute vitesse! Il visait lui aussi l’entrée du port.

Vite, vite, vite, je m’écartais vers le large, faisant fi de mon cap idéal. Wahooooo, les passages successifs du yacht (qui avait à peine ralenti) et de sa vague me mirent à genoux. Estomaquée, je le regardais virer en dérapage, freiner, puis glisser sur son élan. Ce n’est que plus tard, en découvrant l’ensemble du chantier naval qui occupe le port, que j’ai compris : il s’agissait vraisemblablement d’un simple essai “in live”!

Vite, vite, il fallait que je me ressaisisse pour entrer dignement. Il était encore temps de viser le centre entre deux séries de vagues.

Quelques coups de pagaie plus loin, j’étais à l’abri, encore quelques coups de pagaie et j’étais au ponton. Il était grand temps de me sustenter avec quelque chose de solide ! Le vent montait encore d’un cran.

A la sortie du port, il y avait maintenant une barre.

L’entrée était fermée, la sortie… aussi… Nous étions en début d’après-midi, je n’étais pas du tout fatiguée. Pourtant ma route semblait devoir s’arrêtait à Viarregio ce jour là. Alors, pour passer le temps, je me suis aventurée et j’ai suivi le canal de Burlamacca pour pénétrer la ville. Au retour, j’ai amarré ma planche à couple d’un bateau (visiblement à l’abandon) pour mettre pied à terre.

J’ai regardé la plage, j’ai regardé vers le large… ET… j’ai cherché un coin pour dormir. C’est finalement sur le gazon municipal, sous le nez de la capitainerie, de la douane et de la police, que dès la tombée du jour, je me suis plantée au milieu des arbustes décoratifs

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Mardi 17 septembre 2013 : Viarregio

« journée dépression »

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Avant même de donner le premier coup de pagaie, j’avais imaginé avoir besoin de contourner certains endroits.

J’avais imaginé avoir besoin de quelqu’un pour passer le golfe de Saint-Tropez, j’avais imaginé avoir besoin d’une solution terrestre pour passer le port de Gênes. Je n’avais jamais imaginé me sentir prise au piège dans un coin où les surfeurs affluaient de toute part.

Depuis dimanche matin (où je fus bloquée à Lerici), je rêvais de trouver une possibilité pour aller directement à Livourne. Impossible d’expliquer pourquoi, mais il est un fait que j’avais comme une sourde impression : cette météo pourrie était liée à la géographie du coin. C’est sur ces pensées que je m’étais endormie.

C’est avec ces pensées que je me réveillai, à l’heure où s’éteignirent les lampadaires.

Après m’être vivement secouée pour « libérer » le gazon municipal, après avoir rangé la planche sous un buisson et les sacs sous la planche, après avoir attaché les pagaies avec l’ensemble, je suis partie voir la plage. Puis, comme tout un chacun, je suis passée à la boulangerie et au café afin d’attaquer ma journée dans les meilleures conditions.

Michel avait écrit :  “La météo ne s’arrange pas, une dépression est sur le golfe de Gênes. Demain matin vent nord force 5 et localement 6 avec houle de 2,4 m, l’après-midi NW force 4 et houle WSW 1,9m ”

A la capitainerie, le bulletin météorologique confirmait le SMS de Michel. Et en interrogeant à droite comme à gauche, il me fut dit que rien ne changerait avant deux ou trois jours. Voilà ce que je viens de lire ici :  « Les vents principaux viennent du sud-est, les vents de sud-ouest et d’ouest qui soufflent durant deux ou trois jours de suite causent de violentes tempêtes maritimes »

J’aurais donné cher pour sortir de ce coin. J’ai erré toute la journée. J’ai longé les alignements de plages privées où les employés nettoyaient les atteintes de la tempête. J’ai parcourue l’interminable avenue marchande où déambulaient de rares touristes. J’ai trainé du côté du port où se construisent les yachts les plus prestigieux. J’ai découvert des rues pleines d’ateliers au service des chantiers, des rues ouvrières et travailleuses où les bars sont les espaces « à vivre ». Puis… Je me suis installée sur « mon » banc.

J’ai observé le va et vient des surfeurs. Invariablement, ils descendent à la hâte de leur voiture, invariablement, ils en partent au pas de course, short-board ou malibu sous le bras et invariablement, ils reviennent très lentement, semblant plongés dans d’insondables pensées, tête presque basse. Ils se changent infiniment lentement, avec maintes précautions. Puis ils montent en voiture, branchent la “musique” à fond et démarrent en trombe !

J’étais sur « mon » banc. (c’est fou comme on s’approprie vite le moindre espace! ).

La journée touchait à sa fin et je m’étais moulée dans l’idée de rester ici. Pise n’était pas si loin, afin d’éviter de moisir, je pouvais envisager de faire un peu de tourisme en train, après une journée de dépression profonde, j’avais repris du poil de la bête et de l’entrain en quantité suffisante pour aborder paisiblement une ou deux journées « immobiles ». Et il est arrivé.

Quelque chose était différent chez lui, une zénitude particulière peut-être.

Il commença par s’étirer consciencieusement, tranquillement, gardant un oeil attentif vers tout ce qui se passait autour.

Il jeta plusieurs fois un regard en direction de la planche qui dépassait du buisson.

Comme il roulait une petite clope, je décidais de tenter une petite conversation.

Comme je lui expliquais mon trip et ma situation « météorologique », il répondit sobrement : “Je téléphone à un ami de Livorno”

L’ami ne répondait pas, il devait encore être en train de surfer… « Bon, je vais manger maintenant, je travaille ce soir. Je vais le rappeler, je te dis quand je reviens à la voiture »

C’était une conversation parfaitement surréaliste.

Il revint avant que je n’aie commencé à installer mon campement. (Il y avait foule sur la terrasse du Club Nautique et je ne souhaitais pas jouer la provoc en plantant ma tente presque sous le nez de tous ces gens “biens” ).

Directement et droit dans les yeux, il s’adressa à moi : « J’ai eu mon copain, je vais demain matin à Livorno, je t’emmène. 7H30 ici, tu seras là ?

– Oui, je dors là. Je serai là.

– Tu dors ici ?

– Oui.

– Sérieusement?

– Oui, où veux-tu que je dorme?

– Alors à demain »

Et hop, il était parti. Incroyable !

Je me suis endormie en me promettant d’être prête à l’heure dite. Et si ce n’était qu’une blague, s’il ne venait pas, j’avais décidé d’aller à Pise voir la tour qui penche ! J’étais enfin parfaitement sereine.

……

   

Mercredi 18 septembre 2013 : Livorno – Forte di Biobona

7h15 : J’étais prête, assise sur « mon » banc j’attendais, confiante et sans « y » croire à la fois.

7h17 : la voiture arrive.

« Hey, tu es prête ?

Oui, tu vois tout est plié… Et puis j’ai dormi là !

Oui, je sais, je suis passé voir après le boulot, dans la nuit… J’ai bien vu »

Ainsi, il avait douté !… A la place du Malibu sur le toit, il avait un short-board à l’intérieur de sa voiture. Nous avons chargé mon maxi-long-board, les pagaies et les sacs.

Embarquement immédiat. Passage au café pour un petit noir sur le zinc et c’était parti.

Certaines rencontres sont étonnantes quand on fait la liste des coïncidences, celle-ci l’était vraiment. Il m’a posée dans le premier coin abrité et il a filé vers son spot sans attendre.

J’avais parcouru par la route l’étape que je n’avais pas pu faire par la mer la veille, une quarantaine de kilomètres, ma moyenne quotidienne, rien de plus.

Une fois encore, j’ai eu un immense sentiment de joie et de liberté en montant sur ma planche !

Le ciel était parfaitement limpide devant moi. Sur la côte, il y avait de jolis spots de surf autour des rochers, avec de belles vagues bien propres, bien bleues. C’était vraiment autre chose que le chantier de Viarregio, clairement Fabio avait fait le bon choix en venant surfer dans le coin…

De temps en temps je regardais derrière, j’étais comme “en fuite”, je surveillais la dépression pour vérifier qu’elle restait bien sagement bloquée au nord. Et je pagayais “comme une voleuse” pour être certaine de lui échapper! Au loin, un très long débarcadère avançait vers le large, signalant Vada et son port industriel Juste après l’avoir passé, j’ai eu l’impression de me trouver sur une immense piscine absolument plate et couleur turquoise, le contraste avec le “terrain” qui avait précédé était étonnant et je ne parle même pas de ce que j’avais laissé à Viarregio!

Je continuais à regarder derrière régulièrement, j’avais l’impression de me faire rattraper par les nuages… Je me forçais alors à regarder l’horizon tout bleu à l’avant. Fabio m’avait dit que j’allais arriver dans une zone très différente où la pointe de la Corse faisait déjà office de barrage, limitant l’effet de la dépression.

Je voulais y croire. La côte était redevenue rectiligne et sablonneuse, mais aucune vague ne levait de loin, il y avait une profondeur suffisante pour que je navigue tranquille. Après une pause à Cecina, j’avais parcouru “ma” quarantaine de kilomètres et c’est parce que le vent de travers commençait à me fatiguer que je me suis arrêtée sur la plage de Forte di Biobona Les nuages commençaient à me rattraper…

Certes, ce n’était pas le couvercle noir que j’avais laissé en rade, mais je sentais que le vent allait forcir et qu’il serait vain de jouer contre lui. J’ai choisi un coin bien à l’abri du souffle d’Éole et je me suis amusée en jouant la touriste allongée sur le sable.

Sans attendre la tombée du jour, j’ai installé ma maison, heureuse d’avoir absolument tout ce dont j’avais besoin. Tout était si tranquille ce soir là que je me suis offert quelques postures de yoga au soleil couchant, ne me décidant à “rentrer” qu’après l’extinction des dernières braises.

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Le SMS de Michel faisait un point météo mi figue mi raisin. Demain serait un nouveau jour.

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Jeudi 19 septembre 2013 : Forte di Biobona – San Vincenzo ( pas loin de Populano)

En lisant le SMS du soir, j’avais prévu une grasse matinée.

Réveillée à l’aube parce qu’il faut bien constater que c’est l’heure « normale » du réveil pour qui s’endort à l’heure où les oiseaux s’endorment, j’ai pris tout mon temps pour plier. Comme prévu le vent soufflait fort, et bien évidemment « de travers ».

La matinée allait donc être calme et touristique.

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En aparté, seulement pour celles et ceux que ça intéresse, je me permets quelques lignes « philosophiques ».

Après plus de quinze jours de ce long cheminement en solitude, je touchais enfin et complètement ce que j’espère atteindre (sans jamais y croire d’une quelconque manière) en partant pour ce genre de trip. Au delà de la découverte touristique, au delà de la rencontre humaine, au delà du plaisir des sens et de la traversée du corps, une dimension beaucoup plus « verticale » devient palpable. Elle n’est plus seulement théorie, idéal ou objectif.

Elle existe, elle nous touche et on peut la toucher.

De mon point de vue, elle n’arrive que sur l’air de « aide toi le ciel t’aidera » à moins que ce ne soit sur l’air de « qui ne risque rien n’a rien », sur l’air de « vouloir c’est pouvoir » ou de « tout vient à point à qui sait attendre »… Ce dont je suis certaine c’est que j’ai besoin de partir en autonomie et sans assistance pour entrer dans cette dimension, c’est ainsi que la patience s’exerce et brave l’impatience, que la confiance s’agrandit et abat le doute, que l’attente se rompt et que l’action s’illumine…

Il y a certes de “jolies choses” à découvrir et à vivre “avec assistance”, “grâce à l’énergie de ceux qui ont aidé, préparé et prévu à l’avance”, mais c’est différent et jamais aussi “verticalement” intense.

J’en étais là.

Après un petit passage « en ville », j’ai fait ce que faisaient la plupart des femmes de mon âge sur cette plage : j’ai marché sur la plage en ramassant des cailloux. C’est un excellent passe temps ! Quand le vent a commencé à mollir, j’ai sollicité un gars que j’avais vu la veille, jouer en bodyboard dans le shore-break du soir . Il était en train de ranger le matos de la plage privée que j’avais squatté pendant la nuit.

Je savais que je ne pourrai pas « lancer » ma planche chargée si facilement et que nous ne serions pas trop de deux pour passer de l’autre côté des vagues.

Nous avons essayé une fois : raté.

Nous avons essayé à nouveau : re-raté.

Ce n’était pas la bonne heure. Sans la moindre impatience, j’ai remonté tout mon matos et je suis repartie chasser les cailloux.

J’étais vraiment dans un état d’esprit nouveau et c’était juste bon.

En fin d’après-midi, il ne restait qu’une douce brise et la mer s’était vraiment apaisée. Surtout, elle s’était organisée et les sets étaient visibles et il suffisait de « viser » entre pour prendre le large.

Et voilà… Le soleil était déjà bas. Au loin les îles se dessinaient. J’allais bientôt pouvoir profiter de leur abri… Au soleil couchant je me suis arrêtée, juste avant une pointe.

Découvrir de nuit ce qu’il y avait de l’autre côté n’offrait pas le moindre intérêt. Cette mini-session du jour me contentait largement. Alors, j’ai monté la tente grâce à la lumière de la lune ronde…

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Vendredi 20 septembre 2013 : San Vincenzo – Forte Rocheta (près Punta Ala) commune de Castiglione della pescaia

6h39, la lune est là.

Tout est absolument calme.

7h00, La dernière étape du rangement, il ne reste plus qu’à plier la tente, emporter l’ensemble sur le rivage, tout attacher et prendre le large.

Ensuite, je n’ai pas d’autre souvenir que celui d’une journée tranquille et harmonieuse. J’ai retrouvée avec bonheur une côté découpée, des rocs et quelques falaises. J’ai beaucoup photographié Les méduses, brunes dans le nord puis de plus en plus blanches en “descendant” furent de très fidèles compagnes, isolées ou en colonies, elles dessinaient mon chemin un peu comme les cailloux le font sur les sentiers de montagne Après un repas à Follonica, je suis entrée dans le spectacle. Malgré mon chargement, je n’allais pas/guère moins vite que les papillons.

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Mon imagination s’empara des rochers… aussi longtemps que je les contournais, les histoires se succédaient, le soleil y mettait sa touche.

Puis j’ai posé mon campement sur une plage très douce…

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Le soir j’ai écris à Michel :  “Parfaite journée avec encore de quoi en prendre plein les yeux. Repas à Follonica et ce soir bivouac de rêve au pied d’un château à Castiglione della pescaia.”

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Samedi 21 septembre 2013 : Forte Rocheta – Principina a mare

L’humidité m’avait gardée à l’abris de la tente jusqu’à ce que le soleil sorte pour de vrai.

A la pointe, le château avait pris ses couleurs du jour.

J’avais l’intention de faire des courses à Castiglione et il était inutile d’arriver avant l’ouverture des magasins, je me préparai donc en prenant largement mon temps. Sur la plage, les traces des oiseaux faisaient écho aux miennes, nous étions les maîtres des lieux avant que les touristes ne débarquent…

En navigant “au long cours” sur mon trajet méditerranéen, j’avais souvent comparé cette expérience marine à l’expérience du désert (non sans penser à Théodore Monod, et au préambule de son livre “Méharées”) et devant ces empreintes sur le sable, mon esprit se remettait à disserter… Quel bavard!

Le village le plus proche était à peine réveillé, j’ai fait le plein de nourriture et je n’ai même pas pris le temps de m’offrir un cappuccino, j’avais envie de retourner sur l’eau au plus vite.

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Je fus plutôt bien inspirée de n’avoir point trop traîné en ville.

Assez tôt le vent revint à la charge, d’abord acceptable (environ 3bft) mais je sentais bien qu’il n’avait pas l’intention d’en rester là.

Il était bien évidemment en plein de travers.

Quand je me suis arrêtée, les p’tits moutons faisaient leur apparition, il était plus que temps… Je pensais qu’il s’agissait d’une brise thermique et j’avais bien l’intention d’aller plus loin dans la soirée car une petite pointe au bout de la plage me faisait des clins d’oeil…

J’ai tranquillement déjeuné, puis j’ai construit un paravent grâce à la planche et aux sacs et je me suis payé une bonne sieste. En revenant à la réalité, il fallait bien constater que ce n’était pas vraiment une brise thermique mais un bon vent établi. Les windsurfeurs consultés me le confirmèrent…

Je n’avais donc pas d’autre solution que de camper là en attendant la suite… En lisant attentivement les feuillets du guide, je m’apercevais alors que derrière “la pointe” il y avait toute une zone où accoster était impossible… Alors même que je n’étais pas contrariée (comme je l’aurais été quelques jours auparavant) à l’idée d’être scotchée contre mon gré, ce soir là, j’étais très reconnaissante…

J’avais été bien inspirée once again… Et oui, à force de naviguer, je finis systématiquement par “décoller” un peu.

Le point météo du soir était assorti aux drapeaux qui flottaient en haut des mats : vent à l’horizon, il ne fallait pas rêver d’un long trajet pour le lendemain.

J’étais prête à cette idée : les dernières étapes risquaient de se faire petit bout par petit bout…

J’avais le temps, la fin du mois était plus loin que ne l’était Rome.

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Dimanche 22 septembre 2013 : Principina a mare – Ansedonia

Une peu avant l’aube, j’ai été réveillée par le silence.

Ce n’était pas du tout ce qui était prévu par la météo, en deux secondes, j’ai saisi la chance qui s’offrait, hop, hop, hop, il fallait plier très vite et prendre la mer pour passer la zone sans abris avant que le vent ne se lève à nouveau.

Je me suis pressée comme jamais et 45 mn après, je partais avec un seul objectif : faire 10km puis faire le point et envisager la suite.

La suite ? c’était au loin la presqu’ile de Monte Argentario avec quelques questions suspendues : Contourner? Passer par la lagune? Envisager un long portage? Je n’avais aucun plan précis en vue. En longeant la longue zone marécageuse du delta de l’Ombrone puis les plages du parc naturel d’Uccellina, j’étais vraiment heureuse d’avoir été stoppée à temps par le vent de la veille. J’avais ainsi évité le risque de me trouver coincée dans ce coin très beau, mais infréquentable et probablement envahi par les moustiques.

Un frémissement de brise se fit sentir en arrivant au pied des falaises, mais je me retrouvais presque instantanément à l’abri du relief. Le paysage était magnifique.

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Le calme était idyllique.  

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Arrivée à Talamone, j’ai trouvé une crique idéale pour une pause casse-croute.

J’avais parcouru la distance espérée et j’avais plusieurs choix à envisager. Le vent s’établissait peu à peu et je pouvais tourner la carte dans tous les sens, j’en était certaine, il m’offrait un idéal downwind en direction de Monte Argentario.

Donc… Quelque soit ma décision de contourner ou non, les conditions étaient idéales pour y aller! Hop, hop, hop, let’s go. Quelques instants plus tard, les moutons se multipliaient à la surface de l’eau Evidemment, ces conditions étant bien installées, elles excluaient, de fait l’idée de contourner la presqu’ile. J’avais vraiment la flemme de me payer le ressac le long des falaises sur tout le pourtour, d’autant plus que j’imaginais bien quelle pouvait être sa puissance sur la côte au vent… donc je me dirigeais vers “le canal”. D’après les papiers, le canal allait me permettre de rejoindre Orbetello. Je le suivais donc au delà des parkings à bateaux et le plus loin possible c’est à dire jusqu’au panneau et au barrage : “réserve de pêche, navigation interdite”. Le barrage était clôt …

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A joelle rien d’impossible. J’ai commencé par me restaurer et j’ai franchi le barrage à pieds et je me suis retrouvée dans la lagune, direction Orbetello!

Je ne sais pas quelle espèce de poissons était “réservée”, mais c’étaient de belles bêtes plutôt énormes qui semblaient se réveiller sur mon passage, me saluant à coup de simple ou double salto fort bruyants avec moultes éclaboussures. Je visais la “route digue” mais aucun pont, aucun passage par l’eau ne se dessinait à l’horizon.

Je commençais à imaginer un nouveau portage. Mais plus j’avançais et plus la possibilité d’un passage “à plat ventre” sous la digue se précisait. Ni une ni deux, arrivée au ras de la ville, sous l’oeil surpris des passants, je me dirigeais vers la digue, je m’allongeais sur la planche, la tête bien à l’abri de mon sac (je me disais que si le sac touchait, il me protègerait et j’avais tout le temps de faire un demi-tour, certes peu glorieux, mais tout à fait safe) Et banco, ça passait LARGEMENT! J’étais dans la deuxième lagune.

Il restait à en sortir. Il y avait un club nautique et une “petite foule” en train de suivre une régate d’optimist. J’ai accosté. A nouveau, je dois noter l’accueil chaleureux. En découvrant la raison de ma présence dans le coin, les gens étaient enthousiasmés. C’est ainsi qu’une dame me signala l’existence d’un canal de sortie là-bas. Je remarquais illico l’orientation idéale, pile poil “downwind”. Je ne comprenais rien à la logique du vent, mais le fait était là. Au pire, si le canal était “bouché”, il y avait 300m de terre plein à franchir à pieds. A joelle rien d’impossible, le jeu était trop tentant…

Hop, hop, hop, je repartais sans aucune idée précise de ce que j’allais faire une fois “au bout”. Inutile de dire que la traversée fut rapide.

Il restait à trouver le canal.

Premier essai : raté. J’ai simplement réussi à faire décoller une nuée de flamants roses et il a bien fallu constater que j’étais dans une impasse.

Après un demi-tour, face au vent, j’ai entrepris de lorgner du côté de la zone de pisciculture que j’avais dédaigné du fait de la présence de bâtiments, de filets et autres bassins à remous.

Un filet masquait l’entrée d’un canal.

Hop, j’y filais, me glissant entre les mailles des larges trous.

Au bout un barrage, du même type que celui que j’avais déjà franchi.

Bis repetita. Une fois à pied d’oeuvre, c’est à dire planche amarrée et prête au débarquement des bagages, j’ai entendu un bruit de moteur En levant les yeux, j’ai vu un gros 4×4 sur le barrage.

Au point où j’en étais, à l’heure où nous en étions, mon élan fut à peine stoppé, je grimpais sur le terre-plein et je demandais à l’homme qui était descendu de voiture quel était le chemin pour rejoindre la mer. Comme il m’expliquait qu’il fallait retourner d’où je venais, je tentais de lui expliquer d’où je venais… Justement.

Et hop, je sortais de mon sac, la carte où se pointaient mes étapes et je lui mettais sous le nez l’attestation très officielle de la FFS!

Tatatadammmmmm, ce fut un laisser-passer magique!

L’homme me montra le bon canal à prendre (il y avait un croisement de canaux de l’autre côté du barrage).

Il y avait un lourd portail électrique à franchir, qu’il ouvrit.

Et comme s’il fallait à tout prix passer très vite, il m’aida au transbordement de tout le bazar. Puis il monta dans son 4×4 et s’en fut à ses affaires.

Je prenais le large, souriant à l’idée de la scène qui venait de se dérouler.

Comme prévu, après environ 1 km, je sentais la mer s’approcher. Un virage, et je m’attendais de la découvrir. Un mur barrait le chemin, de part en part…

Un mur? Pas tout à fait… un mur barrage… et j’en étais certaine, ça passait “à plat ventre”, une fois de plus. J’ai quand même attendu d’être passée pour prendre la photo.

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Quelle immense sentiment de bonheur que celui qui m’envahissait : j’avais l’impression d’avoir atteint la libération! Le fin de la journée ne pouvait qu’être émerveillement et c’est ce qu’il advint.

J’étais remplie de gratitude après l’incroyable journée que je venais de passer. En m’endormant, j’en étais encore étonnée. J’étais partie, le matin, pour une dizaine de kilomètres et le soir après bien plus, j’avais réussi à franchir sans effort le dernier “obstacle” du trajet vers Rome.

C’était juste délicieux.