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Tous les chemins mènent à Rome – 4 – Le voyage

Auteur : jade paddle surf 44. Posté dans Récits

Lundi 16 septembre 2013 : Lerici (Club de Voile) – Viarregio (gazon municipal)

Le lundi 16 septembre, l’épopée avait débuté depuis deux semaines.

J’en étais approximativement à mi-parcours. J’avais théoriquement le temps d’arriver à Rome dans le mois que je m’étais offert, mais il ne fallait pas trainer et la météo ne jouait plus vraiment le jeu.

Néanmoins, ce lundi à l’aube, j’entendais un silence relatif. Le vent était tombé, il était temps de reprendre la mer.

Je suis sortie par la porte de secours avec mes sacs et pagaies, j’ai consciencieusement refermé derrière moi le portail en inox de la terrasse, j’ai vérifié le verrouillage, noté la mise en service de l’alarme, j’ai récupéré ma planche (elle avait dormi au milieu des dériveurs) et hop, j’étais à nouveau sur l’eau.

Il est impossible de décrire le sentiment de liberté que je ressentais !

Le ciel était relativement clair, le vent juste caressant. Dès la sortie du port, une belle houle ronde m’accueillait, elle était parfaitement orientée. La mer était verte, comme en souvenir des accès de colère de la veille. J’ai parcouru les premiers kilomètres “à toute vitesse” et sans le moindre effort. Au niveau de Carrare, j’ai noté que même les falaises étaient en marbre.

J’ai noté aussi que la côte rocheuse s’arrêtait et que l’embouchure de la rivière marquait une « frontière ». De l’autre côté, la côte était basse, visiblement sablonneuse. Je me suis réjouie. « C’est la fin du ressac le long des falaises » ai-je pensé. J’avais si souvent été ballotée par le ressac ! J’avais si souvent eu l’impression de naviguer pendant qu’un grand géant invisible s’amusait à « touiller » la mer de manière absolument anarchique. La pensée d’en avoir terminé était euphorisante.

D’ailleurs, je filais bon train.

La grosse houle ronde m’offrait une succession de toboggans. Je n’en finissais pas de glisser et c’était délicieux. Le vent s’affirmait cependant, de plus en plus de travers et la houle suivait. En restant suffisamment au large, j’étais à l’abri du déferlement des vagues. Au bord, il y avait des surfeurs. En petit groupes, comme autant de points de suspension, ils ponctuaient le paysage monotone.

Il devenait évident que s’il était possible d’envisager un atterrissage en catastrophe, il était vain d’envisager un décollage à suivre. Je n’avais pas d’autre choix que d’avancer. La lecture des zones de déferlement m’indiquait précisément les hauts-fonds et c’est en zigzag que je longeais la plage…

De loin. Quand j’ai aperçu un phare, posé sur l’horizon brumeux, j’ai concentré toute mon attention vers lui. De vert, la mer était passée à vert de gris, remuant inlassablement le fond sablonneux, le long de l’interminable plage, infiniment plate et grise. Il restait plusieurs kilomètres à tirer. J’avais plusieurs fois sorti le tube de lait concentré, m’abreuvant de nutriments à dose presque homéopathique dans l’attente de pouvoir me restaurer plus efficacement. Il n’y avait pas d’autre solution que d’aller droit devant, vers le phare.

Quand j’ai vu un très joli yacht sortir du port, quand je l’ai vu mettre les gaz et filer à toute vitesse vers le nord, je me suis dit que c’était quand même une drôle d’idée d’aller se promener par ce temps…

Enfin l’entrée du port était là.

Sur la digue, il y avait du monde.

Sur ma gauche, les vagues déferlaient.

Sur ma droite, la digue faisait lever une belle vague, déferlant elle aussi, dans un jaillissement d’écume.

Au milieu, il y avait un passage, il me restait plus qu’à bien viser, avec le bon tempo et hop, hop, j’étais certaine de réussir une arrivée digne sous l’oeil forcement admiratif de la foule en délire (oui, oui, moi aussi j’ai parfois parfois un égo surdimensionné!)

Las… Une coup de trompe interrompit mon rêve. Je me retournais et horreur, le yacht que j’avais vu sortir était à mon cul, à toute vitesse! Il visait lui aussi l’entrée du port.

Vite, vite, vite, je m’écartais vers le large, faisant fi de mon cap idéal. Wahooooo, les passages successifs du yacht (qui avait à peine ralenti) et de sa vague me mirent à genoux. Estomaquée, je le regardais virer en dérapage, freiner, puis glisser sur son élan. Ce n’est que plus tard, en découvrant l’ensemble du chantier naval qui occupe le port, que j’ai compris : il s’agissait vraisemblablement d’un simple essai “in live”!

Vite, vite, il fallait que je me ressaisisse pour entrer dignement. Il était encore temps de viser le centre entre deux séries de vagues.

Quelques coups de pagaie plus loin, j’étais à l’abri, encore quelques coups de pagaie et j’étais au ponton. Il était grand temps de me sustenter avec quelque chose de solide ! Le vent montait encore d’un cran.

A la sortie du port, il y avait maintenant une barre.

L’entrée était fermée, la sortie… aussi… Nous étions en début d’après-midi, je n’étais pas du tout fatiguée. Pourtant ma route semblait devoir s’arrêtait à Viarregio ce jour là. Alors, pour passer le temps, je me suis aventurée et j’ai suivi le canal de Burlamacca pour pénétrer la ville. Au retour, j’ai amarré ma planche à couple d’un bateau (visiblement à l’abandon) pour mettre pied à terre.

J’ai regardé la plage, j’ai regardé vers le large… ET… j’ai cherché un coin pour dormir. C’est finalement sur le gazon municipal, sous le nez de la capitainerie, de la douane et de la police, que dès la tombée du jour, je me suis plantée au milieu des arbustes décoratifs

……

Mardi 17 septembre 2013 : Viarregio

« journée dépression »

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Avant même de donner le premier coup de pagaie, j’avais imaginé avoir besoin de contourner certains endroits.

J’avais imaginé avoir besoin de quelqu’un pour passer le golfe de Saint-Tropez, j’avais imaginé avoir besoin d’une solution terrestre pour passer le port de Gênes. Je n’avais jamais imaginé me sentir prise au piège dans un coin où les surfeurs affluaient de toute part.

Depuis dimanche matin (où je fus bloquée à Lerici), je rêvais de trouver une possibilité pour aller directement à Livourne. Impossible d’expliquer pourquoi, mais il est un fait que j’avais comme une sourde impression : cette météo pourrie était liée à la géographie du coin. C’est sur ces pensées que je m’étais endormie.

C’est avec ces pensées que je me réveillai, à l’heure où s’éteignirent les lampadaires.

Après m’être vivement secouée pour « libérer » le gazon municipal, après avoir rangé la planche sous un buisson et les sacs sous la planche, après avoir attaché les pagaies avec l’ensemble, je suis partie voir la plage. Puis, comme tout un chacun, je suis passée à la boulangerie et au café afin d’attaquer ma journée dans les meilleures conditions.

Michel avait écrit :  “La météo ne s’arrange pas, une dépression est sur le golfe de Gênes. Demain matin vent nord force 5 et localement 6 avec houle de 2,4 m, l’après-midi NW force 4 et houle WSW 1,9m ”

A la capitainerie, le bulletin météorologique confirmait le SMS de Michel. Et en interrogeant à droite comme à gauche, il me fut dit que rien ne changerait avant deux ou trois jours. Voilà ce que je viens de lire ici :  « Les vents principaux viennent du sud-est, les vents de sud-ouest et d’ouest qui soufflent durant deux ou trois jours de suite causent de violentes tempêtes maritimes »

J’aurais donné cher pour sortir de ce coin. J’ai erré toute la journée. J’ai longé les alignements de plages privées où les employés nettoyaient les atteintes de la tempête. J’ai parcourue l’interminable avenue marchande où déambulaient de rares touristes. J’ai trainé du côté du port où se construisent les yachts les plus prestigieux. J’ai découvert des rues pleines d’ateliers au service des chantiers, des rues ouvrières et travailleuses où les bars sont les espaces « à vivre ». Puis… Je me suis installée sur « mon » banc.

J’ai observé le va et vient des surfeurs. Invariablement, ils descendent à la hâte de leur voiture, invariablement, ils en partent au pas de course, short-board ou malibu sous le bras et invariablement, ils reviennent très lentement, semblant plongés dans d’insondables pensées, tête presque basse. Ils se changent infiniment lentement, avec maintes précautions. Puis ils montent en voiture, branchent la “musique” à fond et démarrent en trombe !

J’étais sur « mon » banc. (c’est fou comme on s’approprie vite le moindre espace! ).

La journée touchait à sa fin et je m’étais moulée dans l’idée de rester ici. Pise n’était pas si loin, afin d’éviter de moisir, je pouvais envisager de faire un peu de tourisme en train, après une journée de dépression profonde, j’avais repris du poil de la bête et de l’entrain en quantité suffisante pour aborder paisiblement une ou deux journées « immobiles ». Et il est arrivé.

Quelque chose était différent chez lui, une zénitude particulière peut-être.

Il commença par s’étirer consciencieusement, tranquillement, gardant un oeil attentif vers tout ce qui se passait autour.

Il jeta plusieurs fois un regard en direction de la planche qui dépassait du buisson.

Comme il roulait une petite clope, je décidais de tenter une petite conversation.

Comme je lui expliquais mon trip et ma situation « météorologique », il répondit sobrement : “Je téléphone à un ami de Livorno”

L’ami ne répondait pas, il devait encore être en train de surfer… « Bon, je vais manger maintenant, je travaille ce soir. Je vais le rappeler, je te dis quand je reviens à la voiture »

C’était une conversation parfaitement surréaliste.

Il revint avant que je n’aie commencé à installer mon campement. (Il y avait foule sur la terrasse du Club Nautique et je ne souhaitais pas jouer la provoc en plantant ma tente presque sous le nez de tous ces gens “biens” ).

Directement et droit dans les yeux, il s’adressa à moi : « J’ai eu mon copain, je vais demain matin à Livorno, je t’emmène. 7H30 ici, tu seras là ?

– Oui, je dors là. Je serai là.

– Tu dors ici ?

– Oui.

– Sérieusement?

– Oui, où veux-tu que je dorme?

– Alors à demain »

Et hop, il était parti. Incroyable !

Je me suis endormie en me promettant d’être prête à l’heure dite. Et si ce n’était qu’une blague, s’il ne venait pas, j’avais décidé d’aller à Pise voir la tour qui penche ! J’étais enfin parfaitement sereine.

……

   

Mercredi 18 septembre 2013 : Livorno – Forte di Biobona

7h15 : J’étais prête, assise sur « mon » banc j’attendais, confiante et sans « y » croire à la fois.

7h17 : la voiture arrive.

« Hey, tu es prête ?

Oui, tu vois tout est plié… Et puis j’ai dormi là !

Oui, je sais, je suis passé voir après le boulot, dans la nuit… J’ai bien vu »

Ainsi, il avait douté !… A la place du Malibu sur le toit, il avait un short-board à l’intérieur de sa voiture. Nous avons chargé mon maxi-long-board, les pagaies et les sacs.

Embarquement immédiat. Passage au café pour un petit noir sur le zinc et c’était parti.

Certaines rencontres sont étonnantes quand on fait la liste des coïncidences, celle-ci l’était vraiment. Il m’a posée dans le premier coin abrité et il a filé vers son spot sans attendre.

J’avais parcouru par la route l’étape que je n’avais pas pu faire par la mer la veille, une quarantaine de kilomètres, ma moyenne quotidienne, rien de plus.

Une fois encore, j’ai eu un immense sentiment de joie et de liberté en montant sur ma planche !

Le ciel était parfaitement limpide devant moi. Sur la côte, il y avait de jolis spots de surf autour des rochers, avec de belles vagues bien propres, bien bleues. C’était vraiment autre chose que le chantier de Viarregio, clairement Fabio avait fait le bon choix en venant surfer dans le coin…

De temps en temps je regardais derrière, j’étais comme “en fuite”, je surveillais la dépression pour vérifier qu’elle restait bien sagement bloquée au nord. Et je pagayais “comme une voleuse” pour être certaine de lui échapper! Au loin, un très long débarcadère avançait vers le large, signalant Vada et son port industriel Juste après l’avoir passé, j’ai eu l’impression de me trouver sur une immense piscine absolument plate et couleur turquoise, le contraste avec le “terrain” qui avait précédé était étonnant et je ne parle même pas de ce que j’avais laissé à Viarregio!

Je continuais à regarder derrière régulièrement, j’avais l’impression de me faire rattraper par les nuages… Je me forçais alors à regarder l’horizon tout bleu à l’avant. Fabio m’avait dit que j’allais arriver dans une zone très différente où la pointe de la Corse faisait déjà office de barrage, limitant l’effet de la dépression.

Je voulais y croire. La côte était redevenue rectiligne et sablonneuse, mais aucune vague ne levait de loin, il y avait une profondeur suffisante pour que je navigue tranquille. Après une pause à Cecina, j’avais parcouru “ma” quarantaine de kilomètres et c’est parce que le vent de travers commençait à me fatiguer que je me suis arrêtée sur la plage de Forte di Biobona Les nuages commençaient à me rattraper…

Certes, ce n’était pas le couvercle noir que j’avais laissé en rade, mais je sentais que le vent allait forcir et qu’il serait vain de jouer contre lui. J’ai choisi un coin bien à l’abri du souffle d’Éole et je me suis amusée en jouant la touriste allongée sur le sable.

Sans attendre la tombée du jour, j’ai installé ma maison, heureuse d’avoir absolument tout ce dont j’avais besoin. Tout était si tranquille ce soir là que je me suis offert quelques postures de yoga au soleil couchant, ne me décidant à “rentrer” qu’après l’extinction des dernières braises.

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Le SMS de Michel faisait un point météo mi figue mi raisin. Demain serait un nouveau jour.

……

 

Jeudi 19 septembre 2013 : Forte di Biobona – San Vincenzo ( pas loin de Populano)

En lisant le SMS du soir, j’avais prévu une grasse matinée.

Réveillée à l’aube parce qu’il faut bien constater que c’est l’heure « normale » du réveil pour qui s’endort à l’heure où les oiseaux s’endorment, j’ai pris tout mon temps pour plier. Comme prévu le vent soufflait fort, et bien évidemment « de travers ».

La matinée allait donc être calme et touristique.

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En aparté, seulement pour celles et ceux que ça intéresse, je me permets quelques lignes « philosophiques ».

Après plus de quinze jours de ce long cheminement en solitude, je touchais enfin et complètement ce que j’espère atteindre (sans jamais y croire d’une quelconque manière) en partant pour ce genre de trip. Au delà de la découverte touristique, au delà de la rencontre humaine, au delà du plaisir des sens et de la traversée du corps, une dimension beaucoup plus « verticale » devient palpable. Elle n’est plus seulement théorie, idéal ou objectif.

Elle existe, elle nous touche et on peut la toucher.

De mon point de vue, elle n’arrive que sur l’air de « aide toi le ciel t’aidera » à moins que ce ne soit sur l’air de « qui ne risque rien n’a rien », sur l’air de « vouloir c’est pouvoir » ou de « tout vient à point à qui sait attendre »… Ce dont je suis certaine c’est que j’ai besoin de partir en autonomie et sans assistance pour entrer dans cette dimension, c’est ainsi que la patience s’exerce et brave l’impatience, que la confiance s’agrandit et abat le doute, que l’attente se rompt et que l’action s’illumine…

Il y a certes de “jolies choses” à découvrir et à vivre “avec assistance”, “grâce à l’énergie de ceux qui ont aidé, préparé et prévu à l’avance”, mais c’est différent et jamais aussi “verticalement” intense.

J’en étais là.

Après un petit passage « en ville », j’ai fait ce que faisaient la plupart des femmes de mon âge sur cette plage : j’ai marché sur la plage en ramassant des cailloux. C’est un excellent passe temps ! Quand le vent a commencé à mollir, j’ai sollicité un gars que j’avais vu la veille, jouer en bodyboard dans le shore-break du soir . Il était en train de ranger le matos de la plage privée que j’avais squatté pendant la nuit.

Je savais que je ne pourrai pas « lancer » ma planche chargée si facilement et que nous ne serions pas trop de deux pour passer de l’autre côté des vagues.

Nous avons essayé une fois : raté.

Nous avons essayé à nouveau : re-raté.

Ce n’était pas la bonne heure. Sans la moindre impatience, j’ai remonté tout mon matos et je suis repartie chasser les cailloux.

J’étais vraiment dans un état d’esprit nouveau et c’était juste bon.

En fin d’après-midi, il ne restait qu’une douce brise et la mer s’était vraiment apaisée. Surtout, elle s’était organisée et les sets étaient visibles et il suffisait de « viser » entre pour prendre le large.

Et voilà… Le soleil était déjà bas. Au loin les îles se dessinaient. J’allais bientôt pouvoir profiter de leur abri… Au soleil couchant je me suis arrêtée, juste avant une pointe.

Découvrir de nuit ce qu’il y avait de l’autre côté n’offrait pas le moindre intérêt. Cette mini-session du jour me contentait largement. Alors, j’ai monté la tente grâce à la lumière de la lune ronde…

……

 

Vendredi 20 septembre 2013 : San Vincenzo – Forte Rocheta (près Punta Ala) commune de Castiglione della pescaia

6h39, la lune est là.

Tout est absolument calme.

7h00, La dernière étape du rangement, il ne reste plus qu’à plier la tente, emporter l’ensemble sur le rivage, tout attacher et prendre le large.

Ensuite, je n’ai pas d’autre souvenir que celui d’une journée tranquille et harmonieuse. J’ai retrouvée avec bonheur une côté découpée, des rocs et quelques falaises. J’ai beaucoup photographié Les méduses, brunes dans le nord puis de plus en plus blanches en “descendant” furent de très fidèles compagnes, isolées ou en colonies, elles dessinaient mon chemin un peu comme les cailloux le font sur les sentiers de montagne Après un repas à Follonica, je suis entrée dans le spectacle. Malgré mon chargement, je n’allais pas/guère moins vite que les papillons.

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Mon imagination s’empara des rochers… aussi longtemps que je les contournais, les histoires se succédaient, le soleil y mettait sa touche.

Puis j’ai posé mon campement sur une plage très douce…

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Le soir j’ai écris à Michel :  “Parfaite journée avec encore de quoi en prendre plein les yeux. Repas à Follonica et ce soir bivouac de rêve au pied d’un château à Castiglione della pescaia.”

……

 

Samedi 21 septembre 2013 : Forte Rocheta – Principina a mare

L’humidité m’avait gardée à l’abris de la tente jusqu’à ce que le soleil sorte pour de vrai.

A la pointe, le château avait pris ses couleurs du jour.

J’avais l’intention de faire des courses à Castiglione et il était inutile d’arriver avant l’ouverture des magasins, je me préparai donc en prenant largement mon temps. Sur la plage, les traces des oiseaux faisaient écho aux miennes, nous étions les maîtres des lieux avant que les touristes ne débarquent…

En navigant “au long cours” sur mon trajet méditerranéen, j’avais souvent comparé cette expérience marine à l’expérience du désert (non sans penser à Théodore Monod, et au préambule de son livre “Méharées”) et devant ces empreintes sur le sable, mon esprit se remettait à disserter… Quel bavard!

Le village le plus proche était à peine réveillé, j’ai fait le plein de nourriture et je n’ai même pas pris le temps de m’offrir un cappuccino, j’avais envie de retourner sur l’eau au plus vite.

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Je fus plutôt bien inspirée de n’avoir point trop traîné en ville.

Assez tôt le vent revint à la charge, d’abord acceptable (environ 3bft) mais je sentais bien qu’il n’avait pas l’intention d’en rester là.

Il était bien évidemment en plein de travers.

Quand je me suis arrêtée, les p’tits moutons faisaient leur apparition, il était plus que temps… Je pensais qu’il s’agissait d’une brise thermique et j’avais bien l’intention d’aller plus loin dans la soirée car une petite pointe au bout de la plage me faisait des clins d’oeil…

J’ai tranquillement déjeuné, puis j’ai construit un paravent grâce à la planche et aux sacs et je me suis payé une bonne sieste. En revenant à la réalité, il fallait bien constater que ce n’était pas vraiment une brise thermique mais un bon vent établi. Les windsurfeurs consultés me le confirmèrent…

Je n’avais donc pas d’autre solution que de camper là en attendant la suite… En lisant attentivement les feuillets du guide, je m’apercevais alors que derrière “la pointe” il y avait toute une zone où accoster était impossible… Alors même que je n’étais pas contrariée (comme je l’aurais été quelques jours auparavant) à l’idée d’être scotchée contre mon gré, ce soir là, j’étais très reconnaissante…

J’avais été bien inspirée once again… Et oui, à force de naviguer, je finis systématiquement par “décoller” un peu.

Le point météo du soir était assorti aux drapeaux qui flottaient en haut des mats : vent à l’horizon, il ne fallait pas rêver d’un long trajet pour le lendemain.

J’étais prête à cette idée : les dernières étapes risquaient de se faire petit bout par petit bout…

J’avais le temps, la fin du mois était plus loin que ne l’était Rome.

……

 

Dimanche 22 septembre 2013 : Principina a mare – Ansedonia

Une peu avant l’aube, j’ai été réveillée par le silence.

Ce n’était pas du tout ce qui était prévu par la météo, en deux secondes, j’ai saisi la chance qui s’offrait, hop, hop, hop, il fallait plier très vite et prendre la mer pour passer la zone sans abris avant que le vent ne se lève à nouveau.

Je me suis pressée comme jamais et 45 mn après, je partais avec un seul objectif : faire 10km puis faire le point et envisager la suite.

La suite ? c’était au loin la presqu’ile de Monte Argentario avec quelques questions suspendues : Contourner? Passer par la lagune? Envisager un long portage? Je n’avais aucun plan précis en vue. En longeant la longue zone marécageuse du delta de l’Ombrone puis les plages du parc naturel d’Uccellina, j’étais vraiment heureuse d’avoir été stoppée à temps par le vent de la veille. J’avais ainsi évité le risque de me trouver coincée dans ce coin très beau, mais infréquentable et probablement envahi par les moustiques.

Un frémissement de brise se fit sentir en arrivant au pied des falaises, mais je me retrouvais presque instantanément à l’abri du relief. Le paysage était magnifique.

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Le calme était idyllique.  

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Arrivée à Talamone, j’ai trouvé une crique idéale pour une pause casse-croute.

J’avais parcouru la distance espérée et j’avais plusieurs choix à envisager. Le vent s’établissait peu à peu et je pouvais tourner la carte dans tous les sens, j’en était certaine, il m’offrait un idéal downwind en direction de Monte Argentario.

Donc… Quelque soit ma décision de contourner ou non, les conditions étaient idéales pour y aller! Hop, hop, hop, let’s go. Quelques instants plus tard, les moutons se multipliaient à la surface de l’eau Evidemment, ces conditions étant bien installées, elles excluaient, de fait l’idée de contourner la presqu’ile. J’avais vraiment la flemme de me payer le ressac le long des falaises sur tout le pourtour, d’autant plus que j’imaginais bien quelle pouvait être sa puissance sur la côte au vent… donc je me dirigeais vers “le canal”. D’après les papiers, le canal allait me permettre de rejoindre Orbetello. Je le suivais donc au delà des parkings à bateaux et le plus loin possible c’est à dire jusqu’au panneau et au barrage : “réserve de pêche, navigation interdite”. Le barrage était clôt …

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A joelle rien d’impossible. J’ai commencé par me restaurer et j’ai franchi le barrage à pieds et je me suis retrouvée dans la lagune, direction Orbetello!

Je ne sais pas quelle espèce de poissons était “réservée”, mais c’étaient de belles bêtes plutôt énormes qui semblaient se réveiller sur mon passage, me saluant à coup de simple ou double salto fort bruyants avec moultes éclaboussures. Je visais la “route digue” mais aucun pont, aucun passage par l’eau ne se dessinait à l’horizon.

Je commençais à imaginer un nouveau portage. Mais plus j’avançais et plus la possibilité d’un passage “à plat ventre” sous la digue se précisait. Ni une ni deux, arrivée au ras de la ville, sous l’oeil surpris des passants, je me dirigeais vers la digue, je m’allongeais sur la planche, la tête bien à l’abri de mon sac (je me disais que si le sac touchait, il me protègerait et j’avais tout le temps de faire un demi-tour, certes peu glorieux, mais tout à fait safe) Et banco, ça passait LARGEMENT! J’étais dans la deuxième lagune.

Il restait à en sortir. Il y avait un club nautique et une “petite foule” en train de suivre une régate d’optimist. J’ai accosté. A nouveau, je dois noter l’accueil chaleureux. En découvrant la raison de ma présence dans le coin, les gens étaient enthousiasmés. C’est ainsi qu’une dame me signala l’existence d’un canal de sortie là-bas. Je remarquais illico l’orientation idéale, pile poil “downwind”. Je ne comprenais rien à la logique du vent, mais le fait était là. Au pire, si le canal était “bouché”, il y avait 300m de terre plein à franchir à pieds. A joelle rien d’impossible, le jeu était trop tentant…

Hop, hop, hop, je repartais sans aucune idée précise de ce que j’allais faire une fois “au bout”. Inutile de dire que la traversée fut rapide.

Il restait à trouver le canal.

Premier essai : raté. J’ai simplement réussi à faire décoller une nuée de flamants roses et il a bien fallu constater que j’étais dans une impasse.

Après un demi-tour, face au vent, j’ai entrepris de lorgner du côté de la zone de pisciculture que j’avais dédaigné du fait de la présence de bâtiments, de filets et autres bassins à remous.

Un filet masquait l’entrée d’un canal.

Hop, j’y filais, me glissant entre les mailles des larges trous.

Au bout un barrage, du même type que celui que j’avais déjà franchi.

Bis repetita. Une fois à pied d’oeuvre, c’est à dire planche amarrée et prête au débarquement des bagages, j’ai entendu un bruit de moteur En levant les yeux, j’ai vu un gros 4×4 sur le barrage.

Au point où j’en étais, à l’heure où nous en étions, mon élan fut à peine stoppé, je grimpais sur le terre-plein et je demandais à l’homme qui était descendu de voiture quel était le chemin pour rejoindre la mer. Comme il m’expliquait qu’il fallait retourner d’où je venais, je tentais de lui expliquer d’où je venais… Justement.

Et hop, je sortais de mon sac, la carte où se pointaient mes étapes et je lui mettais sous le nez l’attestation très officielle de la FFS!

Tatatadammmmmm, ce fut un laisser-passer magique!

L’homme me montra le bon canal à prendre (il y avait un croisement de canaux de l’autre côté du barrage).

Il y avait un lourd portail électrique à franchir, qu’il ouvrit.

Et comme s’il fallait à tout prix passer très vite, il m’aida au transbordement de tout le bazar. Puis il monta dans son 4×4 et s’en fut à ses affaires.

Je prenais le large, souriant à l’idée de la scène qui venait de se dérouler.

Comme prévu, après environ 1 km, je sentais la mer s’approcher. Un virage, et je m’attendais de la découvrir. Un mur barrait le chemin, de part en part…

Un mur? Pas tout à fait… un mur barrage… et j’en étais certaine, ça passait “à plat ventre”, une fois de plus. J’ai quand même attendu d’être passée pour prendre la photo.

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Quelle immense sentiment de bonheur que celui qui m’envahissait : j’avais l’impression d’avoir atteint la libération! Le fin de la journée ne pouvait qu’être émerveillement et c’est ce qu’il advint.

J’étais remplie de gratitude après l’incroyable journée que je venais de passer. En m’endormant, j’en étais encore étonnée. J’étais partie, le matin, pour une dizaine de kilomètres et le soir après bien plus, j’avais réussi à franchir sans effort le dernier “obstacle” du trajet vers Rome.

C’était juste délicieux.

 

Tous les chemins mènent à Rome – 3 – Le voyage

Auteur : jade paddle surf 44. Posté dans Récits

Lundi 9 septembre 2013 : Roquebrune-Cap Martin (plage du Golfe bleu) – Arma di Taggia (à côté de Piccolo Lido)

Dans la nuit, le clapotis des vagues est devenu un peu plus “agressif” et la tente en était éclaboussée.

Je n’ai pas attendu longtemps avant de la monter (en fait la “tirer/glisser” avec tout son contenant) en haut de la plage, la qualité de mon sommeil en dépendait.

La première chose que j’ai regardée en “ouvrant les volets” fut donc l’allure du mini shore-break sur lequel j’avais royalement “surfé” la veille. En théorie, je savais que ce que je surmonte facilement dans un sens ne me pose pas de problème dans l’autre : “chez nous” par exemple, si je peux franchir la barre pour partir, c’est que je suis capable de revenir. Evidemment si les conditions changent en cours de route, l’affaire se complique…

Visuellement, il n’y avait guère de différence. Pourtant, l’eau montait notablement plus haut… Il y avait un promontoire en béton à gauche de la crique, je n’ai pas manqué d’aller observer afin d’envisager les possibilités de mise à l’eau, mais je n’ai rien trouvé de mieux de que de sortir à l’endroit précis où j’étais entrée.

Essai n°1 : raté Je re-positionne ce qui avait été bousculé par les attaques brutales et successives de l’apparente “mini-vague” Essai n°2 version “je garde le sac arrière sur l’épaule pour l’attacher sur la planche une fois de l’autre côté de la vague” : raaaaa….téééééé Je suis têtue… mais pas entêtée…

Je remonte mon bazar au calme et je re-vois calmement la situation. Il existe obligatoirement une solution pour me “décoincer” et prendre le large, une solution simple… Bravement et dégoulinante, je file vers le promontoire pour observer à nouveau. Ne voyant que les escaliers et la possibilité de portage, donc “remonter sur la route tout là-haut” ; la flemme avait, en premier, barré le chemin de la curiosité.

Mais, Les deux échecs de “départ facile” m’obligeaient à explorer mieux et tatatadammmmmmm, il suffisait de monter trois marches pour accéder à un sentier qui menait directement à la plage calme d’à côté : 300 m de marche (et de portage) plus loin, hop, hop, hop, je pouvais me libérer! Pour l’anecdote : Tandis que, soudain plus légère et plus heureuse, je commençais le transbordement, deux mecs et leur smala (les femmes, les sacs et les fauteuils pliants) arrivaient (visiblement équipés en vue d’une chasse-sous marine).

“Vous allez porter “tout ça” interrogent-ils”

“ben… oui”

“Vous inquiétez pas, “on” surveille le reste”

“Ok, Merci beaucoup” m’entendis-je répondre en pensant que d’autres m’auraient proposé une “aide plus active”

Un kayakiste au long cours rencontré le lendemain me confia une anecdote du même type avec une nette tendance des “hommes forts” à regarder plutôt que de donner un coup de main… Bon c’est vrai : on est baroudeur/euse ou on ne l’est pas, non? Et puis, je me demande si l’omniprésence de la télé-réalité dans la vie des gens n’influence pas certains : j’en ai rencontré plus d’un qui cherchait les caméras à ma suite, comme s’il y avait un jeu (donc des règles qui imposent de ne pas aider les concurrents) et comme s’ils avaient une chance de passer à la télé!

Bon… Au total, ce ne fut qu’une heure de passée de manière originale et imprévue. Menton… Vintimille, que dis-je? Vintimiglia! Et hop, je suis officiellement passée du côté italien.

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Et c’est dans un port de pêche très artisanal que j’ai fait une revigorante pause déjeuner.

Partout, la montagne plonge dans la mer, les villages s’agrippent aux pentes vertigineuses, les viaducs acrobatiques dessinent l’autoroute, les nombreux trains sont autant de sur-lignages éphémères, les paysages sont grandioses. J’aime ça.

Le soleil déclinant, en souvenir de mon expérience matinale, j’ai cherché un lieu de bivouac bien abrité ce qui me poussa à tutoyer la fatigue. En arrivant dans la baie de Arma di Tagglia, j’ai directement visé la plage la mieux abritée. Et quand j’ai vu des mini-vagues au milieu de mon “chemin d’arrivée”, je n’ai pensé qu’à les surfer sans me poser un instant la question de leur existence à cet endroit. Un tantinet fatiguée, je vous dis… En un éclair j’ai vu arriver le sommet d’un caillou et hop, au bain!

Devant la plage déserte, mon amour propre ne voyait que la foule qui rigolait pendant que je remettais la planche côté face, récupérais ma casquette avant de reprendre l’attitude d’une “Stand Up Paddleuse” tout à fait digne… et bien trempée!

Morale du jour : journée commencée en pataugeant se termine en pataugeant.

Dans l’histoire, j’avais oublié mes lunettes qui flottaient certainement encore dans la baie… Objectif du prochain matin : en trouver d’autres…

……

  Mardi 10 septembre 2013 : Arma di Taggia (à côté Piccolo Lido) – Alassio (Club Nautique)

Après un rapide petit déjeuner, je plie, je range et je sécurise tout mon matos et je prends à pieds la direction de la citée balnéaire en espérant que les boutiques n’ouvrent pas trop tard.

Je suis en tenue “marine”, nus pieds, un p’tit sac étanche sur l’épaule (en guise de sac à main contenant toute ma fortune) et APN à la main, je suis une touriste en marche ce matin là. Premier arrêt pour un cappuccino, deuxième arrêt pour des pizzas, troisième pour des fruits bio, quatrième pour des fromages de chez le fromager, cinquième chez l’opticien qui ouvre tout juste… En fait, c’était la matinée pour faire chauffer la carte bancaire.

A dix heures, j’étais à nouveau sur l’eau.

Pendant ce trip j’ai vécu plusieurs fois des moments de plénitude absolue et il faut bien reconnaitre qu’ils naissaient souvent des conséquences de cette “autonomie-sans assistance” qui m’est tellement indispensable.

Etre sur ma planche au milieu d’une baie (loin du monde), sans obligations, sans pression de timing, avec l’impression d’avoir absolument tout ce dont j’ai besoin, c’est à dire : eau, nourriture, vêtements secs, hôtel du soir avec vue sur la mer… et carte bancaire okazou (fondamentale la carte bancaire, c’est elle qui me différencie du “SDF à la rue”) est un “truc” immense dont la prise de conscience, libère dans mon dos de délicieux frissons de bonheur.

Le jeu du jour consistait à “faire une pointe par heure”. Le jeu s’est poursuivit toute la journée avec succès! En trois heures, j’étais donc au pied d’Impéria (pointe de San Stefano – Pointe de San Lorenzo – Imperia)

J’avançais en douceur, le paysage était magnifique. Je m’émerveillais sans compter à chaque découverte et chaque découverte me rendais impatiente d’aller voir derrière la prochaine pointe… Certaines pointes étaient elles-mêmes des oeuvres d’art. De pointe en pointe, c’est juste en face de “la tortue” (Isola Gallinara) que j’ai trouvé un parfait endroit bien au calme, pour poser mon bivouac du soir après cette journée tranquille.

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……

 

Mercredi 11 septembre 2013 : Alassio (Club Nautique) – Vado Ligure

Je n’avais pas encore plié la tente quand Marco arriva en appelant doucement “Joelle, Joelle”…

Marco, il avait terminé son entrainement de natation la veille au soir, peu après mon installation et nous avions bavardé.

Marco est un ancien véliplanchiste de l’équipe Italienne, il aime tout ce qui parle de la mer. Il vennait m’inviter à visiter la ville et à aller prendre un petit déjeuner “normal”. Ni une, ni deux, j’ai plié à toute vitesse, nous avons embarqué sacs et pagaies dans son véhicule et c’était parti pour une virée dans Alassio avec un guide passionné.

Bien nourrie par cette surprise du matin, je ne regrettai pas la “mise à l’eau” un peu retardée jusqu’à l’heure où se leva le vent et l’horrible clapot qui allait de paire. C’était à hauteur de Pietra Ligure…

Au loin se dessinait une pointe à tourner et ne sachant pas ce qui m’attendait derrière, je décidais de me poser sur une plage et d’attendre que tout s’apaise pour avancer sans outrepasser mes forces. C’est donc à Borgio Verezzi que je tentais (et réussissais) un splendide atterrissage surfé. Fière de moi j’étais.

Je sautais allègrement de la planche pour la rattraper au vol et avant même d’avoir pu arriver à en attraper le nose, les deux “sauveteurs” du “banio” m’entouraient et tentaient de tirer en vain la planche sur le sable (chargée, elle pèse un peu lourd et l’un des “sauveteurs” était une fille tandis que l’autre sortait à peine de l’adolescence)

“Tout va bien, pas de problème” me demanda la fille en anglais (tout au long du parcours italien, je fus souvent prise pour une “américaine”… tant que je n’ouvrais pas la bouche, of course!) “Pas de problème du tout, je viens juste pour manger un peu et me reposer parce qu’il y a trop de vent…”

“Il FAUT vous pousser, ici c’est une plage privée, vous devez aller là, là, c’est public”

Ahurie, je comprenais enfin ce comité d’accueil. J’avais visé le meilleur endroit pour surfer, mais il s’avérait que j’arrivais 150 cm trop à gauche et que c’était intolérable et qu’il fallait que je déplace tout et illico 150 cm à droite! Je détachais mes bagages et la fille s’en empara pour les poser à 150cm EXACTEMENT tandis que le grand ado essayait de trainer la planche sur le sable par le leash, ce dont je le décourageais instantanément en portant moi-même la planche du genre “tire toi, je m’en occupe” L’incident était clôt, chacun était à sa place et tout était parfait…

J’ai déballé ma nourriture, étalé mon pique-nique et mis mon linge à sécher sur LA PLAGE PUBLIQUE, oufffff.

Je tiens à souligner que c’est l’unique fois où ce genre d’accueil m’a été réservé.

En fait, après avoir discuté à droite à gauche, il est un fait que certains propriétaires de plages privées exercent sur leurs employés (donc les sauveteurs) une autorité quasi despotique qui entraine parfois les employés à faire du zèle. J’ajoute et c’est important, que j’ai toujours reçu un accueil très bienveillant de la part des sociétaires de ces plages privées.

Le vent montait et j’étais super contente d’être sur la plage, d’autant plus qu’un orage menaçait et rajoutait une couche de fortes rafales. Une fois l’orage passé, le clapot s’est aplati et le vent est devenu carrément portant pour mon trajet, il ne fallait pas en perdre une miette.

Je suis repartie, non sans faire attention à l’endroit où je posais les pieds sur la plage… mais je n’avais pas le choix, pour éviter les vagues trop brutales, il fallait que je me mette à l’eau dans la zone “privée”. Comme je partais, tout le monde s’en moquais…

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En finissant de passer le cap qui suit Finale Ligure, je me suis félicitée de ne pas avoir pris le risque de le passer sous un grain.

Et finalement c’est en vue des installations portuaires de Vado Ligure que j’ai cherché un endroit où planter ma tente. Mine de rien, j’avais encore parcouru une belle distance ce jour là!

……

  Jeudi 12 septembre 2013 : Vado Ligure – Genova

Une très très longue étape.

Avant même de partir de Marseille, j’avais focalisé mon appréhension sur deux passages : celui du golfe de Saint-Tropez à cause du trafic de YTGV (Yacht à très grande vitesse) et celui du port de Gènes à cause de sa longueur infinie.

Rien ne m’inquiétais trop sur le suite du trajet.

Depuis quelques jours, je voyais Gènes-Genova approcher et j’avais vraiment envie de passer de l’autre côté histoire de m’en “débarrasser” l’esprit. J’avais l’impression d’être immensément loin de mon but : Rome.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que si je me sens tout à fait capable d’accomplir les projets que je fomente, je n’ai jamais la certitude de parvenir à mes fins… Disons que je reconnais volontiers la puissance de l’imprévisible.

La veille au soir, après avoir posé mon campement en vue du port de Vado Ligure, pas très loin de Savona, confortablement installée dans mon duvet, j’avais fait le point, éclairée par ma frontale. Gènes ne paraissait plus trop loin. Dans cette zone et ces jours-ci, la lueur du jour persistait jusqu’à 20h30 précisément. En partant à 8h de Vado Ligure, je disposais donc de plus de 12h pour dépasser le port de Gènes, c’était envisageable. Le SMS de Michel me faisait part d’une météo qui pouvait convenir. Ce jeudi matin 12 septembre, la journée s’annonçait aussi chargée que le ciel : le jeu du jour consistait à passer le port de Genova avant la nuit…

L’avantage avec les départs matinaux, c’est que je pouvais tranquillement “m’échauffer” sur le flat! Néanmoins, le long de la digue du port de Vado Ligure, le ressac était notable. Juste avant de passer l’extrémité de la digue, j’ai vu sortir un bateau pilote, je me suis retournée : un porte-containers arrivait, je ne l’avais pas vu venir… Ni entendu… J’ai immédiatement ralenti (c’est drôle de parler de ralentissement, vu ma vitesse habituelle!) pour rassurer le pilote.

Je souligne que les pilotes ont TOUJOURS été très aimables et qu’ils ont TOUJOURS cherché à me sécuriser sans jamais mépriser mon frêle navire. L’énoooooooooorme navire est rentré dans le port et j’ai filé vers le port suivant : Savona. Nouveau ressac notable le long de la digue que je ne longeais pourtant pas de très près… A l’embouchure du port, c’est un bateau de la police qui a surgi, m’a contournée à grande vitesse, avec force vagues sans que je comprenne pourquoi.

Je suis incapable de me souvenir de l’endroit où je me suis arrêtée pour me sustenter, c’est dire à quel point mon esprit était accaparé par la participation au challenge que j’avais inventé. Ce dont je me souviens, c’est qu’en passant Savona, je constatais que le vent était exactement celui que Michel avait indiqué dans le point météo, de vent de travers, il passait vent portant si je tirais au large pour piquer à l’extrémité du port de la ville au loin, très au loin…Genova…

Ni une, ni deux, j’ai visé le large, très au large… Et quand j’ai senti le vent bien orienté, j’ai visé la terre.

J’ai alors vécu le plus magnifique et le plus formidable parcours au vent portant que je n’avais jamais vécu.

Il y avait une belle houle qui me poussait, il y avait un bon vent qui me poussait… C’était juste magique, l’adrénaline dégoulinait, j’étais juste heureuse ; en flashes, je pensais à ce que pouvaient vivre ceux qui se lancent le défi de la M20 qui devait être un endroit dix fois plus infini… Impossible de dire combien de kilomètres furent parcourus dans cet état de grâce.

J’ai soudain “trébuché” et je me suis retrouvée projetée vers l’avant, je ne suis pas tombée, j’ai rattrapé mon équilibre d’une main sur le sac accroché devant… “Toi, ma fille, tu es fatiguée” ai-je pensé… Et j’ai déballé le lait concentré… Et je suis repartie gaillardement.

Pas très loin, bis repetita Ce n’était donc ni la fatigue, ni une hypoglycémie… “le ressac de la digue du port (et de l’aéroport) de Gènes se fait parfois sentir à plus d’un mile de la côte” était-il écrit dans le guide de navigation…

Arghhhhhh… Je n’avais aucune idée de la distance qui me séparait de cette foutue digue, mais il était évident que le ressac était responsable… A partir de ce moment, ralentie je fus. Et une Joelle qui ne va pas vite en chevauchant sa planche chargée n’avance VRAIMENT pas vite. Du coup, le vent me poussait vers la digue sans que je n’arrive plus à me diriger vers la sortie du port. Devant autant de “vent contraire”, je m’inclinais… A genoux je pagayais.

Plus j’approchais de la digue, plus le ressac devenait spectaculaire. Je peux affirmer que je me suis fouetté le mental plus d’une fois et avec grande force “ALLEZ cocotte, ALLEZ, ALLEZ, c’est possible, il fait encore jour, tu vas y arriver” etc… etc… Je me sentais minuscule et grande en même temps.

Je ne voyais plus du tout le paysage quand j’étais dans le creux de ce gigantesque clapot. Parfois je voyais une montagne (il en faut peu pour que je vois une montagne ) arriver d’un côté et la même arriver exactement de l’autre côté.

Parfois à l’instant précis où les deux montagnes se rencontraient, j’étais perchée sur un volcan pointu qui crachait son écume.

J’essayais de noter mon avancement en prenant des alignements. J’avais parfois l’impression de ne pas avancer du tout et puis soudain, l’apparition d’un bâtiment nouveau me prouvait que j’avais bien changé de place. J’avais enfin dépassé la digue en béton brute de l’aéroport, et sur quelques centaines de mètres, il y avait des enrochements qui amortissaient un peu le ressac… Pfiouuu, presque de quoi souffler : une goulée de lait concentré et hop : béton brut à nouveau. Je restait autant que possible à distance, je ne me suis jamais approchée à plus de 300m du mur… Et finalement, j’avançai plus facilement.

Comme une délivrance, je voyais enfin la fin du mur.

Soulagée j’étais.

Debout, je reprenais de la hauteur.

Du coup ma pagaie devenait plus forte, mon corps devenait plus tonique et le mental s’emballait et je retrouvais tout mon entrain habituel et j’avançais vraiment à vue d’oeil. Il faisait encore jour… J’ai regardé derrière sans voir le moindre navire. J’ai regardé devant sans voir le moindre navire. J’ai regardé DANS l’embouchure du port sans voir le moindre navire. J’ai traversé.

J’ai visé, en face, les plages… Le jour faiblissait.

Un voilier se hâtait pour entrer au port, il avait déjà allumé son feu de mât. Ses passagers saluèrent mon passage, amicalement 20h sonnait aux clochers, je touchais terre. J’avais gagné. Je regardais le ciel. L’instant était délicieux, infiniment bon, incroyablement fort. C’est alors seulement que je me retournais pour regarder d’où j’arrivais. Un bateau de passagers sortait, illuminé, puis un autre, puis un troisième…

Morale du jour : Quand un bateau passe avant toi le matin, des bateaux passent derrière toi le soir venu.

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  Vendredi 13 septembre 2013 : Genova – Sestri Levante

Journée touristique.

Après avoir tardé à trouver le sommeil (certainement sous l’effet d’un certain nombre de drogues physiologiquement distillées en très grande quantité la veille ) je me suis hâtée doucement dès le réveil.

D’après les pages du guide, j’étais officiellement entrée dans la “Riviera du Levant” et je n’avais guère plus d’indications touristiques. Je découvre en écrivant ce billet que j’allais entrer sous peu dans le “golfe du Paradis”.

De manière générale, je ne suis pas du genre qui apprend par coeur et à l’avance “les trucs à voir et leur histoire”. J’aime garder un regard libre, c’est une main tendue pour l’émerveillement, les surprises, les lumineuses découvertes de “petits riens” et de fait j’évite les déceptions… Dépourvue d’internet et de toute source d’information historique, j’étais donc dans les conditions idéales pour “faire comme d’habitude”.

D’emblée, le paysage était TRES différent de ce qu’il avait pu être avant Gènes.

J’avançais tranquillement, je voyais des cartes postales et j’essayais de prendre des photos qui ne leur ressemblent pas, je n’étais pas du tout pressée. Le fait d’avoir dépassé le port qui m’inquiétait avait largement ouvert la porte vers Rome et j’étais certainement encore sous l’effet de drogues euphorisantes auto-produites. Le ciel bleu et le soleil étaient au rendez-vous.

La mi-septembre ayant éliminé la masse des estivants, la Riviera n’était que luxe, calme et volupté. (in “L’invitation au voyage” de Baudelaire “Là, tout n’est qu’ordre et beauté Luxe, calme et volupté”)

J’ai fait la pause déjeuner au pied de l’Abbaye de San Frutuoso dans un décor de rêve. J’ai rempli mon garde-manger dans la belle cité de Chiavari. Quand il m’a me semblé que cette petite journée touristique était suffisante après l’épopée de la veille j’ai visé la côte, juste derrière une pointe.

Emerveillée, enchantée, je me suis laissée subjuguer par ce que je voyais : au creux de la baie il y avait un village comme un bijou dans un écrin.

La lumière du soir ajoutait sa touche de magie. Comme j’avançais délicatement, sur la pointe de la pagaie, afin de ne troubler ni le calme, ni la surface de l’eau devenue d’huile, j’ai vu deux filles qui mettaient leur bateau (aviron) à l’eau. C’est vers elles que je me suis dirigée, c’est sur leur plage que j’allais dormir. J’ai été super bien accueillie!

Après une douche chaude, j’ai organisé mon nid sous les bateaux.

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Samedi 14 septembre 2013 : Sestri Levante – Porto Venere (île de Palmaria)

Dès le réveil, une pensée me traversa : il faudra bientôt que je demande à Michel de me préciser où est situé le milieu du parcours.

Il me semblait en être encore loin. Après moins de deux semaines d’aventures, j’avais encore du temps devant moi. D’après ce que m’avaient dit les « rameuses » de Sestri Levante, la journée à venir me promettait une nouvelle balade touristique.

Après un peu plus de deux heures d’avancée, la faim se fit sentir. Sous le regard d’une mouette j’ai pausé à Punta Rospo (Moneglia) et je me suis royalement offert un cappuccino en dessert.

J’ai contourné des caps, j’ai pagayé au loin de falaises abruptes. Partout, des villages sont sertis. Sur le velours émeraude, ils sont parfois rubis, parfois topazes… Arrivant en vue de Monterosso, il était temps de s’arrêter à nouveau. Je voyais au loin les “bateaux-navettes à touristes” longer la côte, je n’avais pas envie de m’approcher davantage, j’ai donc trouvé un coin « juste pour moi », heureuse une fois de plus de voyager avec ce drôle de navire qui se gare partout !

Loin du monde, tout à loisir, j’ai profité du paysage…

Malgré tout… Quelque chose me disais qu’il ne fallait pas mollir.

Quelque chose me disais qu’il fallait avancer sous le soleil.

De pointe en creux, de creux en pointe je traçais ma route, levant le nez souvent, ce sont surtout les falaises que je regardais.

Passer par ici ce samedi était une chance, c’était presque tout à fait calme. Le crépuscule se dessinait, les rochers commençaient à flamboyer. Je voyais les derniers bateaux me doubler, filer à la hâte vers leur abri. Ne sachant absolument rien de la configuration de la zone, je n’avais aucune idée de l’heure à laquelle j’allais arriver, je me faisais à l’idée de circuler de nuit.

Quelque chose me disais qu’il ne fallait pas bivouaquer dans une crique.

Quelque chose me disais qu’il fallait aller jusque dans un port… Et tout d’un coup, j’ai vu le château. On m’avait dit que c’était beau.

C’était magnifique.

Plus j’approchais et plus la magie opérait. Un dernier petit canot à moteur me doubla et je vis qu’il « rentrait » dans un “canal”, à cet instant j’ai compris, qu’il serait inutile de contourner la pointe, il y avait un passage, juste avant, au pied des remparts. Le passage fait 150 m de large à l’entrée, on a vraiment l’impression de rentrer dans un canal et à l’instant où on y est, après deux coups de pagaie, la baie s’ouvre et s’offre et c’est presque incroyable.

J’y suis arrivée au coucher du soleil exactement.

Fascinée, je suis entrée dans Porto Venere. Les lumières s’éclairaient et illuminaient le plan d’eau. Au loin, les villes côtières formaient un diadème scintillant autour des berges devenues invisibles. A gauche, l’île que je n’avais pas eu besoin de contourner (Je comprenais à ce moment que c’était une île) Il y avait de la musique dans toutes les guinguettes, sur tous les bateaux… Samedi soir oblige.

J’ai choisi de m’orienter vers l’île, vers une zone sombre d’où ne sortait aucun bruit. J’ai débarqué quasiment sous le panneau qui indiquait la zone de réserve naturelle. La nuit commençait à prendre le pas sur les derniers éclats solaires. J’ai pensé que le lendemain, je serai enfin orientée « comme chez nous », c’est à dire que le soleil se coucherait sur la mer… Je me suis endormie après avoir lu le SMS de Michel, faisant le point météo avec les prévisions pour le lendemain. Le calme avait envahi l’espace, le clapotis de l’eau sur la berge était presque imperceptible.

Dans le ciel clair, les étoiles s’allumaient une à une.

……

 

Dimanche 15 septembre 2013 : Porto Venere (Isola Palmaria) – Lerici (Club de voile)

Avant l’aube, dans l’instant qui précède le véritable réveil, j’ai perçu très nettement que la chanson des vaguelettes dans les galets n’était plus celle de la veille au soir.

Malgré l’abri de la végétation, de temps en temps la toile de tente s’ébrouait bruyamment, parfois, elle claquait sèchement.

Je pensais me laisser bercer encore un peu. Mais, je sentais bien que tout « ça » n’augurait rien de bon du côté de la météo. Michel avait écrit dans son SMS du soir : « Italie zone côtière 4, vent SW puis WSW 5 Bft localement 7 au sud de la zone, activité orageuse, mer assez agitée, houle de WSW 1,6 m. » (http://www.forumdesup.com/t8042p30-tous-les-chemins-menent-a-rome#87032) Donc…, sans attendre davantage, je passais de la somnolence à la vigilance totale. Attrapant la frontale d’une main, je l’allumais tandis que je tâtonnais de l’autre pour trouver la carte.

Dans le même élan, une évidence s’imposait : il fallait que je sorte de l’île au plus vite, pendant que c’était encore navigable. Je ne voulais pas prendre le risque de rester coincée toute la journée à cette endroit là.

Il y a un « truc » en Méditerranée que nous n’avons pas en Atlantique (en raison des marées), ce sont les digues protectrices. En Italie, il y a des digues pour protéger les plages afin qu’elles ne soient bordées que par des plans d’eau parfaitement lisses. Je découvrais que le guide de navigation signalait une digue en travers de la baie de La Spezia ; une digue longue de plus de 2km qui protège parfaitement la baie des vents de Sud et de la houle.

Pour « m’échapper » j’avais donc une solution : aller chercher la digue (vent portant), la longer à l’abri de la houle (et probablement bien coupée du vent) et une fois la baie traversée, profiter de l’abri de la côte pour avancer le plus loin possible. J’ai plié la tente bien humide. Je suis partie, au jour tout juste levant. Je ne me suis pas retournée. Le temps pressait. Le ciel était menaçant. Les lumières s’éteignaient une à une.

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Comme prévu, en longeant la digue de très près, j’étais parfaitement à l’abri. Parfois, les embruns éclaboussaient par dessus, mais la mer n’était pas encore très forte, le vent était environ 4bft, pas plus. Au fond, la ville dormait encore.

Comme prévu, l’échancrure de la côte « en face » m’apporta une bonne protection, la navigation était facile.

Une heure après mon départ, je passais San Terenzo.

En longeant les plages de Lerici, des plages comme toutes celles qui m’avaient accueillie jusqu’ici, je n’était pas convaincue, je ne m’y voyais pas « coincée » pour toute une journée. J’ai donc tenté le port, j’ai essayé entre les travées de bateaux, j’ai regardé partout dans l’espoir de viser un point où atterrir, histoire de passer la journée en ville. A ce moment, j’avais dans l’idée de retourner sur une plage, le soir, pour dormir. Je ne voyais rien de satisfaisant. Je me dirigeais donc vers la capitainerie, il semblait y avoir un recoin accueillant juste à côté.

J’ai amarré la planche à un bout qui pendouillait au ponton et j’ai débarqué.

Un homme s’affairait au milieu des « Optimist » et autres dériveurs rangés, empilés en bon ordre devant un atelier. L’heure était matinale et le quai, déjà balayé par les bourrasques, était quasi désert.

Ayant toujours reçu un bon accueil dans les clubs de voile, je m’approchais hardiment.

« Bonjour, parlez-vous anglais ?

– Oui, un peu.

– Je viens de Marseille avec la planche là-bas (je lui montrai du doigt ). Cette nuit j’ai dormi sur l’île Palmaria, à Porto Venere, j’arrive ici et je pense que la météo n’est pas très favorable pour aller plus loin…

– Vous êtes partie de Marseille, avec “ça” ?… ?…(un grand sourire) Soyez la bienvenue, je parle français aussi (…) »

Son français était excellent, nous avons bavardé, parlé bateau et navigation… J’ai su en fin de journée que c’était le président du club de voile. Il se préparait en vue d’une régate d’habitables. Les Sociétaires de ce club très huppé sont de véritables marins, ils ont participé à la régate, dans les conditions bien mauvaises de ce dimanche, entre les averses “comme vache qui pisse” et les rafales qui parfois montaient à 30 noeuds (donc le 7 bft annoncé…)

Et voilà comment, après un cappuccino d’accueil au club house, après une douche chaude, habillée en tenue de ville et correctement chaussée, je suis partie à la découverte de la citée avant que le ciel ne nous tombe sur la tête pour de bon.

Bienveillants, les “marins” et leur président décidèrent qu’il ne fallait pas que je parte dormir sur la plage, que je pouvais très bien dormir dans le Club-House… L’idée était plaisante, il fallait seulement trouver une solution pour que je puisse partir le lendemain (je déteste me sentir enfermée et le Club semblait pouvoir se fermer comme un coffre-fort ) Finalement l’affaire fut conclue, il y avait une sortie de secours… Il fallait seulement que je sois prudente pour que la porte ne claqua point avant que tout mon matos ne soit dehors!

Top là!

Sur la verrière, les toiles claquaient, dans le port le cliquetis des haubans restait constant. Des flaques sur le carrelage témoignaient de la puissance des grains du jour. Je vidais mes sacs. J’étalais tout ce qui pouvait l’être. Je vérifiais. N’étais-je pas environ à mi-parcours ? (et oui… J’avais acheté une carte un peu plus lisible… )

La nuit était là. J’espérais fort ne pas moisir ici…

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Tous les chemins mènent à Rome – 2 – Le voyage

Auteur : jade paddle surf 44. Posté dans Récits

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Avant le départ, aucune étape n’avait programmée, je me suis arrêtée quand j’en avais envie ou quand le vent me forçait à le faire.

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Lundi 2 septembre 2013 : prologue Marseille-Marseille

Le soleil était au rendez-vous, aucun vent mauvais n’était annoncé, il était l’heure de goûter l’ambiance de la Méditerranée en visitant Marseille côté mer.

J’ai découvert ce lundi matin une promenade inhabituelle : rentrer dans Marseille par la mer offre un point de vue absolument différent et magique. Il restait les sacs à préparer.

Il restait à prendre une décision quant à la pagaie qui ferait les kilomètres en ma compagnie…

Mais auparavant, il fallait que je monte sur la colline comme le faisaient certainement ceux qui prenaient la mer à l’époque où il n’y avait ni GPS, ni météo marine officielle, il fallait bien s’en remettre au ciel, n’est-ce pas? Donc, j’ai suivi leurs pas et je peux vous assurer que la lecture de quelques uns des milliers de “ex-voto” placardés sur les murs de “La bonne mère” mérite le détours.

Puis vint l’heure du repas, puis vint l’heure d’aller dormir. Mardi serait le jour du départ : une calanque à Marseille, au lever du soleil, nous ne savions pas encore laquelle Demain était à vivre…

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Mardi 3 septembre 2013 : Marseille (calanque Morgiou) – La Seyne-sur-mer (plage du Jonquet)

Le vrai départ était enfin au bout de ma pagaie. Un signe de la main, quelques coup de pagaie plus appuyés… je vois le “compagnon de départ – photographe” courir sur le chemin comme un gamin,  profitant encore de l’abri de la calanque, je me réjouis de ce moment partagé. Puis, je rentre dans le soleil, je tourne vers l’est, vers l’inconnu… C’est parti. Le massif des calanques m’impressionne beaucoup moins vu d’en bas que parcouru à la marche. Je n’ai pas la tête à m’y attarder et puis, j’ai le soleil de face : plus j’avance, plus il s’élève Cassis est déjà passé, la couleur des roches tourne au rouge.

IMG_0490   Un sandwich vers 11 h à La Ciotat, Mini-sieste vers 13h dans la crique de Port D’Alon (Saint-Cyr-sur-mer) Ayant tourné le cap Sicié j’ai aperçu pirogues, SUP et kayaks. Visiblement il y avait un “club de pagaie” dans le coin. Mon “soucis” du moment était entièrement contenu dans le plein de ma réserve d’eau et je cherchais non seulement un endroit pour dormir, mais surtout un endroit où je pourrai avoir de l’eau. C’est un kayakiste qui m’a donné l’information : il y a une source sur une plage. Il fallait que je retourne un peu en arrière, mais ça valait le coup, l’idée d’une plage “juste pour moi” était absolument plaisante et réjouissante. IMG_0496

Premier bivouac : après avoir grignoté, après un rinçage à la source, je me suis glissée dans le duvet. Demain, le beau temps serait au rendez-vous.

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Mercredi 4 septembre 2013 : La Seyne-sur-Mer (plage du jonquet) – Bormes les Mimosas (Ilot de Léoube)

Comme d’habitude lorsque je dors dehors, c’est la caresse de la nuit blanchissante qui me réveilla.

Le premier réflexe fut de tester chacun des muscles utilisés la veille, et émerveillée je ne trouvais qu’une machine bien huilée, sans la moindre douleur, déjà impatiente de recommencer!

Seule, une petite cloque sur la lèvre me rappelait que j’étais dans le sud, que le soleil était encore brûlant et qu’il était indispensable de s’en protéger.

Le rituel du matin pouvait commencer. L’année dernière, je comptais une heure entre le réveil et mon départ sur l’eau, il en fut de même cette année. Un seul matin j’ai souhaité “faire vite” et je n’ai pas “gagné” plus de 10mn sur cette heure d’avant départ. Il s’agit de manger, bien au chaud dans le duvet.

Allongée, comme une princesse, je pioche dans le sac à provisions ce qui me fait plaisir, au choix et avec ou sans mélange selon le jour : pain, amandes, noisettes, pomme, miel, fromage. En même temps (un peu comme à la maison où je petit-déjeune devant l’ordi  ), je feuillette le programme du jour dans le guide, imaginant les trajectoires possibles et l’objectif envisageable en fonction du point météo que Michel m’a envoyé dans la nuit par SMS. Puis, vient le moment “fille” où je prends soin de “moi”, tartinage de la peau avec la crème qui va bien, lavage des dents, démêlage des cheveux. Ensuite et TOUJOURS dans cet ordre (oui, des fois je suis psycho-rigide  ) : ouverture du bouchon de dégonflage du tapis de sol, habillage, bourrage du duvet dans son sac, pliage de l’oreiller dans son sac, roulage du tapis de sol, enfournage des sacs dans les sacs étanches que je balance alors dehors, etc… Quand il ne reste que “moi-je” sous la tente, il y a une petite chanson qui chante “comme on fait son lit on se couche” et alors, je “balaie” consciencieusement l’intérieur de la tente, histoire de la re-trouver impeccable (en tout cas sans miettes et sans sable) le soir prochain Bon… Ca c’est dit!

La visite de Toulon ne me paraissant pas nécessaire, j’avais décidé de tirer “tout droit” en direction de la Pointe des Oursinières, ce que je fis sans me soucier de la distance.

Après avoir dépassé Saint-Mandrier, un étrange paysage s’offrit à mes yeux avec d’énormes plots flottants parsemés dans la baie, je n’avais jamais vu pareille installation. Un kayakiste étant à la pêche (donc à l’arrêt), j’en ai profité pour le questionner et découvrir que c’était un balisage pour les bateaux militaires et autres gros navires. Je lui ai aussi demandé si la navigation de nos frêles engins était parfois sanctionnée dans le coin, ce à quoi il répondit que jamais personne ne lui avait fait la moindre réflexion… So… go, go, go et avec bonne conscience, en plus!

Je me suis arrêtée au Port des Oursinières pour acheter un sandwich. Il était tôt et rien n’était prêt… Dans un bristot, je me suis offert un café, j’ai acheté de l’eau et devant mon air dépité de ne rien trouver à manger, le gars m’a vendu le pain-bagnat qu’il avait acheté pour son propre casse-croute… et “à prix coutant” m’a t-il précisé.

De la pointe des Oursinières, j’ai tiré “tout droit” en direction de la pointe de la presqu’ile de Giens… C’est beau ce coin là, mais ça circule un max une fois sur la pointe et le ressac est vraiment pénible, et ensuite il faut aller vers la côte, donc vers le nord… Et moi, je n’avais de cesse que d’aller vers l’est, vers l’Italie… Les sentiments se mélangeaient, la fatigue montait quand j’atteignis enfin de l’eau plus calme.

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C’est en arrivant à L’ilot de Léoube que j’ai trouvé le mini-espace parfait pour un bivouac tranquille et lumineux. Après cette longue deuxième journée, je ne me lassais ni du calme, ni de la beauté de la nuit qui prenait possession du temps.

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Jeudi 5 septembre 2013 : Bormes-les-Mimosas (Ilot de Léoube) – La Croix Valmer (Cap Lardier)

Après une nuit “moyenne”, le troisième jour se profile.

Le “troisième jour”, dans mes expériences de trip, c’est comme le cinquième kilomètre en marathon, le dixième kilomètre sur les ultra-longues distances, le 500m sur le 5000m ou la première bouée sur une course technique en SUP  , c’est un passage difficile. C’est “le” moment où je me demande ce que je suis allée faire dans la galère. Je sais qu’il faut passer de l’autre côté pour que tout rentre dans l’ordre Il est évident que le changement des habitudes se fait sentir seulement à partir du troisième jour… La nuit avait donc été moyenne avec des fourmillements dans les mains et des épaules un peu meurtries par le passage dans le ressac de la veille. Il fallait trouver “la” bonne position et avant de sombrer dans un profond sommeil récupérateur, j’ai passé pas mal de temps à me tourner et me re-tourner.

Le matin fut lumineux.

La matinée était tranquille. De crique en crique, je passais devant certains “hauts-lieux” de l’estivage huppé. Au fur et à mesure que le soleil s’élevait, la brise s’affirmait. Elle s’affirmait d’Est, donc de face, levant un clapot qui ne pouvait glisser sur ma planche puisque le sac de devant le stoppait, rendant ma progression un peu plus heurtée à chaque coup de pagaie…

Un véritable “troisième jour”, donc… Celui-là même qui contribue à perpétuer mon ressenti négatif de ce foutu “troisième jour”. Sur une des plages du Canadel, j’ai fait la pause déjeuner.

Tranquillement, en ronchonnant souvent, en suivant comme autant de points de suspension les villages connus accrochés aux collines, je suis arrivée à Cavalaire, je me suis reposée à La Croix-Valmer.

Là, j’ai appris que la commune faisait partie des communes “du golfe de Saint-Tropez”… J’avais donc atteint mon objectif du jour et ce n’était pas si mal. Après un copieux sandwich, après une belle conversation avec un passant, j’ai repris la pagaie à la recherche d’un bivouac.

C’est dans les plis du Cap Lardier que j’ai découvert un abri paisible, loin du sentier de randonnée et du passage des promeneurs J’ai installé la tente sur un épais matelas de posidonies et j’ai posé la planche côté montagne, sur les éboulis…

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… M’endormant rapidement et profondément…

… C’est alors qu’un grognement caractéristique me réveilla.

Sans avoir besoin de regarder, je voyais l’image d’une hure s’approchant. Avant d’avoir pu l’illuminer, j’ai entendu le demi-tour et le frottement (tout aussi caractéristique) de l’animal qui déguerpit à toute hâte dans les broussailles. Comme il ronchonnait, le pauvre! Poussant à fond l’anthropomorphisme, je dessinais rapidement et mentalement un mini-court métrage : tandis qu’il venait comme tout les soirs sur “sa” plage, voilà qu’il y trouvait un touriste, plus moyen d’être tranquille!

Je pense que la planche a dû le surprendre, à moins que mon odeur de fauve douchée à la lingette bio ne l’ait repoussé … Et j’ai replongé dans le sommeil.

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Vendredi 6 septembre 2013 : La Croix-Valmer (Cap Lardier) – Saint Aygulf (plage de Saint Aygulf)

Cette étape là était par avance particulière : elle me permettait de regarder “côté mer” un espace souvent parcouru “côté sentier”, c’est dans ce coin que se court la SUP Race Cup, c’est dans ce coin qu’il FAUT rester dans les 300m, c’est dans ce coin que j’ai découvert le plaisir de monter sur une planche, etc, etc…

Ce matin là, j’ai bien regardé l’aspect des broussailles qui dévalaient la pente et en regardant TRES attentivement, j’ai bien vu qu’un passage se dessinait, de ces passages animaliers presque imperceptibles…

Joyeusement, j’ai pensé que je ne laissais pas de trace derrière moi, une odeur certainement (mais pas un parfum entêtant de molécules chimiques de grande marque, non, une odeur “animale” seulement détectable par les animaux) un matelas de posidonies à peine tassé, aucune empreinte, aucun déchet. Chaque jour je suis arrivée sur un bivouac, chaque jour j’en repartais, en silence et presque sans traces, ce fut chaque jour une délicieuse expérience.

L’eau était parfaitement lisse dans le coin abrité qui m’avait accueilli, elle dansait sous le soleil levant une fois la pointe tournée, elle clapotait sous le vent d’est et se désorganisait sous l’effet du ressac à chaque passage de cap, mais sans heurt pour mes petits bras. Une seule question accaparait mon esprit “Comment allais-je traverser ce foutu golfe de Saint-Tropez, cette voie à grande circulation de yacht rapides et énormes ?” De fait, en suivant des yeux les trajectoires des bateaux, j’ai trouvé l’emplacement du chenal et de leur passage. Je savais qu’il me faudrait être prudente en le traversant mais qu’il n’y avait pas de risque ailleurs… sinon celui de me faire remonter les bretelles à cause des “300m”…. Mais d’expérience, je savais déjà que les patrouilles patrouillent plus volontiers près de la foule qu’au milieu de nulle part. Force est de constater, qu’il n’y a jamais personne “au milieu”. “Finger in the nose”, je suis arrivée “en face” pile poil en vue du trajet de la longue distance de la dernière SUP race Cup.

Intrépide, je n’ai pas cherché à m’approcher du bord et j’ai piqué en direction des Issambres. Là-bas, j’ai fait quelques emplettes au supermarché du coin avant de commencer à chercher une plage pour dormir.

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Samedi 7 septembre 2013 : Plage de Saint-Aygulf – Antibes (Club Nautique)

Pour pouvoir dormir à proximité d’une piste de danse, il a bien fallu que j’arrive à fermer mes oreilles avant de réussir à fermer l’oeil, et puis, le silence a fini par envahir la plage. C’est parfaitement reposée que j’émergeai de ma « chambre »  après l’aube de ce 5ème jour. Il faut bien avouer que mon avancée n’était jamais très notable le matin. En fait je ne devenais réellement efficace qu’une fois le soleil au zénith, étant régulièrement en manque de carburant dans les premières heures de la journée. Je me suis adaptée : en premier, j’ai mis un tube de lait concentré dans le sac à dos (En passant aux Issambres, j’ai fait un stock!) ce qui permit, à partir de ce moment de combler « les coups de mou ». Dès que je sentais mon coup de pagaie devenir un « automatisme inutile qui n’avançait à rien » c’est qu’il fallait remettre du « pétrole ». Ensuite, j’ai trouvé un rituel pour marquer le temps d’une pause : coincer la pagaie le long des sacs, m’agenouiller, détacher le sac à dos, sortir le tube de nectar, l’ouvrir, m’en délecter, le refermer, le ranger, remettre le sac à dos, prendre une photo, décoincer la pagaie, me redresser et hop… repartir avec un tonus tout neuf. A la réflexion, j’ai toujours fonctionné ainsi, avec des rituels qui donnent la cadence et des jeux qui provoquent l’improvisation.

Ce samedi, le jeu consistait à solliciter des gens sur l’eau afin qu’ils me photographient. (je vous fait grâce des subjonctifs imposés par la concor-danse des temps). Sur la Riviera, en ce samedi de fin de l’été, l’ambiance est encore à la parade. Il y a des bateaux qui vont et viennent, tout droit, surtout en restant proche de la côte, dans un ballet incessant. Je n’ai pas compris s’il s’agissait de participer au concours de la plus grosse vague ou à tout autre chose. Un sentiment m’effleura : circuler avec ma planche et son chargement au milieu de cet étalage ne relevait-il point de la gageure? Non… J’étais super tranquille, j’avais ma place au soleil! D’ailleurs, pour le goûter, je n’hésitai pas à m’installer dans la piscine d’une résidence (qui me semblait fermée et où les caméras de surveillance ne surplombaient pas la plage… Pas complètement folle, noméo!)

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Cependant, quand vint l’heure de chercher une jolie place pour planter ma tente, force était de constater que les places étaient chères et escarpées. Rançon du luxe… En contournant le Cap D’Antibes, j’ai vu apparaître une dame en SUP gonflable. C’est elle qui se précipita à ma rencontre au point que j’ai un instant imaginé la connaitre, mais non… Le ressac l’agitait et hop, arrivée à ma hauteur, c’est avec un “plouf” qu’elle me salua d’un grand sourire, tout juste ébrouée, accrochée au travers de son support… J’avais faim de gourmandise, donc je lui demandais où “trouver ça” et où “trouver la place pour dormir” dans cette zone un peu particulière. Immédiatement, elle me donna les deux réponses : il y avait “là-bas”, “à environ une heure pour moi” une pâtisserie exceptionnelle et juste à côté un club de voile “où les gens sont super sympa”… Direction là-bas! Fin d’été et week-end sur la Riviera, nuit sonore bis repetita…

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Dimanche 8 septembre 2013 : Antibes (Club Nautique) – Roquebrune-Cap Martin (crique juste avant la plage du Golfe bleu)

Le 8 septembre, quand je pose ma planche sur l’eau, Antibes semble encore profondément endormie.

La vie qui s’était poursuivie très activement pendant la nuit semble figée et un ciel lourd ajoute son couvercle à l’ambiance. La veille, un des adhérent du club avait tendu le bras en direction des lumières de l’aéroport de Nice en me disant que je devais viser là-bas, que le seul truc auquel je devais faire attention était le courant de la rivière qui débouche juste avant, ajoutant que nous n’étions cependant pas en période de fonte des neiges…

Tout était beaucoup moins clair une fois passée l’illumination nocturne. Il faut dire que depuis Cannes, j’évoluais en terre inconnue, absolument inconnue.

Bien évidemment, l’autoroute nous avait déjà plus d’une fois conduits d’un point à l’autre, mais circuler sur l’autoroute ne permet pas de “connaitre une région”, pas plus que traverser Paris en métro ne permet de connaître Paris. Des noms s’impriment dans ma mémoire sans se relier sur mon GPS interne, je suis incapable de les placer dans un ordre géographique (c’est à dire sur une carte, c’est à dire de les orienter les uns par rapport aux autres). Je ne “connais” une région qu’après l’avoir parcourue à pied ou à vitesse réduite (amusant d’écrire “vitesse réduite” pour signifier “vitesse humaine”, c’est à dire vitesse physiologiquement humaine/animale… Bref… )

Donc, ici commençait vraiment mon “voyage en terre inconnue”, sans guide. Je devenais “exploratrice” et l’expédition grimpait d’un cran au niveau des sensations, lesquelles se trouvent exacerbées par l’excitation de la découverte, l’absence de repères, l’inconnu au bout du regard.

Je vise ce que je pense être l’aéroport de Nice. Je ne cesse de lever le nez pour regarder monter le grain. J’avance en zig et en zag. Le vent monte d’un cran, le grain se précise. Je m’étonne de la présence d’un voilier qui sort du port, au loin… Pendant ces quelques jours de navigation en Méditerranée, n’ai-je pas constaté que le meilleur indice météorologique de “mauvais temps” est l’absence de bateaux sur l’eau? Le voilier envoie son spi…

Voilà, je suis rapidement rassurée quant à “ma” prévision : le grain arrivant sous son propre vent, le spi se met impeccablement en tire-bouchon, sans faire un pli, pour ainsi dire! Je vois bien que “ça” s’agite à bord, mais sans effet sinon une dérive impressionnante.

Je vise la plage la plus proche, la plus logique par rapport à la direction du vent et à ma direction prévue… Je n’ai pas vraiment l’intention de retourner au Club Nautique… Je mets pied à terre sur la plage de “Marina baie des anges”.

Sous des gouttes aussi grosses que des flaques, je trimballe planche, pagaies et sacs le plus haut possible, je monte la tente en un clin d’oeil, j’y balance les sacs (non sans avoir désespérément tenté de les rendre moins humides) et je me coule à l’abri. J’enlève mon linge trempé, j’enfile mon pyjama bien sec et je me glisse dans le duvet : grasse matinée du dimanche…

Inutile de vous expliquer le bonheur de l’autonomie : à ce moment précis, je suis la femme la plus heureuse de la terre. La pluie tambourine sur la toile, l’orage gronde et je suis bien à l’abri, j’ai de quoi boire, j’ai des vivres, “tout” est simplement “bien”.

Je me suis endormie.

Au tintamarre de la pluie battante ayant succédé une chanson douce, j’ai émergé et j’ai “ouvert ma fenêtre” sur ce paysage. Il est déjà plus de midi… Tranquillement je me prépare à repartir, je sens que “c”est fini”, ne me demandez pas ni pourquoi ni comment, je ne suis pas du coin, mais je vois bien l’arc-en ciel au bout de la digue!

13h30… Départ n°2, au milieu d’une régate d’habitables, lesquels avancent de millimètre en millimètre dans la pétole qui suit le grain.

Je longe l’aéroport de Nice, pensant en filigrane à ce que me promet celui de Genova (dont je ne connais rien d’autre que l’infinie longueur annoncée de digue bétonnée), je saute la baie de Nice, puis celle de Villefranche. J’accoste les rochers de Saint-Jean Cap Ferrat, utilisant l’anneau d’une propriété privée pour amarrer mon navire et faire une pause goûter.

Monaco n’est plus très loin, un paquebot en sort. J’ai bien aimé l’ambiance monégasque, les grands voiliers et les canots brillants en bois vernis, une ambiance de cinéma, mais tranquille, presque sans vagues. Je ne compte pas les saluts de la main et les sourires lumineux qui ponctuèrent mon passage… C’était étonnant par rapport à ce que j’avais croisé dans les autres “zones à grande circulation”… Enfin

… Back in France… Une jolie crique sous la ligne de train m’accueille avec douche et tout le confort dont j’ai besoin (sèche-linge, etc…)

Demain… L’Italie sera au bout de la journée.

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Tous les chemins mènent à Rome – 1 – Le matériel

Auteur : jade paddle surf 44. Posté dans Récits

Après avoir suivi le cours de la Loire, de la source à la plage, parcourant plus de 1000 km en SUP, seule et en totale autonomie lors du mois de septembre 2012  (+ une centaine de km à pieds du Mont-Gerbier-des -Joncs jusqu’au Puy-en-Velay où attendait la planche de SUP), joelle est repartie en septembre 2013. Avec quelques bagages pour assurer son autonomie, en solitaire, elle a rallié Marseille à Rome. Voici son récit, attachez vos ceintures, il y en a pour trois semaines !

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Tous les chemins mènent à Rome – Trip SUP – Septembre 2013

En préambule, j’ai envie de présenter le matériel que j’ai utilisé. Ceci, afin de montrer que s’il est nécessaire de disposer d’un budget pour partir en vacances, un mini-budget est suffisant pour passer des vacances extra-ordinaires.

– Une planche BIC WING 12’6 achetée l’année dernière et sur laquelle des inserts supplémentaires avaient été fixés avant le trip 2012 (De la source à la plage 1000 km sur la Loire)

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– “Ma” pagaie Kialoa, complice de milliers de kilomètres depuis que je l’ai entre les mains (depuis le jour de la fête des mères 2011)

– “Ma” pagaie de pirogue, emportée en “pagaie de secours” pour le cas ou la Kialoa carbone aurait cassé.

– Deux sacs étanches : que contenaient-ils donc ?

1- Armement de sécurité pour mon engin de plage insubmersible et increvable : Un gilet d’aide à la flottaison, un flash-light, un bout de remorquage, un téléphone (avec abonnement complémentaire Europe), de l’eau à disposition pendant la navigation, du concentré d’énergie à disposition pendant la navigation, un leash, et la pagaie de rechange sus-citée.

2 – Matériel de protection : un câble bricolé avec cadenas afin de pouvoir “abandonner” tranquillement mes affaires sur la plage le temps d’aller faire des emplettes, une veste néoprène pour les matins frais, un blouson coupe-vent pour couper le vent, de bonnes lunettes solaires et de la crème solaire a priori non cancérigène

3 – La haute technologie embarquée dans des boites étanches alimentaires : téléphone portable éteint pour économiser l’énergie (et sans accès à internet) APN waterproof et antichoc CANON, câbles assortis, chargeur solaire pour rester autonome, couteau suisse, frontale, scotch à tout faire.

4 – De quoi assurer mon autonomie alimentaire : 5l d’eau potable, des amandes, des noisettes, du pain, du fromage. J’ai acheté le complément au fil de mes besoins : une pomme par ci, du raisin par là, des tomates, des bananes, du soda et des bonbons réglisse pour le plaisir.
Un grand merci à tout ceux qui m’ont préparé et offert des sandwiches en passant.

5 – De quoi dormir : j’ai profité des soldes pour acheter une tente couleur sable volcanique (à la place de la tente couleur feuillage de l’année dernière), j’avais emporté un sur-sac okazou il aurait été impossible de monter la tente, j’avais un tapis de sol et duvet. Afin d’être absolument certaine d’avoir un duvet sec, il était dans un sac étanche à l’intérieur du sac étanche… Sait-on jamais

6 – De quoi être TRES confortable : un pyjama, du matériel de toilette, des lingettes pour la douche quand il n’y avait pas de douche, un oreiller. Sérieusement, le confort c’est TRES important et sérieusement, avec ça, j’étais la reine du bivouac au long cours!

7 – Les indispensables : mes lunettes “pour lire”, l’attestation de la FFS (elle a bien servi, plus d’une fois, au moins elle prouvait que je n’étais pas complètement allumée et que le trip était préparé…), les feuilles d’un célèbre guide de navigation correspondant à mon trajet, la carte bancaire et de l’argent liquide, des fringues “normales” pour le retour. Pour la navigation j’avais deux shorts et deux tee-shirts. Je n’ai pas utilisé les maillots de bain…

Voilà, voilà…

Ah oui, j’avais un flacon d’HE et 10cm de sparadrap à découper en guise de trousse à pharmacie  et bien entendu le couteau suisse (pour couper la sparadrap, of course!)

Jade Paddle Race 2014, la synthèse

Auteur : jade paddle surf 44. Posté dans Blog, Jade Paddle Race

 

Le week-end du 26 et 27 avril 2014, l’Association organisait la Jade Paddle Race.

Par rapport aux années précédentes, il fallait prendre en compte le gros coefficient de marée et accueillir au mieux un nombre croissant de participants. La Fédération Française de Surf  nous ayant fait confiance en nous accordant la première étape de Coupe de France SUP race jamais organisée, tous les bénévoles étaient sous pression.

Côté météorologique, après un mois de “grand beau”, l’anticyclone s’effondrait progressivement, une forte dépression était à l’horizon et tout en croisant très fort les doigts pour essayer de contrer les prévisions, nous cherchions toutes les solutions envisageables pour que le week-end ne tombe pas à l’eau, pour que toute l’énergie déjà dépensée ne l’ait pas été en vain…

Ce fut certainement utile.

Grâce à la réactivité de la municipalité, dès le vendredi soir, nous prenions la décision de déplacer l’ensemble du site de compétition vers le fond du port du Cormier. C’est un abri naturel qui a longtemps été utilisé par les pêcheurs.

 

port du Cormier autrefois 

Nous savions que c’était le meilleur endroit pour évoluer avec les fortes rafales de Sud Ouest annoncées. La forte marée devenait notre alliée en recouvrant rapidement toute la zone. Le fond de la baie prenait alors l’allure d’un théâtre et la succession des courses offrait aux nombreux passants un spectacle de qualité.

 

le site

 

Coté sportif, nous avions la chance d’avoir Eric dans la course. De passage à la maison entre la World Cup et le Championnat du Monde  il pouvait, une fois de plus, affronter ses adversaires sur la plage de son enfance. Dix sept adhérents JPS44 étaient présents pour en découdre à côté du champion. Certains découvraient la compétition, certains étaient plus habitués à l’eau plate qu’à l’océan, certains étaient très entraînés, d’autres moins mais tous venaient pour passer une bonne journée.

La Course Technique se disputa en deux séries suivies d’une petite et d’une grande finale. A la mi-temps, les courses enfants et le Challenge Bic se déroulèrent dans la bonne humeur le long de la falaise, dans la zone la mieux abritée. 

 

course Bic

 

Le vent montait inexorablement.

Cécile, après une âpre bataille sur les trois tours de la finale filles, termine sur la deuxième marche du podium. 

Dans la petite finale, sur trois tours, tandis que les plus prudents et les moins aguerris préféraient profiter du spectacle, nos “grands masters/kahunas” William, Jean-Baptiste, Patrice, Yannick  tiraient leur épingle du jeu au milieu de la tempête. Vincent, lui, a pu juger des énormes progrès accomplis en mer en bouclant le parcours, tandis que Christophe n’osant pas forcer sur son genou encore fragile préféra abandonner avant la fin.

Benoit s’étant qualifié pour la Grande Finale termine à la 27ème place après cinq tours d’efforts.

Eric l’emporte en surfant magistralement chacune des vagues qui s’offraient sur son passage.

 

Eric

 

Nous noterons l’exploit de l’équipe Handi’Vision qui participait à sa première course de SUP. Sébastien guidé par Apehau n’a pas boudé son plaisir en participant à toutes les courses de la journée. Sportif de haut niveau, il a physiquement facilement surmonté les conditions extrêmes, avouant cependant, que c’était mentalement épuisant pour lui qui ne voit pas les vagues… Nous sommes vraiment heureux de compter Seb et Apehau parmi les licenciés JPS44!

 

Seb

 

Dans la soirée, toute la troupe des concurrents et des bénévoles se retrouva pour discuter autour d’un verre et partager le banquet. Il nous restait à prendre une  décision au sujet de la course de Longue distance prévue  le lendemain. Notre ami Florent, le sage  marin, s’exprima de manière laconique : “sortir par 40 noeuds, c’est pas sérieux” . La course fut annulée.

De très belles images sont publiées en souvenir de cette Jade Paddle Race 2014 :

Album avec les photos de Catherine Sorin

Album avec les photos de Michel Terrien

…..Et toute l’équipe Jade Paddle Surf 44 imagine déjà l’édition 2015!