Archive for juillet, 2014

Randonnée Redon-Arzal

Auteur : jade paddle surf 44. Posté dans Récits

4 mars 2014   Après cinq semaines d’hiver gris, plusieurs tempêtes sombres et des pluies incessantes, le soleil est revenu. Même les oiseaux semblent plus légers.

Pierre envoie un message : « Le week-end s’annonce ensoleillée, et franchement, je ne pense qu’à ça depuis avant hier quand la météo s’est précisée, faire une belle journée SUP à la découverte d’un nouveau spot. Mayenne, Vilaine, Sèvres… je ne sais pas encore… est ce que cela te dirait? Par exemple une rando avec pique nique? Départ à la fraiche le samedi matin, dépose d’une voiture en aval, et une autre caisse en amont…on pourrait proposer le trip à d’autres… voila voila. »

 Ni une ni deux, l’idée d’une journée complète en SUP me tente vraiment, nous tombons d’accord pour faire le trajet Redon-Arzal sur la Vilaine, le dimanche. 

Je propose l’aventure aux adhérents les plus entraînés sur longue distance. Le lendemain, nous sommes cinq partants, c’est parfait pour partager une belle journée au long cours.

Deux jours après, Pierre envoie un message dépité : il a le dos bloqué, impossible de pagayer !

Je suis triste à l’idée de faire la randonnée sans lui, c’était son idée. Mais, Le soleil est si doux, si tentant. Et, il me semble impossible de décevoir ceux qui ont organisé leur week-end en fonction de la balade, rendez-vous est donné : dimanche 9h15 au niveau du Barrage d’Arzal

Nous chargeons une voiture et hop, c’est parti en direction de Redon. Malgré les bonnes rafales annoncées, personne n’a envie de raccourcir le trajet : nous sommes motivés pour faire les 40 kilomètres prévus.

 En passant sur le vieux pont, nous jubilons, il y a du jus ! 

En arrivant sur le parking du club d’aviron, nous sommes fraichement accueillis sans le moindre salut « Le ponton est privé, j’ai votre numéro de voiture, s’il y a le moindre problème, je vous retrouverai »

Oups…

Etant naturellement tranquilles et peu enclins à polémiquer, nous obtenons un peu de bonne grâce et comme je remercie le gentil homme de bien vouloir nous prêter « son » ponton afin que nous gardions les pieds secs, il tourne les talons avec un haussement d’épaule « De toutes les manières avec vos « paddle » (sic) vous aurez les pieds mouillés » Inutile de commenter.

Sylvie gonfle déjà sa planche, nous nous préparons.

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Nous sommes à proximité du vieux pont, la Vilaine dessine de grosses marmites, c’est certain, nous allons décoller à toute vitesse et cette idée me réjouis. 10H45, c’est le départ.

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 Les premiers kilomètres défilent très vite : 8 km en 45 minutes jusqu’à Rieux et son « château », un tas de ruines surmonté d’un tas de bois. 30 minutes et 5 km plus loin, c’est le pont tournant de Cran et l’envol des pigeons.

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Vient alors une longue portion plate et méandreuse. Le vent de sud se charge de faire varier notre tempo au gré des virages : tantôt de face, tantôt de côté, parfois dans le dos.

Pour certains, la faim commence à se faire sentir. L’idéal selon Jean-Baptiste serait de trouver un ponton pour accoster et un banc pour s’asseoir. Après trois kilomètres, je vois que devant “ça” accélère franchement : un port est à l’horizon… A taaaaaable !

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Après une heure de pause nous repartons pour la plus jolie partie de la promenade. Seul problème, le vent a forci et quand la falaise ne le coupe pas, il balaie la rivière de violentes rafales, soulevant un clapot de face qui ralenti notre avancée.

Heureusement, le paysage est magnifique et il y a toujours un virage au loin. Nous organisant nos efforts, alternant un pagayage très sportif dans les rafales avec des temps de progression bucolique à l’abri d’Éole.

Nous passons sous le pont de la quatre voies, à l’endroit même que je regarde chaque fois que ma route me conduis en voiture vers la Bretagne.

IMG_0852 Puis, c’est le pont métallique de La Roche-Bernard, le port, la ville…

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Nous sommes alors parfaitement à l’abri du vent. L’environnement est majestueux. Nous profitons de la douceur de l’air, de la lumière paisible, le courant nous porte un peu, nous ne sommes plus très loin de l’arrivée.

Quelques voiliers sont en goguette sur le plan d’eau qui s’est élargi, nous imaginons le trafic estival et nous apprécions le calme incroyable de la journée. Nous sommes le 9 mars et encore officiellement en hiver…

Un dernier effort s’impose en vue du part d’Arzal, quand le vent nous assaille à nouveau. Mais le port est en vue et la fatigue qui guettait s’efface.

 Nous posons pieds sur la cale, sous la capitainerie. 

Il est 17h30. Une belle journée de SUP s’achève.

Tous les chemins mènent à Rome – 5 – Le voyage

Auteur : jade paddle surf 44. Posté dans Récits

Lundi 23 septembre 2013 : Ansedonia – Tarquinia Lido

Là-bas, au sud, mon arrivée se précisait.

Tous les obstacles semblaient passés. Je ne doutais quasiment plus de pouvoir y arriver. Dans certains scenarii pessimistes, je m’étais même convaincue qu’arriver à Civitavecchia (le port des paquebots à destination de Rome) serait satisfaisant … et Civitavecchia était à portée de pagaie, donc Fregene était un objectif raisonnable pour la semaine qui s’ouvrait.

Pour commencer, il fallait viser la cheminée rouge et blanche d’une centrale électrique. Peu ou prou, je m’avançais inexorablement vers un retour à la civilisation Une plage était située au pied de la centrale dans une dernière crique juste avant une mini pointe, puis des barbelés signalaient la zone industrielle. Au pied de l’immense cheminée, les bâtiments clignotaient, sifflaient, ronchonnaient… Enfin, s’ouvrait une plage de sable noire, couverte de cadavres aux troncs blanchis.

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En ne regardant que le côté plage, en coupant bâtiments, cheminée et barbelés, la vue avait un certain charme Il faisait une chaleur torride sur ce sable noir, je n’ai pas traîné plus que le temps d’une photo. S’ensuivit “Un long cheminement le long d’une interminable plage quasi déserte”. Une brise thermique ne tarda pas à se lever.

Afin de l’éviter, autant que pour allonger le temps, autant que pour couper la monotonie de la progression, je m’arrêtai sur une des plages de Montalto Marina. L’accueil sur “Antonio Spiaggia” fut des plus chaleureux. J’ai bien senti que le propriétaire (un surfeur romain) aurait vraiment aimé que je reste pour la nuit sur “sa” plage, il m’offrait un bel espace, une douche et un énorme paquet de sandwiches avec tout ce dont je pouvais rêver comme soda à boire…

J’ai commencé par faire une balade, dans une marina vidée de ses touristes, il n’y avait RIEN à voir! Il n’y avait pas grand chose à faire non plus J’ai longé le front de mer, et pour exciter ma gourmandise, j’ai regardé du côté des quelques glaciers qui restaient ouverts. Pour passer le temps, j’ai finalement choisi l’association citron/framboise Après une sieste à l’ombre, la brise commençait à faiblir, j’ai repris la mer.

La journée s’achevait. J’envoyai les news à Michel  en précisant : “Si les pressions restent hautes, il me reste deux étapes; ça sent la grande ville, on entend les avions aller et venir.” Et je regardais une fois de plus vers l’arrière, comme pour mesurer le chemin parcouru. Au loin Monte Argentario et Isola del Giglio (là où gît encore le Costa Concordia )

……

Mardi 24 septembre 2013 : Tarquinia Lido – Marina di San Nicola

5h15 : L’air est immobile, il fait nuit.

Je n’arrive plus du tout à dormir et je suis tout à fait reposée. L’idée de partir avant l’aube pour traverser le port de Civitavecchia avant que la brise ne se lève se fait de plus en plus forte. Je valide et je plie. J’ai adoré ce départ dans la pénombre, puis le lever du soleil pas à pas, coup de pagaie après coup de pagaie!

Je visais la grande cheminée de la centrale électrique (once more), le port est juste à côté. Passer “à travers” ces grands ports aura toujours été à la fois stressant et réjouissant. La mer était d’huile à cette heure et je n’avais donc aucun soucis de “manoeuvre”, je pouvais tranquillement guetter les mouvements des bateaux et adapter ma trajectoire.

A l’instant où j’arrivais le long de la digue, donc à l’instant où j’étais sortie de la zone de passage, j’ai senti un “truc” dans mon dos, c’était un de ces gigantesque hôtel flottant.

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Et voilà, une première “chose” était accomplie : dans cette journée, j’avais passé le port.

Peu après, je découvrais une zone de riches villas, des résidences secondaires visiblement… Décidément “ça” sentait la ville A mes pieds, l’eau était absolument limpide, contrastant avec l’eau sale de la traversée du port et j’ai pris le temps de profiter de ce passage.

En fin de matinée, j’avais besoin de me restaurer et je me suis arrêtée sur une plage au hasard. Je n’ai pas trouvé de boulangerie, les passants ne pouvaient rien m’indiquer d’autre que la grande surface la plus proche, à 5mn en voiture! Je me suis contenté du café de la plage et des pains pré-emballés que la gentille dame m’a soldé à deux pour le prix d’un : “c’est parce que la saison est finie, on ferme demain”. Ouf… Il était temps!

La direction de la brise, puis du vent était parfaite 3/4 arrière et j’attendais que le 3 bft passe au 4 annoncé, c’était juste délicieux d’avancer aussi facilement. Cependant je m’inquiétais de savoir où viser exactement, c’était tellement agréable que je n’avais pas envie d’en finir mais pas envie non plus de me laisser porter vers un cap qui me forcerait à ramer contre le vent.

C’est alors que j’ai vu un yacht à l’ancre un peu plus au large. Ni une, ni deux, je me dirigeai vers lui bien décidée à vérifier mon chemin. C’était un petit yacht certes, mais déjà un très beau bateau. Deux hommes m’accueillirent et m’indiquèrent approximativement le cap à suivre, dans l’axe du vent.

Mais avant que je reparte …

“Vous venez d’où comme ça?”

Je leur expliquai en deux mots et alors :

“Voulez vous prendre un café?”

Comment refuser?

Quelques secondes plus tard, je tendais mon bout d’amarrage, je montais sur “la terrasse” en teck, puis un peu plus haut j’accédais au salon de plein air aux belles et profondes banquettes blanches…

Incroyable! Comment aurais-je pu rêver ou même simplement imaginer qu’il était possible de boire un café dans un yacht au milieu d’un downwind?

C’était, une fois encore, juste magique.

Pendant ce temps le vent s’affirmai à 4bft et c’était simplement génial .

Il était temps de repartir! Sur la pointe derrière laquelle se dissimulait Ladispoli, j’ai eu envie d’une photo souvenir. Puis, j’ai décidé de simplement laisser glisser, prendre encore plus de plaisir. Il était inutile de viser directement Fregene. Arriver le soir et bivouaquer là-bas en attendant le matin n’avait aucun sens. De vent 3/4 arrière, je suis passée à vent arrière! Et j’ai atterri sur une plage de la Marina San Nicola!

Il était encore tôt. Comme d’habitude, dès ma “descente de planche”, j’ai cherché à qui demander l’autorisation de “rester pour la nuit”, sans imaginer un seul instant l’accueil qui allait m’être réservé. Les gars étaient tout simplement extraordinaires, hyper chaleureux et aux petits soins. Après le pot d’accueil, j’ai vu arriver une assiette de fruits (juste le truc dont je rêvais) avec ces mots d’excuse “C’est tout ce qui nous reste, nous sommes en train de fermer le club”… Mais c’était ce dont j’avais besoin, rien de plus…

Nous avons parlé, refait le monde, pris des photos 🙂

La nuit tombait. Je commençais à préparer mon emplacement de bivouac quand l’un des gars vint me chercher

“Vient par là”…

Il me fit entrer dans le bar du club, les autres étaient là…

Il me tendirent une flûte de boisson gazeuse et nous avons trinqué!

Champagne… Ca c’était fait, avec le coeur, chaleureusement, sincèrement, je n’aurais jamais pu rêver plus simple et plus grand à la fois.

Je touchais le but. Le lendemain ne serait que “formalités” et retour aux contraintes et soumission à la “météo des gens”, je le savais.

Je savourais infiniment cette soirée là.

Dernier bivouac.

……

Mercredi 25 septembre 2013 : Marina di San Nicola – Fregene – Rome

Un regard vers l’horizon, en direction du but, désormais bien visible.

Dernière mise à l’eau avec tout ce “bazar”, le minimum à la fois indispensable et largement suffisant pour affronter toutes les situations qui s’offraient. A chaque départ je regardais derrière “de peur” d’oublier quelque chose, à chaque départ, juste après ce coup d’oeil en arrière, j’étais heureuse en me disant que TOUT tenait à si peu de chose, prenant à la fois tant d’importance et si peu de place…

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Je longeais la plage et la ville était en filigrane, en fond sonore et visuel. Tout au long du trajet, des hommes s’affairaient à enlever les corps-morts qui maintenaient en place les bouées de l’été. J’avais l’impression “qu’on” pliait derrière moi, j’arrivais vers mon but et le spectacle était terminé. Fregene est une petite ville de banlieue, une petite station balnéaire sans immeubles en front de mer.

Il fallait trouver la plage “Miraggio” sur laquelle j’avais prévu d’arriver, j’ai donc longé très lentement la succession de plages privées encore endormies, cependant visiblement plus luxueuses les unes que les autres. Pourquoi “Miraggio” et pas une autre? Certainement parce que s’y tient un club de SUP. Quand j’avais croisé celui qui l’anime, lors d’une compétition à la fin juin, je lui avais fait part de mon projet italien/romain. Il l’avait accueilli avec un enthousiasme tout méditerranéen. Au fil des semaines et des messages sans réponse, mon inquiétude était tombée, l’accueil serait tel que je le souhaitais “sans tambour ni trompette”.

Cette plage restait cependant “la” plage que je devais viser parce qu’il fallait bien décider d’un point d’atterrissage Il ne fait aucun doute que j’avais fait le bon choix. Bien qu’arrivant “comme tombée de la lune”, j’ai trouvé sur cette plage un “salvataggio” incroyablement cordial et compréhensif, maîtrisant parfaitement la langue de Molière. Le “hasard” fait décidément parfaitement son boulot!

Les “champions” locaux étant en partance, c’est un associé qui se retrouva, au saut du lit et après un appel téléphonique surprise, avec mon encombrante arrivée à gérer. Il choisit finalement de ne pas déléguer l’affaire… bien qu’il eut visiblement bien d’autres chats à fouetter!

J’ai donc eu tout à loisir le temps de ranger mon matos, de prendre une douche froide, de m’habiller en citadine et de manger le pain qui me restait avant d’aller remercier celui qui m’avait vu débarquer et m’avait bien aidée à expliquer ce dont j’avais besoin : trouver une solution pour rentrer à la maison.

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Peu après, l’associé me posait en haut d’un passage souterrain qu’il fallait franchir pour atteindre la billetterie de la gare de banlieue et retournait à ses affaires.

La planche était restée au club. Je n’avais plus que mes deux sacs et mes deux pagaies pour terminer le voyage, j’étais à nouveau en autonomie et sans assistance.

Il me restait une pomme, des amandes, une canette et tout le temps qu’il fallait : à la mi-journée, les trains ne passaient que chaque 45 mn et j’en avais raté un!

A peine 5mn après le départ du train, c’était l’entrée et la traversée de Rome. En passant au dessus du Tibre, j’ai pensé que j’avais été bien inspirée de ne pas tenter d’y naviguer, la couleur de l’eau n’était pas vraiment attirante.

La gare centrale Roma Termini est gigantesque. Dans la rue, j’ai posé une photo souvenir. Puis, j’ai traîné mes sacs bien lourds vers le guichet où l’employé tenait absolument à me vendre le billet le moins cher, j’ai déposé les bagages à la consigne et j’ai traîné mes guêtres (enfin mes tongs) en ville Guère motivée par le tourisme monumental, j’ai cédé à la gourmandise avec délice

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La journée s’achevait.

Après un passage sur internet, je suis retournée à la gare. Il n’était plus question d’attendre que le vent se calme, il fallait attendre l’arrivée du train de nuit… C’était déjà presque une autre histoire.

……

Jeudi 26 septembre 2013 : Rome – Genova – Vintimille – Nice – Marseille

Quelques lignes au sujet de ce retour. J’ai besoin de boucler la boucle.

D’abord, je ne comprends toujours pas ce qui a motivé le guichetier pour me vendre une place assise “pas chère” dans le train de nuit Naples-Rome-Turin.

Ce qui est certain, c’est qu’il ne voulait pas me faire d’autres propositions et me vantait cette possibilité comme étant la meilleure Finalement, je n’ai pas regretté. C’était inconfortable, mais je me suis emballée dans mon duvet et j’ai pu me reposer “chez moi” au milieu du va et vient, entre les hommes du compartiment, entre le passage des policiers en arme, les bavardages incessants, les migrants paumés et les dizaines d’arrêts jamais annoncés.

J’ai d’autant moins regretté que le fait de guetter chaque station m’a permis de remonter le temps en remontant mon parcours. Car le train longe très précisément la côte et je voyais de nuit les villes que je n’avais fait qu’effleurer de jour. Dans mon imagination, malgré la fatigue, la magie opérait encore La veille, vers 23h, après avoir longé le quai déserté par les travailleurs en direction du train de banlieue…

1° Rome-Rome … l’attente a commencé sur le quai romain.

Le quai se remplissait d’une foule grise avec quelques touristes allemands, quelques familles et beaucoup d’hommes seuls, sans bagages, pleins d’espoir. Ceux-ci formaient des grappes, parlant un langage exotique s’échangeant cigarettes et boissons étranges. Le train devait arriver à 0h15, il arriva avec un retard de 30mn… C’était sans problème, sauf que… les gares n’étant pas annoncées, il fallait réussir à descendre dans la bonne sans connaitre l’horaire d’arrivée.

Viser Gènes Principal alors qu’il y avait au moins 5 arrêts à Gènes et que l’affichage en gare est minimaliste comportait un certain risque, j’ai ainsi “repêché” les touristes allemands (ils allaient eux aussi à Marseille) qui descendaient à “la bonne heure” sans regarder le nom de leur station

2° Gènes-Vintimiglia TER… Changement d’ambiance, c’est l’heure de partir au boulot et c’est l’heure des écoliers. Il faisait assez gris et je mesurais la chance qui m’avait accompagnée avec une météo plutôt clémente sur l’ensemble du parcours

3° Vintimiglia-Nice TER français… Une population chic et un contrôle de flic ciblé “montrez vos papiers, cartes de séjours, etc…” Visiblement, la correspondance avec le train venant de Naples est attendue! 4° Nice-Marseilles Collée à la fenêtre, je m’accroche aux derniers kilomètres de côte visible.

C’est fini. Au fond du ventre, j’ai une folle envie de chevaucher encore plus loin la grande bleue… Mais c’est fini pour cette fois.

A Marseille, mon hôte attendait.

Tandis qu’il m’accueille, je lui déverse mes premières impressions en vrac. C’était vraiment magnifique de rencontrer cette personne là et sa famille. Merci à lui.

Alors que je n’avais pas vraiment dormi, une bonne douche chaude au bon savon de Marseille fut suffisante pour me tenir jusqu’au soir. Après une nuit de princesse dans un immense lit sous une douce couette, j’ai embarqué dans ma voiture et attrapé l’autoroute.

Le vendredi 27 au soir, j’étais de retour à la maison après exactement quatre semaines de partance, une carte bancaire à peine utilisée et des souvenirs plein la tête!

La boucle Nantes-Annecy-Marseille-Rome-Marseille-Nantes était refermée!

J’ajoute que je reste fascinée par ce sport et tout ce qu’il m’offre, particulièrement en terme de contrastes. J’aime tout, je prends tout. Hier, j’ai pagayé sur une rivière bucolique, entraînant quelques amis dans des jeux de course (en suédois, on traduit “jeu de course” par “fartlek”, et c’est le nom d’une méthode d’entraînement qui consiste à utiliser le terrain, la nature pour varier ces allures de courses ) Au passage, nous avons cueilli des fruits mûrs sur un figuier qui nous tendait ses branches. Le ciel était parfaitement bleu. Aujourd’hui : ciel gris, changement d’heure et météo entraînante Avec la même planche, la même pagaie et la même bonne femme, ce fut dégoulinade d’adrénaline, surf et “vitesse” grâce à un bon vent 6bft sur le terrain de jeu de la côte de Jade.

PS Juillet 2014 : les billets sont déjà pris pour un prochain trip de septembre !

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Tous les chemins mènent à Rome – 4 – Le voyage

Auteur : jade paddle surf 44. Posté dans Récits

Lundi 16 septembre 2013 : Lerici (Club de Voile) – Viarregio (gazon municipal)

Le lundi 16 septembre, l’épopée avait débuté depuis deux semaines.

J’en étais approximativement à mi-parcours. J’avais théoriquement le temps d’arriver à Rome dans le mois que je m’étais offert, mais il ne fallait pas trainer et la météo ne jouait plus vraiment le jeu.

Néanmoins, ce lundi à l’aube, j’entendais un silence relatif. Le vent était tombé, il était temps de reprendre la mer.

Je suis sortie par la porte de secours avec mes sacs et pagaies, j’ai consciencieusement refermé derrière moi le portail en inox de la terrasse, j’ai vérifié le verrouillage, noté la mise en service de l’alarme, j’ai récupéré ma planche (elle avait dormi au milieu des dériveurs) et hop, j’étais à nouveau sur l’eau.

Il est impossible de décrire le sentiment de liberté que je ressentais !

Le ciel était relativement clair, le vent juste caressant. Dès la sortie du port, une belle houle ronde m’accueillait, elle était parfaitement orientée. La mer était verte, comme en souvenir des accès de colère de la veille. J’ai parcouru les premiers kilomètres “à toute vitesse” et sans le moindre effort. Au niveau de Carrare, j’ai noté que même les falaises étaient en marbre.

J’ai noté aussi que la côte rocheuse s’arrêtait et que l’embouchure de la rivière marquait une « frontière ». De l’autre côté, la côte était basse, visiblement sablonneuse. Je me suis réjouie. « C’est la fin du ressac le long des falaises » ai-je pensé. J’avais si souvent été ballotée par le ressac ! J’avais si souvent eu l’impression de naviguer pendant qu’un grand géant invisible s’amusait à « touiller » la mer de manière absolument anarchique. La pensée d’en avoir terminé était euphorisante.

D’ailleurs, je filais bon train.

La grosse houle ronde m’offrait une succession de toboggans. Je n’en finissais pas de glisser et c’était délicieux. Le vent s’affirmait cependant, de plus en plus de travers et la houle suivait. En restant suffisamment au large, j’étais à l’abri du déferlement des vagues. Au bord, il y avait des surfeurs. En petit groupes, comme autant de points de suspension, ils ponctuaient le paysage monotone.

Il devenait évident que s’il était possible d’envisager un atterrissage en catastrophe, il était vain d’envisager un décollage à suivre. Je n’avais pas d’autre choix que d’avancer. La lecture des zones de déferlement m’indiquait précisément les hauts-fonds et c’est en zigzag que je longeais la plage…

De loin. Quand j’ai aperçu un phare, posé sur l’horizon brumeux, j’ai concentré toute mon attention vers lui. De vert, la mer était passée à vert de gris, remuant inlassablement le fond sablonneux, le long de l’interminable plage, infiniment plate et grise. Il restait plusieurs kilomètres à tirer. J’avais plusieurs fois sorti le tube de lait concentré, m’abreuvant de nutriments à dose presque homéopathique dans l’attente de pouvoir me restaurer plus efficacement. Il n’y avait pas d’autre solution que d’aller droit devant, vers le phare.

Quand j’ai vu un très joli yacht sortir du port, quand je l’ai vu mettre les gaz et filer à toute vitesse vers le nord, je me suis dit que c’était quand même une drôle d’idée d’aller se promener par ce temps…

Enfin l’entrée du port était là.

Sur la digue, il y avait du monde.

Sur ma gauche, les vagues déferlaient.

Sur ma droite, la digue faisait lever une belle vague, déferlant elle aussi, dans un jaillissement d’écume.

Au milieu, il y avait un passage, il me restait plus qu’à bien viser, avec le bon tempo et hop, hop, j’étais certaine de réussir une arrivée digne sous l’oeil forcement admiratif de la foule en délire (oui, oui, moi aussi j’ai parfois parfois un égo surdimensionné!)

Las… Une coup de trompe interrompit mon rêve. Je me retournais et horreur, le yacht que j’avais vu sortir était à mon cul, à toute vitesse! Il visait lui aussi l’entrée du port.

Vite, vite, vite, je m’écartais vers le large, faisant fi de mon cap idéal. Wahooooo, les passages successifs du yacht (qui avait à peine ralenti) et de sa vague me mirent à genoux. Estomaquée, je le regardais virer en dérapage, freiner, puis glisser sur son élan. Ce n’est que plus tard, en découvrant l’ensemble du chantier naval qui occupe le port, que j’ai compris : il s’agissait vraisemblablement d’un simple essai “in live”!

Vite, vite, il fallait que je me ressaisisse pour entrer dignement. Il était encore temps de viser le centre entre deux séries de vagues.

Quelques coups de pagaie plus loin, j’étais à l’abri, encore quelques coups de pagaie et j’étais au ponton. Il était grand temps de me sustenter avec quelque chose de solide ! Le vent montait encore d’un cran.

A la sortie du port, il y avait maintenant une barre.

L’entrée était fermée, la sortie… aussi… Nous étions en début d’après-midi, je n’étais pas du tout fatiguée. Pourtant ma route semblait devoir s’arrêtait à Viarregio ce jour là. Alors, pour passer le temps, je me suis aventurée et j’ai suivi le canal de Burlamacca pour pénétrer la ville. Au retour, j’ai amarré ma planche à couple d’un bateau (visiblement à l’abandon) pour mettre pied à terre.

J’ai regardé la plage, j’ai regardé vers le large… ET… j’ai cherché un coin pour dormir. C’est finalement sur le gazon municipal, sous le nez de la capitainerie, de la douane et de la police, que dès la tombée du jour, je me suis plantée au milieu des arbustes décoratifs

……

Mardi 17 septembre 2013 : Viarregio

« journée dépression »

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Avant même de donner le premier coup de pagaie, j’avais imaginé avoir besoin de contourner certains endroits.

J’avais imaginé avoir besoin de quelqu’un pour passer le golfe de Saint-Tropez, j’avais imaginé avoir besoin d’une solution terrestre pour passer le port de Gênes. Je n’avais jamais imaginé me sentir prise au piège dans un coin où les surfeurs affluaient de toute part.

Depuis dimanche matin (où je fus bloquée à Lerici), je rêvais de trouver une possibilité pour aller directement à Livourne. Impossible d’expliquer pourquoi, mais il est un fait que j’avais comme une sourde impression : cette météo pourrie était liée à la géographie du coin. C’est sur ces pensées que je m’étais endormie.

C’est avec ces pensées que je me réveillai, à l’heure où s’éteignirent les lampadaires.

Après m’être vivement secouée pour « libérer » le gazon municipal, après avoir rangé la planche sous un buisson et les sacs sous la planche, après avoir attaché les pagaies avec l’ensemble, je suis partie voir la plage. Puis, comme tout un chacun, je suis passée à la boulangerie et au café afin d’attaquer ma journée dans les meilleures conditions.

Michel avait écrit :  “La météo ne s’arrange pas, une dépression est sur le golfe de Gênes. Demain matin vent nord force 5 et localement 6 avec houle de 2,4 m, l’après-midi NW force 4 et houle WSW 1,9m ”

A la capitainerie, le bulletin météorologique confirmait le SMS de Michel. Et en interrogeant à droite comme à gauche, il me fut dit que rien ne changerait avant deux ou trois jours. Voilà ce que je viens de lire ici :  « Les vents principaux viennent du sud-est, les vents de sud-ouest et d’ouest qui soufflent durant deux ou trois jours de suite causent de violentes tempêtes maritimes »

J’aurais donné cher pour sortir de ce coin. J’ai erré toute la journée. J’ai longé les alignements de plages privées où les employés nettoyaient les atteintes de la tempête. J’ai parcourue l’interminable avenue marchande où déambulaient de rares touristes. J’ai trainé du côté du port où se construisent les yachts les plus prestigieux. J’ai découvert des rues pleines d’ateliers au service des chantiers, des rues ouvrières et travailleuses où les bars sont les espaces « à vivre ». Puis… Je me suis installée sur « mon » banc.

J’ai observé le va et vient des surfeurs. Invariablement, ils descendent à la hâte de leur voiture, invariablement, ils en partent au pas de course, short-board ou malibu sous le bras et invariablement, ils reviennent très lentement, semblant plongés dans d’insondables pensées, tête presque basse. Ils se changent infiniment lentement, avec maintes précautions. Puis ils montent en voiture, branchent la “musique” à fond et démarrent en trombe !

J’étais sur « mon » banc. (c’est fou comme on s’approprie vite le moindre espace! ).

La journée touchait à sa fin et je m’étais moulée dans l’idée de rester ici. Pise n’était pas si loin, afin d’éviter de moisir, je pouvais envisager de faire un peu de tourisme en train, après une journée de dépression profonde, j’avais repris du poil de la bête et de l’entrain en quantité suffisante pour aborder paisiblement une ou deux journées « immobiles ». Et il est arrivé.

Quelque chose était différent chez lui, une zénitude particulière peut-être.

Il commença par s’étirer consciencieusement, tranquillement, gardant un oeil attentif vers tout ce qui se passait autour.

Il jeta plusieurs fois un regard en direction de la planche qui dépassait du buisson.

Comme il roulait une petite clope, je décidais de tenter une petite conversation.

Comme je lui expliquais mon trip et ma situation « météorologique », il répondit sobrement : “Je téléphone à un ami de Livorno”

L’ami ne répondait pas, il devait encore être en train de surfer… « Bon, je vais manger maintenant, je travaille ce soir. Je vais le rappeler, je te dis quand je reviens à la voiture »

C’était une conversation parfaitement surréaliste.

Il revint avant que je n’aie commencé à installer mon campement. (Il y avait foule sur la terrasse du Club Nautique et je ne souhaitais pas jouer la provoc en plantant ma tente presque sous le nez de tous ces gens “biens” ).

Directement et droit dans les yeux, il s’adressa à moi : « J’ai eu mon copain, je vais demain matin à Livorno, je t’emmène. 7H30 ici, tu seras là ?

– Oui, je dors là. Je serai là.

– Tu dors ici ?

– Oui.

– Sérieusement?

– Oui, où veux-tu que je dorme?

– Alors à demain »

Et hop, il était parti. Incroyable !

Je me suis endormie en me promettant d’être prête à l’heure dite. Et si ce n’était qu’une blague, s’il ne venait pas, j’avais décidé d’aller à Pise voir la tour qui penche ! J’étais enfin parfaitement sereine.

……

   

Mercredi 18 septembre 2013 : Livorno – Forte di Biobona

7h15 : J’étais prête, assise sur « mon » banc j’attendais, confiante et sans « y » croire à la fois.

7h17 : la voiture arrive.

« Hey, tu es prête ?

Oui, tu vois tout est plié… Et puis j’ai dormi là !

Oui, je sais, je suis passé voir après le boulot, dans la nuit… J’ai bien vu »

Ainsi, il avait douté !… A la place du Malibu sur le toit, il avait un short-board à l’intérieur de sa voiture. Nous avons chargé mon maxi-long-board, les pagaies et les sacs.

Embarquement immédiat. Passage au café pour un petit noir sur le zinc et c’était parti.

Certaines rencontres sont étonnantes quand on fait la liste des coïncidences, celle-ci l’était vraiment. Il m’a posée dans le premier coin abrité et il a filé vers son spot sans attendre.

J’avais parcouru par la route l’étape que je n’avais pas pu faire par la mer la veille, une quarantaine de kilomètres, ma moyenne quotidienne, rien de plus.

Une fois encore, j’ai eu un immense sentiment de joie et de liberté en montant sur ma planche !

Le ciel était parfaitement limpide devant moi. Sur la côte, il y avait de jolis spots de surf autour des rochers, avec de belles vagues bien propres, bien bleues. C’était vraiment autre chose que le chantier de Viarregio, clairement Fabio avait fait le bon choix en venant surfer dans le coin…

De temps en temps je regardais derrière, j’étais comme “en fuite”, je surveillais la dépression pour vérifier qu’elle restait bien sagement bloquée au nord. Et je pagayais “comme une voleuse” pour être certaine de lui échapper! Au loin, un très long débarcadère avançait vers le large, signalant Vada et son port industriel Juste après l’avoir passé, j’ai eu l’impression de me trouver sur une immense piscine absolument plate et couleur turquoise, le contraste avec le “terrain” qui avait précédé était étonnant et je ne parle même pas de ce que j’avais laissé à Viarregio!

Je continuais à regarder derrière régulièrement, j’avais l’impression de me faire rattraper par les nuages… Je me forçais alors à regarder l’horizon tout bleu à l’avant. Fabio m’avait dit que j’allais arriver dans une zone très différente où la pointe de la Corse faisait déjà office de barrage, limitant l’effet de la dépression.

Je voulais y croire. La côte était redevenue rectiligne et sablonneuse, mais aucune vague ne levait de loin, il y avait une profondeur suffisante pour que je navigue tranquille. Après une pause à Cecina, j’avais parcouru “ma” quarantaine de kilomètres et c’est parce que le vent de travers commençait à me fatiguer que je me suis arrêtée sur la plage de Forte di Biobona Les nuages commençaient à me rattraper…

Certes, ce n’était pas le couvercle noir que j’avais laissé en rade, mais je sentais que le vent allait forcir et qu’il serait vain de jouer contre lui. J’ai choisi un coin bien à l’abri du souffle d’Éole et je me suis amusée en jouant la touriste allongée sur le sable.

Sans attendre la tombée du jour, j’ai installé ma maison, heureuse d’avoir absolument tout ce dont j’avais besoin. Tout était si tranquille ce soir là que je me suis offert quelques postures de yoga au soleil couchant, ne me décidant à “rentrer” qu’après l’extinction des dernières braises.

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Le SMS de Michel faisait un point météo mi figue mi raisin. Demain serait un nouveau jour.

……

 

Jeudi 19 septembre 2013 : Forte di Biobona – San Vincenzo ( pas loin de Populano)

En lisant le SMS du soir, j’avais prévu une grasse matinée.

Réveillée à l’aube parce qu’il faut bien constater que c’est l’heure « normale » du réveil pour qui s’endort à l’heure où les oiseaux s’endorment, j’ai pris tout mon temps pour plier. Comme prévu le vent soufflait fort, et bien évidemment « de travers ».

La matinée allait donc être calme et touristique.

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En aparté, seulement pour celles et ceux que ça intéresse, je me permets quelques lignes « philosophiques ».

Après plus de quinze jours de ce long cheminement en solitude, je touchais enfin et complètement ce que j’espère atteindre (sans jamais y croire d’une quelconque manière) en partant pour ce genre de trip. Au delà de la découverte touristique, au delà de la rencontre humaine, au delà du plaisir des sens et de la traversée du corps, une dimension beaucoup plus « verticale » devient palpable. Elle n’est plus seulement théorie, idéal ou objectif.

Elle existe, elle nous touche et on peut la toucher.

De mon point de vue, elle n’arrive que sur l’air de « aide toi le ciel t’aidera » à moins que ce ne soit sur l’air de « qui ne risque rien n’a rien », sur l’air de « vouloir c’est pouvoir » ou de « tout vient à point à qui sait attendre »… Ce dont je suis certaine c’est que j’ai besoin de partir en autonomie et sans assistance pour entrer dans cette dimension, c’est ainsi que la patience s’exerce et brave l’impatience, que la confiance s’agrandit et abat le doute, que l’attente se rompt et que l’action s’illumine…

Il y a certes de “jolies choses” à découvrir et à vivre “avec assistance”, “grâce à l’énergie de ceux qui ont aidé, préparé et prévu à l’avance”, mais c’est différent et jamais aussi “verticalement” intense.

J’en étais là.

Après un petit passage « en ville », j’ai fait ce que faisaient la plupart des femmes de mon âge sur cette plage : j’ai marché sur la plage en ramassant des cailloux. C’est un excellent passe temps ! Quand le vent a commencé à mollir, j’ai sollicité un gars que j’avais vu la veille, jouer en bodyboard dans le shore-break du soir . Il était en train de ranger le matos de la plage privée que j’avais squatté pendant la nuit.

Je savais que je ne pourrai pas « lancer » ma planche chargée si facilement et que nous ne serions pas trop de deux pour passer de l’autre côté des vagues.

Nous avons essayé une fois : raté.

Nous avons essayé à nouveau : re-raté.

Ce n’était pas la bonne heure. Sans la moindre impatience, j’ai remonté tout mon matos et je suis repartie chasser les cailloux.

J’étais vraiment dans un état d’esprit nouveau et c’était juste bon.

En fin d’après-midi, il ne restait qu’une douce brise et la mer s’était vraiment apaisée. Surtout, elle s’était organisée et les sets étaient visibles et il suffisait de « viser » entre pour prendre le large.

Et voilà… Le soleil était déjà bas. Au loin les îles se dessinaient. J’allais bientôt pouvoir profiter de leur abri… Au soleil couchant je me suis arrêtée, juste avant une pointe.

Découvrir de nuit ce qu’il y avait de l’autre côté n’offrait pas le moindre intérêt. Cette mini-session du jour me contentait largement. Alors, j’ai monté la tente grâce à la lumière de la lune ronde…

……

 

Vendredi 20 septembre 2013 : San Vincenzo – Forte Rocheta (près Punta Ala) commune de Castiglione della pescaia

6h39, la lune est là.

Tout est absolument calme.

7h00, La dernière étape du rangement, il ne reste plus qu’à plier la tente, emporter l’ensemble sur le rivage, tout attacher et prendre le large.

Ensuite, je n’ai pas d’autre souvenir que celui d’une journée tranquille et harmonieuse. J’ai retrouvée avec bonheur une côté découpée, des rocs et quelques falaises. J’ai beaucoup photographié Les méduses, brunes dans le nord puis de plus en plus blanches en “descendant” furent de très fidèles compagnes, isolées ou en colonies, elles dessinaient mon chemin un peu comme les cailloux le font sur les sentiers de montagne Après un repas à Follonica, je suis entrée dans le spectacle. Malgré mon chargement, je n’allais pas/guère moins vite que les papillons.

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Mon imagination s’empara des rochers… aussi longtemps que je les contournais, les histoires se succédaient, le soleil y mettait sa touche.

Puis j’ai posé mon campement sur une plage très douce…

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Le soir j’ai écris à Michel :  “Parfaite journée avec encore de quoi en prendre plein les yeux. Repas à Follonica et ce soir bivouac de rêve au pied d’un château à Castiglione della pescaia.”

……

 

Samedi 21 septembre 2013 : Forte Rocheta – Principina a mare

L’humidité m’avait gardée à l’abris de la tente jusqu’à ce que le soleil sorte pour de vrai.

A la pointe, le château avait pris ses couleurs du jour.

J’avais l’intention de faire des courses à Castiglione et il était inutile d’arriver avant l’ouverture des magasins, je me préparai donc en prenant largement mon temps. Sur la plage, les traces des oiseaux faisaient écho aux miennes, nous étions les maîtres des lieux avant que les touristes ne débarquent…

En navigant “au long cours” sur mon trajet méditerranéen, j’avais souvent comparé cette expérience marine à l’expérience du désert (non sans penser à Théodore Monod, et au préambule de son livre “Méharées”) et devant ces empreintes sur le sable, mon esprit se remettait à disserter… Quel bavard!

Le village le plus proche était à peine réveillé, j’ai fait le plein de nourriture et je n’ai même pas pris le temps de m’offrir un cappuccino, j’avais envie de retourner sur l’eau au plus vite.

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Je fus plutôt bien inspirée de n’avoir point trop traîné en ville.

Assez tôt le vent revint à la charge, d’abord acceptable (environ 3bft) mais je sentais bien qu’il n’avait pas l’intention d’en rester là.

Il était bien évidemment en plein de travers.

Quand je me suis arrêtée, les p’tits moutons faisaient leur apparition, il était plus que temps… Je pensais qu’il s’agissait d’une brise thermique et j’avais bien l’intention d’aller plus loin dans la soirée car une petite pointe au bout de la plage me faisait des clins d’oeil…

J’ai tranquillement déjeuné, puis j’ai construit un paravent grâce à la planche et aux sacs et je me suis payé une bonne sieste. En revenant à la réalité, il fallait bien constater que ce n’était pas vraiment une brise thermique mais un bon vent établi. Les windsurfeurs consultés me le confirmèrent…

Je n’avais donc pas d’autre solution que de camper là en attendant la suite… En lisant attentivement les feuillets du guide, je m’apercevais alors que derrière “la pointe” il y avait toute une zone où accoster était impossible… Alors même que je n’étais pas contrariée (comme je l’aurais été quelques jours auparavant) à l’idée d’être scotchée contre mon gré, ce soir là, j’étais très reconnaissante…

J’avais été bien inspirée once again… Et oui, à force de naviguer, je finis systématiquement par “décoller” un peu.

Le point météo du soir était assorti aux drapeaux qui flottaient en haut des mats : vent à l’horizon, il ne fallait pas rêver d’un long trajet pour le lendemain.

J’étais prête à cette idée : les dernières étapes risquaient de se faire petit bout par petit bout…

J’avais le temps, la fin du mois était plus loin que ne l’était Rome.

……

 

Dimanche 22 septembre 2013 : Principina a mare – Ansedonia

Une peu avant l’aube, j’ai été réveillée par le silence.

Ce n’était pas du tout ce qui était prévu par la météo, en deux secondes, j’ai saisi la chance qui s’offrait, hop, hop, hop, il fallait plier très vite et prendre la mer pour passer la zone sans abris avant que le vent ne se lève à nouveau.

Je me suis pressée comme jamais et 45 mn après, je partais avec un seul objectif : faire 10km puis faire le point et envisager la suite.

La suite ? c’était au loin la presqu’ile de Monte Argentario avec quelques questions suspendues : Contourner? Passer par la lagune? Envisager un long portage? Je n’avais aucun plan précis en vue. En longeant la longue zone marécageuse du delta de l’Ombrone puis les plages du parc naturel d’Uccellina, j’étais vraiment heureuse d’avoir été stoppée à temps par le vent de la veille. J’avais ainsi évité le risque de me trouver coincée dans ce coin très beau, mais infréquentable et probablement envahi par les moustiques.

Un frémissement de brise se fit sentir en arrivant au pied des falaises, mais je me retrouvais presque instantanément à l’abri du relief. Le paysage était magnifique.

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Le calme était idyllique.  

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Arrivée à Talamone, j’ai trouvé une crique idéale pour une pause casse-croute.

J’avais parcouru la distance espérée et j’avais plusieurs choix à envisager. Le vent s’établissait peu à peu et je pouvais tourner la carte dans tous les sens, j’en était certaine, il m’offrait un idéal downwind en direction de Monte Argentario.

Donc… Quelque soit ma décision de contourner ou non, les conditions étaient idéales pour y aller! Hop, hop, hop, let’s go. Quelques instants plus tard, les moutons se multipliaient à la surface de l’eau Evidemment, ces conditions étant bien installées, elles excluaient, de fait l’idée de contourner la presqu’ile. J’avais vraiment la flemme de me payer le ressac le long des falaises sur tout le pourtour, d’autant plus que j’imaginais bien quelle pouvait être sa puissance sur la côte au vent… donc je me dirigeais vers “le canal”. D’après les papiers, le canal allait me permettre de rejoindre Orbetello. Je le suivais donc au delà des parkings à bateaux et le plus loin possible c’est à dire jusqu’au panneau et au barrage : “réserve de pêche, navigation interdite”. Le barrage était clôt …

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A joelle rien d’impossible. J’ai commencé par me restaurer et j’ai franchi le barrage à pieds et je me suis retrouvée dans la lagune, direction Orbetello!

Je ne sais pas quelle espèce de poissons était “réservée”, mais c’étaient de belles bêtes plutôt énormes qui semblaient se réveiller sur mon passage, me saluant à coup de simple ou double salto fort bruyants avec moultes éclaboussures. Je visais la “route digue” mais aucun pont, aucun passage par l’eau ne se dessinait à l’horizon.

Je commençais à imaginer un nouveau portage. Mais plus j’avançais et plus la possibilité d’un passage “à plat ventre” sous la digue se précisait. Ni une ni deux, arrivée au ras de la ville, sous l’oeil surpris des passants, je me dirigeais vers la digue, je m’allongeais sur la planche, la tête bien à l’abri de mon sac (je me disais que si le sac touchait, il me protègerait et j’avais tout le temps de faire un demi-tour, certes peu glorieux, mais tout à fait safe) Et banco, ça passait LARGEMENT! J’étais dans la deuxième lagune.

Il restait à en sortir. Il y avait un club nautique et une “petite foule” en train de suivre une régate d’optimist. J’ai accosté. A nouveau, je dois noter l’accueil chaleureux. En découvrant la raison de ma présence dans le coin, les gens étaient enthousiasmés. C’est ainsi qu’une dame me signala l’existence d’un canal de sortie là-bas. Je remarquais illico l’orientation idéale, pile poil “downwind”. Je ne comprenais rien à la logique du vent, mais le fait était là. Au pire, si le canal était “bouché”, il y avait 300m de terre plein à franchir à pieds. A joelle rien d’impossible, le jeu était trop tentant…

Hop, hop, hop, je repartais sans aucune idée précise de ce que j’allais faire une fois “au bout”. Inutile de dire que la traversée fut rapide.

Il restait à trouver le canal.

Premier essai : raté. J’ai simplement réussi à faire décoller une nuée de flamants roses et il a bien fallu constater que j’étais dans une impasse.

Après un demi-tour, face au vent, j’ai entrepris de lorgner du côté de la zone de pisciculture que j’avais dédaigné du fait de la présence de bâtiments, de filets et autres bassins à remous.

Un filet masquait l’entrée d’un canal.

Hop, j’y filais, me glissant entre les mailles des larges trous.

Au bout un barrage, du même type que celui que j’avais déjà franchi.

Bis repetita. Une fois à pied d’oeuvre, c’est à dire planche amarrée et prête au débarquement des bagages, j’ai entendu un bruit de moteur En levant les yeux, j’ai vu un gros 4×4 sur le barrage.

Au point où j’en étais, à l’heure où nous en étions, mon élan fut à peine stoppé, je grimpais sur le terre-plein et je demandais à l’homme qui était descendu de voiture quel était le chemin pour rejoindre la mer. Comme il m’expliquait qu’il fallait retourner d’où je venais, je tentais de lui expliquer d’où je venais… Justement.

Et hop, je sortais de mon sac, la carte où se pointaient mes étapes et je lui mettais sous le nez l’attestation très officielle de la FFS!

Tatatadammmmmm, ce fut un laisser-passer magique!

L’homme me montra le bon canal à prendre (il y avait un croisement de canaux de l’autre côté du barrage).

Il y avait un lourd portail électrique à franchir, qu’il ouvrit.

Et comme s’il fallait à tout prix passer très vite, il m’aida au transbordement de tout le bazar. Puis il monta dans son 4×4 et s’en fut à ses affaires.

Je prenais le large, souriant à l’idée de la scène qui venait de se dérouler.

Comme prévu, après environ 1 km, je sentais la mer s’approcher. Un virage, et je m’attendais de la découvrir. Un mur barrait le chemin, de part en part…

Un mur? Pas tout à fait… un mur barrage… et j’en étais certaine, ça passait “à plat ventre”, une fois de plus. J’ai quand même attendu d’être passée pour prendre la photo.

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Quelle immense sentiment de bonheur que celui qui m’envahissait : j’avais l’impression d’avoir atteint la libération! Le fin de la journée ne pouvait qu’être émerveillement et c’est ce qu’il advint.

J’étais remplie de gratitude après l’incroyable journée que je venais de passer. En m’endormant, j’en étais encore étonnée. J’étais partie, le matin, pour une dizaine de kilomètres et le soir après bien plus, j’avais réussi à franchir sans effort le dernier “obstacle” du trajet vers Rome.

C’était juste délicieux.